L’arroseur irradié

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Dessin de François Maret

Souvenez vous : Il y a quelques semaines, alors que la campagne pour les votations du 25 septembre battait son plein, les défenseurs de la loi sur le renseignement n’avaient cesse d’affirmer que non, notre pays n’était pas à l’abri d’une attaque terroriste.

Cette menace d’après eux toujours plus concrète était même l’une des principales raisons invoquées pour doter nos services de renseignements de nouveaux pouvoirs et moyens d’action.

Aujourd’hui la LRens est sous toit, approuvée par une confortable majorité de votant-e-s, et c’est de nucléaire dont il est question dans les débats politiques, en vue de la votation du 27 novembre.

Du coup, les alarmistes de hier sont devenus beaucoup plus prudents et confiants, et s’excitent même comme de jeunes ratons laveurs enragés lorsque les partisans d’une sortie planifiée du nucléaire osent dire que oui, une centrale nucléaire pourrait un jour faire l’objet d’une attaque terroriste, et que les conséquences pour le pays seraient désastreuses.

Bastien Girod, conseiller national Vert zurichois, en a fait les frais récemment. Suite à une émission de la télé publique alémanique, où il était question d’un avion pouvant s’écraser sur un stade rempli de supporters, M. Girod a publié une vidéo dans laquelle il s’interrogeait sur les conséquences d’un même acte perpétré contre une centrale.

Il n’en a pas fallu plus pour que se lèvent les voix de toutes celles et ceux qui ont plus à cœur leur porte monnaie que notre sécurité et celle des générations futures. L’Union Suisse des Arts et Métiers a notamment été particulièrement virulente, véhiculant propos offensants et calomnieux sur les réseaux sociaux à l’encontre du conseiller national Vert.

Il faut savoir les gars ! Soit il y a un risque – même tout petit, minuscule – d’attentat dans ce pays, et alors une centrale nucléaire serait une cible toute trouvée, avec des dégâts incalculables à la clef, soit il n’y en a pas, et alors vous avez menti éhontément durant toute la campagne sur la LRens.

Au-delà de ces contradictions, se pose la question de la manière dont nous voulons construire les débats d’idées dans ce pays. Les votations nous offrent des occasions uniques d’entamer des réflexions sociétales très intéressantes, et à priori constructives. Elles permettent à des avis différents de se confronter, et au peuple de trancher au final.

Cela pour autant bien entendu que ce soient des idées que l’on oppose. Le problème est que de plus en plus souvent, on se limite à raconter n’importe quoi, si possible en criant avec toute la force et l’arrogance dont on dispose, afin de discréditer complètement celles et ceux qui défendent un avis contraire.

La campagne sur l’économie verte a été en la matière un cas d’école. Au lieu d’argumenter sur le texte de l’initiative et les propositions concrètes des initiants, Economiesuisse a préféré hurler partout que c’était de la folie verte, que les douches allaient être interdites et qu’on retournerait à l’âge de pierre. Pas un mot ou presque sur le texte de l’initiative, ou sur les réelles conséquences de cette dernière.

La campagne au sujet de l’initiative pour une sortie planifiée du nucléaire risque quant à elle de battre des records en matière de bobards gros comme une maison racontés la bouche en cœur par qui s’oppose par principe à toute durabilité.

De là à voir les prémices d’une « trumpisation » de la politique suisse il y a un pas qu’il me semble pour l’heure excessif de franchir. Mais il serait grand temps que quelqu’un – le Conseil Fédéral à tout hasard – siffle la fin de la récréation et pose des règles claires en matière de débat démocratique !

T’as où ta dette ?

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Les élections cantonales vaudoises approchent, et toute annonce du gouvernement est scrutée dans les moindres
détails par les acteurs politiques de tous bords, qui l’analysent et la commentent abondamment, essayant de la faire rentrer dans le moule parfois étriqué de leur vision du monde.

Si la politique peut parfois être l’art de transformer des suppositions et avis personnels en vérités tangibles, il faut savoir raison garder.

La présentation par le Conseil d’État du projet de budget 2017 a été l’occasion pour de nombreux commentateurs de droite de s’en donner à cœur joie, soulignant la mauvaaaaaaaaise gestion dépensière de la gauche, qui est en train de faire prendre l’ascenseur à la dette vaudoise.

Or ce n’est pas parce qu’on croit très fort à quelque chose ou que l’on a pas d’arguments sérieux qu’on a le droit de dire n’importe quelle bêtise.

Car la vérité est toute autre !

Rappelons d’abord que les gouvernements qui ont amené le canton au bord du gouffre financier au début des années 2000 ( 9 milliards de dette en 2004, soit 139% des dépenses courantes cantonales de l’époque) étaient tous à majorité de droite. La couleur politique dominante ne semble donc pas être un facteur de bonne gestion financière, ou alors plutôt dans le sens contraire de ce qui est insinué par nos amis PLR et UDC.

Ensuite, si on se penche sur les résultats financiers du canton ces dernières années, on découvre que la dette était de 1,4 milliards en 2011, à la fin de la dernière législature à majorité de droite. Au 31 décembre 2014, elle représentait 575 millions.

Cela signifie concrètement que le Conseil d’État à majorité de gauche a réduit en 3 ans la dette cantonale de plus de moitié. Il y a pire niveau gestion calamiteuse des deniers publics, vous en conviendrez.

Aujourd’hui, le gouvernement a présenté un budget équilibré, prévoyant un bénéfice de 80’000 francs. La hausse des dépenses est maîtrisée, et si la dette augmente légèrement, c’est que le canton investit fortement pour rattraper le retard pris dans la première décennie du XXIème siècle.

Le Conseil d’État de la législature 2012-2017 se sera donc démarqué par une gestion rigoureuse et intelligente des dépenses publiques, investissant de manière décidée mais sans excès pour le bien être des vaudois.

Ce sont les chiffres qui le prouvent, et en l’état, même avec beaucoup de bonne volonté, il semble difficile d’en dire autre chose.

Parce que nous n’avons qu’une seule Terre…

Dans quelques semaines nous serons appelés à voter sur l’initiative « Pour une économie verte ». Voici quelques réflexions à ce sujet…

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« Nous devons utiliser nos ressources de manière mesurée et parcimonieuse ». Voilà une phrase que l’on entend souvent dans le cadre de discussions sur les finances publiques.

Notre économie vit pourtant à crédit depuis des années, consommant bien plus de ressources que notre planète ne peut en régénérer sur un même laps de temps, sans que cela n’émeuve les tenants de la rigueur budgétaire.

Les conséquences à terme pour notre économie, notre société et plus généralement le monde dans lequel nous vivons sont bien plus graves qu’un dépassement de crédit.

Car aujourd’hui, le constat est sans appel : l’empreinte écologique de notre pays, c’est-à-dire l’impact que nous avons sur nos ressources naturelles, équivaut à trois planètes.

Nous n’en avons pourtant qu’une, et nous vivons donc au détriment de nos enfants et de nos petits-enfants, hypothéquant ainsi leur prospérité et leur bien-être.

Il est urgent d’agir si nous ne voulons pas nous retrouver telle la cigale de la fable de La Fontaine à la fin de l’été.

Car la solution existe. Elle est à portée de main.

L’initiative « pour une économie verte » lancée en 2011 et soutenue par une large alliance de partis politiques et d’associations économiques, de consommateurs et environnementales, en est la preuve.

Le texte qui sera soumis au peuple le 25 septembre prochain demande que notre empreinte écologique soit ramenée à une planète d’ici à 2050, via des mesures essentiellement incitatives visant à réduire le gaspillage et rendre nos moyens de production plus efficaces et économes.

Le Conseil Fédéral et le Parlement pourront, si le peuple l’accepte, définir puis mettre en place progressivement des mesures allant dans ce sens : par exemple des encouragements à l’innovation et aux produits durables, la création de nouvelles filières de recyclage, ou encore la promotion de standards écologiques pour certains produits importés à fort impact, comme l’huile de palme.

Producteurs et consommateurs en sortiront gagnants. Les premiers car ils assureront leur viabilité sur le long terme, les seconds car ils auront à disposition des produits de meilleure qualité, à la durée de vie plus longue et produits localement.

Malgré tout cela, Economiesuisse a décidé de se battre contre l’initiative à coup de clichés éculés, montrant qu’elle représente une vision de l’économie appartenant au passé, et qu’elle est prête à sacrifier notre prospérité sur le long terme par pur dogmatisme.

Plutôt qu’avancer des arguments mensongers et caricaturaux, cette association ferait mieux d’encourager le virage vers la durabilité qu’ont déjà entrepris de nombreux autres pays.

Ceux-là auront sinon bon jeu de nous dire « eh bien dansez maintenant » quand soufflera la bise de l’épuisement des ressources.

UNE INITIATIVE QUI A LE GOÛT DE BOUCHON

 

 

Toute personne écoutant de temps en temps la radio partagera ce constat : les annonces de bouchons sur les routes et autoroutes suisses sont toujours plus nombreuses, et il est presque impossible d’écouter un « inforoute » le matin ou en fin d’après-midi sans entendre parler d’importantes surcharges de trafic aux alentours des agglomérations, mais aussi de plus en plus dans des zones périurbaines, voire rurales.

Partant de ce constat, le lobby routier « AutoSuisse », appuyé par quelques politiciens bourgeois, a lancé une initiative au nom trompeur : « pour un financement équitable des transports ». Avec ce texte, les initiants souhaitent affecter l’entier des recettes provenant de l’impôt sur les carburants à la construction routière, alors qu’aujourd’hui seule la moitié de la somme collectée est dédiée à cette tâche, le reste finissant dans le « pot commun » de la Confédération.

À nous les autoroutes à six voies, les routes de contournement à foison, et donc le rêve américain et la fin des bouchons ?

Eh bien figurez vous que non !

De très nombreuses études et exemples piochés de par le Monde montrent qu’augmenter la capacité routière ne fait à terme qu’augmenter le nombre de voitures en circulation, et donc le trafic. Quelques mois ou années plus tard, on se retrouve donc avec tout autant, si ce n’est plus de bouchons. Cet état de fait a été modélisé par un mathématicien allemand qui lui a donné son nom : « Le paradoxe de Braess ». L’exemple le plus parlant est sans doute celui de la « Katy Freeway », plus grande autoroute du Monde, servant de contournement à la ville texane de Huston. Afin de venir à bout des bouchons, les autorités ont décidé d’agrandir cette autoroute, la portant à 26 (oui, vous lisez bien, 26) voies. Inaugurée en 2008, elle est aujourd’hui totalement saturée, avec des embouteillages plus longs qu’auparavant.

Pourquoi donc ? Tout simplement car en construisant de nouvelles routes on incite les gens à prendre leur voiture, à délaisser les transports en commun et à s’installer toujours plus loin de leur lieu de travail. C’est donc un peu l’histoire du serpent qui se mord la queue…

Pour venir à bout du trafic routier, il faut proposer des alternatives aux automobilistes : améliorer les transports en commun et les garder à des prix abordables, développer le télétravail et les horaires cadencés, densifier les centres urbains pour permettre à qui le souhaite d’habiter plus près de son lieu de travail etc. Il n’y a bien entendu pas de solution miracle, mais tout un tas de mesures à mettre en place, et qui combinées portent leurs fruits. L’inauguration du métro M2 à Lausanne a ainsi permis de faire baisser légèrement le trafic au centre ville de Lausanne, alors que la population locale a fortement augmenté ces dernières années. Pourquoi prendre sa voiture pour aller de Ouchy à la gare, quand on y est en 5 minutes en métro ?

Tout cela sans compter que l’on continue à investir des sommes importantes en Suisse pour l’amélioration du réseau routier. Personne ne nie en effet l’utilité de la voiture, notamment pour les habitants de zones moins bien desservies par les transports en commun. Cantons, communes et Confédération investissent ainsi chaque année des milliards de francs pour rénover et élargir les routes existantes, et en construire de nouvelles. Depuis 1950, il n’y a eu qu’une seule année, 2005, où les transports publics ont reçu davantage d’argent que la route.

Le milliard et demi de francs qui en cas d’acceptation de l’initiative  sera retiré chaque année du budget de la Confédération pour financer le goudronnage de terres agricoles va cruellement manquer pour financer d’autres secteurs. Le Département Fédéral des Finances prévoit ainsi des coupes de 350 millions dans la formation et recherche, 250 millions en mois pour les transports publics, 200 millions en moins pour l’agriculture ou encore 150 millions en moins pour l’aide au développement.

Veut-on donc des routes plus grandes mais tout aussi engorgées, avec moins d’argent pour des secteurs essentiels à notre qualité de vie ?

C’est à cette question qu’il faut répondre le 5 juin prochain. Pour ma part, ce sera résolument NON !

 

Oh forage, oh désespoir

 

Avant toutes choses, rendons à César ce qui lui appartient : le titre n’est pas de moi, je l’ai honteusement piqué à une interpellation su le 2ème tunnel du Gothard déposée par le député Vert Vassilis venizelos il y a quelques temps.

Ce n’est cependant pas du Gothard dont j’aimerais parler, mais plutôt d’un référendum qui anime quelque peu la vie politique transalpine depuis quelques semaines.

Les citoyennes et citoyens italiens sont en effet appelés aux urnes le 17 avril prochain, pour décider s’ils veulent suspendre ou non les concessions pour des forages gaziers au large des côtes de la Péninsule.

Car oui, le référendum n’est pas un outil exclusif de la démocratie helvétique. Les italiens ont ainsi aboli la monarchie et proclamé la République en 1946 suite à un référendum, introduit le droit au divorce en 1974 par ce même biais, ou encore mis fin à l’exploitation de centrales nucléaires sur le territoire national en 1987.

Le référendum reste cependant un outil bien moins utilisé que sous nos latitudes, et on a compté en tout et pour tout 66 votes depuis 1946, soit moins d’un par année (il n’y a ainsi par exemple eu aucun vote entre 1946 et 1974, ou entre 2005 et 2009)

Cela s’explique par divers facteurs, dont une particularité qu’on ne connaît pas dans la démocratie directe suisse : le quorum. Pour qu’un référendum soit jugé valable, il faut en effet en Italie qu’au moins 50% des électrices et électeurs + 1 glissent un bulletin dans l’urne. Sinon, quel que soit le résultat, il n’est pas tenu en compte.

27 référendums sur 66 n’ont ainsi pas atteint le quorum.

Les politiciens hostiles à un projet appellent donc généralement la population à ne pas aller voter. Conséquence : ce sont principalement les personnes favorables qui se déplacent, donnant lieu à des scores parfois quelque peu staliniens ( ou vaudois depuis le 20 mars dernier). Il y a ainsi eu 95,5% de OUI en 2011 à un référendum traitant du maintien de la gestion du réseau hydrique par les pouvoirs publics.

Mais sur quoi vote-t-on au juste le 17 avril ?

Sur la fin de toute exploitation de gisements d’hydrocarbure au large des côtes italiennes.

Une loi de 2007 interdit déjà de nouveaux forages, mais permet d’exploiter jusqu’à épuisement les gisements déjà « entamés ». Une coalition de régions côtières italiennes, alliée à des mouvements écologistes, a ainsi lancé ce référendum pour supprimer l’article permettant cette exploitation.  Si le OUI passe le 17 avril, il n’y aura donc plus d’extraction de méthane offshore en Italie.

La campagne peine un peu à décoller, notamment à cause de fronts assez hétéroclites et divisés. Au delà de la classique opposition écologistes-patronat, on ne trouve en effet pas un front gauche-droite traditionnel:
Le Parti Démocrate (centre gauche) de Matteo Renzi est ainsi divisé, tout comme le parti de Berlusconi, Forza Italia. Le premier ministre appelle ainsi par exemple à déserter les urnes, prétextant que l’Italie a besoin d’hydrocarbures bon marché pour relancer son économie, alors que de nombreux parlementaires et sénateurs de son parti militent pour le OUI.

 

À titre personnel, je ne peux qu’espérer que le quorum sera atteint, et que l’Italie se tourne résolument, à l’image d’autres pays européens pourtant moins bien lotis en termes d’ensoleillement, vers les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique. le méthane, c’est tellement 20ème siècle…

 

 

 

 

Ne pas vendre la peau de l’ours…

 

Souvenez-vous : les mauvais résultats des partis écologistes en Suisse et en Europe ces dernières années avaient amené journalistes, analystes et politiciens d’autres bords à annoncer avec plus ou moins de fracas la fin de l’écologie politique, devenue obsolète au vu de la reprise de ses thèmes par tous les partis.

Or que constate-t-on aujourd’hui ? Tout d’abord que les mauvais résultats de hier sont en partie à relativiser, car si des pertes importantes ont été enregistrées dans certains cantons ou régions, ailleurs les Verts – que ce soit en Suisse ou en Europe – ont progressé.

Et puis, et c’est sans doute le plus important, cette tendance à la baisse que certaines Cassandres jugeaient inéluctable semble avoir sérieusement du plomb dans l’aile.

La semaine dernière, c’étaient les Verts allemands qui fêtaient,  devenant le premier parti (30% des voix) dans une région de 13 millions d’habitants, le Bade Wurtemberg.

Aujourd’hui, ce sont les Verts vaudois qui ont le sourire aux lèvres, eux qui confirment leurs jolis résultats du premier tour des élections communales. Après avoir progressé de 20% dans les législatifs communaux, ils gagnent 4 sièges supplémentaires dans les exécutifs, faisant leur entrée à Prilly, Ollon, Orbe, Prangins et Lutry, et revenant après 5 ans d’absence à Moudon.

Quels enseignements en tirer :

Premièrement, que l’écologie politique n’est pas mourante, et reprend même des couleurs. Elle ne se cantonne par ailleurs pas aux quartiers branchés de Stuggart ou de Lausanne, puisque les verts ont fait ces deux dernières semaines d’excellents résultats également dans des zones plus rurales ou populaires, que ce soit ici ou en Allemagne.

Deuxièmement, qu’on ne s’improvise pas Madame Soleil de la politique. Les tendances lourdes ne se dégagent pas en un ou deux scrutins, et surtout, leurs causes sont généralement multiples et difficiles à cerner. L’un des principaux enseignements de la sociologie politique est justement qu’il y a autant de manières et de raisons de voter qu’il y a d’électeurs.
Prenons un exemple tout bête, celui des élections allemandes :
Les Verts ont comme je l’indiquais plus haut fortement progressé en Bade Wurtemberg. Le même jour, ils perdaient 5% des voix et s’effondraient en Rhénanie Palatinat, à quelques dizaines de kilomètres de là où ils triomphaient. Ce sont donc bien une multitude de facteurs locaux, qui vont des caractéristiques socio-démographiques de l’électorat à des événements régionaux qui expliquent un vote, et non une espèce de « main invisible » de la volonté populaire valable partout et tout le temps.
Les grandes phrases du type « les électeurs ont voulu montrer que… » ou « le peuple affirme ainsi sa volonté de… » que l’on entend à toutes les sauces les soirs d’élections n’ont ainsi pas vraiment de sens…
On peut bien sûr émettre des hypothèses, mais il faut bien des études et du temps pour essayer de les corroborer.

Je termine donc en énonçant une hypothèse, laissant au temps le soin de la corroborer : On a pas fini d’entendre parler des Verts, et ce à tous les échelons de la politique. L’écologie est en effet une question de réalisations concrètes, et non de promesses électorales…

 

 

Merci Luc

 

Triste dimanche que celui que nous venons de vivre.

Au delà de la  déception pour la perte du siège vert au Conseil des États et l’inquiétude face au virage à droite qui se confirme au niveau cantonal, c’est un profond sentiment d’injustice qui m’habite.

S’il est un politicien qui ne méritait pas de subir une non réélection, c’est bien Luc Recordon, un homme qui aura profondément marqué la politique cantonale et fédérale de ces 20 dernières années.

Luc Recordon, c’est un animal politique, un politicien au parcours impressionnant : Municipal à Jouxten-Mezery, député au grand Conseil, co-président des Verts vaudois, élu au Conseil national en 2003, et 2ème écologiste (après Robert Cramer, élu 3 semaines plus tôt) à siéger à la Chambre des cantons.

En 12 ans à Berne, il aura déposé plus de 180 interpellations, postulats, questions ou motions, noué des alliances, défendu des thématiques aussi diverses qu’importantes, telles que le tournant énergétique, la réforme de l’armée, la politique agricole ou encore le financement des grandes infrastructures ferroviaires.

Au delà du Luc Recordon politicien influent, c’est l’homme qui épate et impressionne. Pour arriver à un tel niveau en politique, on a coutume de dire qu’il faut être un peu un requin, jouer des coudes plus fort que ses adversaires pour se tailler une place au soleil.

Luc Recordon est sans nul doute l’une des exceptions qui confirment la règle.

Il a toujours brillé par sa modestie, son humanité et sa gentillesse. Il a beau tutoyer des Conseillers fédéraux, il a toujours participé activement aux séances de sa section locale, participé à des fêtes villageoises, écouté et compris tout le monde,  indépendamment du statut, de l’âge ou du niveau social.

Luc Recordon, c’est quelqu’un qui peut être autant à l’aise dans une commission parlementaire que dans un bistrot du Gros-de-Vaud, qui peut siéger le matin au Conseil de l’Europe et participer le soir à une séance de la section Gros-de-Vaud des Verts vaudois, dans la cuisine d’un-e militant-e.

Luc Recordon, c’est celui qui ne s’énerve jamais, qui reste grand seigneur même quand il est attaqué de la manière la plus basse et mesquine (on l’a vu ces dernières semaines), qui reste toujours optimiste et fédérateur.

Luc Recordon, c’est un modèle, probablement la personne qui m’aura le plus marqué depuis que je me suis engagé chez les Verts vaudois, il y a de cela 10 ans.

Luc Recordon, c’est un grand Monsieur de la politique vaudoise, et si un rideau se baisse aujourd’hui sur une partie de sa carrière politique, aucun doute que d’autres vont se lever, et que son engagement en faveur du bien commun continuera sous d’autres formes. Les Verts et surtout notre canton ont trop besoin de lui !

Alors MERCI Luc, et tout le meilleur pour la suite de ton incroyable parcours !

 

Le poulet polonais

 

Contrairement à ce que pourrait suggérer le titre, je ne veux pas vous parler d’une série policière se déroulant à Varsovie, mais d’une expérience récemment vécue, en lien avec notre alimentation et agriculture.

Je rentre d’une semaine de formation pour mon service civil, qui s’est tenue à Schwarzemburg, commune agricole du canton de Berne.

Dans le centre de formation dans lequel logent les civilistes se trouve une cantine. Au menu deux fois par jour un plat végétarien et un autre avec viande. Durant les 5 journées de mon séjour, ce dernier était composé à 2 reprises de poulet provenant de Pologne.

Pas de quoi en faire un article de blog me direz-vous… Et pourtant je crois bien que oui.

J’ai en effet de la peine à concevoir que dans un centre géré par la Confédération on serve de la viande provenant de l’autre bout de l’Europe, alors que cette même Confédération verse des milliards de francs de subsides à l’agriculture, et qu’à moins de 500 mètres du centre de formation se trouve une ferme avicole élevant des poulets selon une méthode « bio ».

Bien sûr, on me dira que la cafétéria est gérée par une entreprise privée, et pas directement par la Confédération, que les prix des menus sont calculés au plus juste et demandent donc des produits bon marché, qu’il existe une liberté de commerce etc.

Il n’en reste pas moins que quelque chose ne tourne pas rond. Notre agriculture se meurt à petit feu ( des centaines d’exploitations mettent la clef sous le paillasson chaque année) et ne survit que grâce à des subventions, et le même organisme qui la subventionne va s’approvisionner en viande à l’étranger.

La viabilité de notre agriculture passe par une consommation locale avec le moins d’intermédiaires possible, avec des consommateurs qui entrent directement en contact avec les producteurs, se rendant compte des conditions dans lesquels sont cultivés ou élevés les aliments qu’ils consomment.

Les pouvoirs publics devraient avoir une mission d’exemplarité en la matière. Certains, comme la ville de Lausanne  jouent clairement ce rôle. D’autres, comme apparemment le centre de formation de la Confédération à Schwarzenburg, pas encore.

Les élus communaux, cantonaux et fédéraux peuvent les inciter à franchir le pas en déposant des objets parlementaires. Les Verts l’ont fait à Renens il y a quelques mois. J’espère que bien d’autres leur emboîteront le pas !

Cachez ces initiatives que je ne saurais signer

 

En ce dimanche de votations qui voit deux initiatives supplémentaires mordre la poussière, il y a fort à parier que des voix vont de nouveau s’élever contre la prolifération de ces textes.

On nous dira qu’on vote trop souvent, que les partis ont dénaturé cet outil démocratique, qu’il faut augmenter le nombre de signatures, réduire les délais etc.

Pourtant, les initiatives restent d’excellents outils à disposition de qui n’est pas en mesure d’obtenir une majorité parlementaire.
Un exemple tiré de l’actualité récente permet d’illustrer ce propos :

La Confédération a publié il y a 3 jours les chiffres relatifs à la consommation d’essence et aux émissions de CO2 des voitures neuves immatriculées en Suisse en 2014. On constate une baisse de 2,1% des émissions moyennes de CO2. Cette tendance réjouissante est destinée à se poursuivre, puisque les prescriptions sur les émissions de CO2 entrées en vigueur en 2012 fixent des émissions moyennes de 130 grammes de CO2 par Km pour 2015 (contre 142 grammes en moyenne en 2014).

Or qui est à la base de cette prescription fédérale ? Et bien figurez vous que c’est une initiative pourtant taxée d’extrémiste et nuisible, celle « pour une mobilité respectueuse des personnes » lancée  par les Jeunes Vert-e-s en 2008.

Cette initiative, qui demandait en très résumé d’interdire l’immatriculation de nouveaux véhicules trop polluants ou dangereux pour les autres usagers de la route, aurait sans doute eu de la peine à rallier une majorité du peuple et des cantons. Elle a cependant fait assez peur à une majorité de parlementaires fédéraux pour que ceux-ci décident de lui soumettre un contre-projet indirect, instaurant des objectifs contraignants en matière de réduction des émissions de CO2 pour les véhicules neufs .

Il est très probable que sans le spectre de cette initiative, les Verts et leurs alliés auraient été bien seuls sous la Coupole à défendre ces mesures.

Il existe bien entendu d’autres exemples de ce type, comme par exemple l’initiative sur le paysage, qui a grandement contribué à l’ambitieuse révision de la Loi sur l’aménagement du territoire acceptée par le peuple en mars 2013.

De là à dire qu’une bonne initiative est celle que les initiants retirent avant le vote il y a un pas que je ne franchirai pas.

Il y a en effet des cas où le Parlement ne juge pas nécessaire de préparer un contre-projet, ou soumet une version ne répondant pas aux préoccupations de celles et ceux qui ont lancé l’initiative. Dans ce cas, autant aller jusqu’au bout, même si les chances de victoires dans les urnes sont faibles.

Une campagne de votation permet de créer le débat, de susciter la discussion sur des thématiques soudain portées au centre de l’attention médiatique et populaire. À quelques rares exceptions près (je pense par exemple à l’initiative des Vert’Libéraux sur la TVA, qui a durablement plombé le débat sur la fiscalité écologique), les initiatives – mêmes perdantes- font avancer les choses. Elles poussent les opposants à faire des promesses, à annoncer réformes ou nouvelles manières de faire, à tenir en considération l’avis de la minorité favorable au projet.

Ce n’est d’ailleurs pas parce qu’une cause échoue dans les urnes qu’elle n’est pas juste. Le droit de vote des femmes, refusé plusieurs fois (dont la dernière en 1959) avant d’être accepté en 1971, en est une preuve tangible.

Alors non, il n’y a pas trop d’initiatives en Suisse. Nous avons quatre fois par année la chance d’avoir des débats de société sur des thèmes aussi divers que (presque toujours) passionnants, et nous serions bêtes de nous en priver !

 

 

 

Ne tirons pas sur le développement durable !

 

 

Dans un récent article paru sur son blog (que vous pouvez lire ici  ) M. Olivier Meuwly fait le procès du développement durable, qu’il définit comme étant une idéologie issue des milieux écologistes extrémistes (sic.),  pour qui « (…)l’économie et la vie sociale doivent être repensées au profit d’une impérative domination des exigences de l’environnement.  »

S’ensuivent de nombreux reproches faits à cette prétendue idéologie (qu’il me soit ici permis de remettre en question cette qualification), notamment quant à la manière d’appréhender l’histoire et son étude.

La lecture de cet article m’a laissé pour le moins perplexe, et j’aimerais ici contester assez fermement certaines affirmations de M. Meuwly.

Il est tout d’abord faux de définir le développement durable comme étant issu de milieux écologistes extrémistes. Ce terme est d’ailleurs constamment critiqué et remis en question par les tenants de la décroissance, pour qui il ne va justement pas assez loin vu qu’il conçoit une continuité du développement économique. Pour les décroissants ce dernier est impossible à terme, vu que nous puisons déjà de manière irréversible dans les ressources naturelles . 

Le développement durable n’est donc pas une idéologie extrémiste. Il s’agit d’un concept certes extrêmement utile et précieux, mais fruit de compromis et d’édulcorations visant à le rendre acceptable par le plus grand nombre. C’est un peu au final comme si on accusait Tony Blair ou Matteo Renzi d’être d’affreux marxistes assoiffés de sang bourgeois…

Mais ce n’est pas tant là que le développement de M. Meuwly me semble pécher.

Le fait que, pour reprendre la citation ci-dessus  » économie et la vie sociale doivent être repensées au profit d’une impérative domination des exigences de l’environnement.  » semble pour son auteur quelque chose de mauvais, cette fameuse « dictature de la Nature » évoquée par les opposants à l’écologie.

M. Meuwly oublie par là que s’il est possible d’imaginer (je dis bien d’imaginer, et non de souhaiter !)  un environnement privé d’économie ou de société (c’était le cas jusqu’à il y a quelques dizaines de milliers d’années), il est plus difficile d’envisager une économie ou une société hors d’un milieu naturel.  La sauvegarde et le préservation de ce dernier sont donc le gage de la survie à terme des deux autres composantes.

C’est donc bien pour garantir la continuité sur le long terme de nos systèmes économiques et sociaux, ou plutôt de versions modifiées de ceux-ci, qu’est conçu le paradigme du développement durable.

Cela m’amène à la troisième critique au texte de M. Meuwly, pour qui le développement durable sort l’évolution historique de toute optique de progrès. Le futur se verrait ainsi, je cite  » (…)débarrassé de toute ambition progressiste et saisi comme la reproduction d’un « maintenant » protégé des altérations de la modernité. »

Si l’on définit l’ambition progressiste comme une augmentation continue des émissions de CO2 et d’autres substances polluantes, il se peut en effet que M. Meuwly ait raison. Si au contraire on détache la notion de progrès de celle de croissance économique basée sur une consommation accrue de ressources, on peut douter de la véracité de ses dires. Le développement durable est même l’idéologie progressiste par excellence, puisqu’elle vise à corriger les failles des modèles économiques marxiste et libéral en proposant un modèle susceptible de durer.

Ne tirons donc pas sur le développement durable, mais continuons au contraire à œuvrer dans son sens, et cela à tous les échelons politiques, économiques et administratifs. Et si vraiment l’envie nous prend de le critiquer, tapons plutôt sur son manque d’ambition et ses compromis parfois discutables quant à la protection de l’environnement. Si nous souhaitons pouvoir mener ce débat sur le long terme, c’est la seule voie que nous puissions suivre.