Droit dans le mur en sifflotant…

 

Vous l’avez sans doute lu ou entendu tant les médias en ont parlé aujourd’hui : le 2 août 2017, 215ème jour de l’année, l’Humanité a fini de consommer ce que la planète Terre peut générer annuellement en termes de ressources naturelles.

En d’autres termes, nous consommons un bon 40% de trop par rapport à ce qui permettrait aux générations futures de vivre paisiblement, avec une qualité de vie comparable à la nôtre.

Nul doute que si au lieu de parler de milieux naturels, de terres agricoles ou encore d’eau ou de biodiversité, il était question de finances, l’ensemble des grandes puissances économiques mondiales, épaulées par le FM, la Banque Mondiale et une ribambelle d’autres organisations internationales se seraient penchées sérieusement sur le cas.

Elles auraient prescrit des mesures d’économies drastiques, demandé des engagements importants, parfois douloureux, afin de ramener au plus vite la situation à la normale.

Manque de chance, il ne s’agit pas d’argent prêté par de grandes banques, mais de notre environnement… Et là, ces mêmes grands acteurs de l’économie et de la finance mondiale s’en contrefichent, évoquant tout au plus des mesures abstraites et « non contraignantes pour les marchés ».

Difficile dès lors de s’ôter des yeux l’image d’un groupe de Messieurs à cigare et haut de forme, comptant leurs billets sur le pont d’un paquebot qui fonce droit vers un iceberg qui n’aurait pas encore totalement fondu…

Bien sûr, on me dira que des progrès sont accomplis au quotidien, que la communauté internationale s’est accordée sur des programmes de réduction des émissions de CO2, qu’une prise de conscience est en cours…

Et pourtant… pourtant ce « jour du dépassement » n’a cesse d’avancer dans le calendrier ( 23 décembre en 1970, 4 octobre en 2000 et 23 août il y a 5 ans, en 2012 ), montrant que notre boulimie de ressources augmente constamment. Pourtant les émissions de gaz à effet de serre n’ont jamais été si importantes, et la communauté scientifique s’accorde pour dire que nous sommes à l’orée d’une nouvelle grande extinction de masse, tant l’humain détruit les milieux de vie d’autres espèces animales.

Loin de moi l’idée de jouer la carte du catastrophisme absolu, ce « nous sommes fichus » qui empêche d’agir et d’espérer. Car les solutions existent, et ne demandent qu’un peu de volontarisme politique pour être mises à exécution.

Première d’entre elles, et sans doute la plus urgente et salutaire : sortir du dogme de la croissance à n’importe quel prix, qui veut que seule l’augmentation du PIB puisse améliorer la qualité de vie d’une population. C’est sans doute le cas dans certains cas de figure, mais ne saurait être pris comme une règle mathématique. Cette volonté de produire, de consommer, de gaspiller toujours davantage fait qu’aujourd’hui nous vivons à crédit, et que l’addition sera très très salée pour celles et ceux à qui nous léguerons notre dette.

 

Comme déjà écrit dans un autre article de ce blog, cela ne signifie pas revenir à la charrue, aux feux de bois et aux voiliers. Il s’agit juste d’ouvrir les yeux sur les limites d’un système et les dangers qu’il fait courir à nous comme à celles et ceux qui nous succéderont.

Plutôt que des publications trimestrielles de résultats, où une augmentation du profit plus faible qu’escompté peut faire paniquer les marchés, il faut des stratégies à long terme, où le profit à court terme est très clairement subordonné à la durabilité.

Les Verts suisses avaient entamé de manière brillante la réflexion avec l’initiative « pour une économie verte », qui visait à ramener notre empreinte écologique à ce que nous pouvons durablement consommer.  La droite et les milieux économiques en ont voulu autrement, s’accrochant à d’anciens schémas qui n’ont plus besoin d’être démentis.

À nous de redoubler d’efforts pour leur faire ouvrir les yeux, faute de quoi nous risquons bien de finir comme la cigale dans la fameuse fable de La Fontaine…

Initiative des JLRV : Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ?

 

Les médias ont abondamment parlé de l’initiative des  Jeunes Libéraux         Radicaux vaudois (JLRV) intitulée  » Une baisse d’impôt pour la classe moyenne ». Le but du texte est simple : augmenter la franchise de déduction des primes d’assurance maladie dans la déclaration fiscale. Les contribuables de la classe moyenne ( cette fameuse classe moyenne que tout le monde, du POP à l’UDC prétend vouloir aider et défendre…) verraient ainsi leurs impôts baisser, et par ricochet leur pouvoir d’achat augmenter.

L’idée est à prime abord séduisante… Cela fait des années qu’on ne s’occupe dans le canton de Vaud, en termes de fiscalité, que de cadeaux aux multinationales. Faire un geste pour les personnes physiques, en période de conjoncture plutôt favorable, ce n’est pas un mal.

Il y a pourtant plusieurs « mais » d’envergue…

Laissons de côté le fait que l’initiative, lancée sur papier par une jeunesse de parti, a un comité composé par plus de moitié de conseillers nationaux, députés et cadres des partis sénior de la droite vaudoise. Ces partis jouissent d’une majorité au Grand Conseil vaudois, et on peut donc supposer que le dépôt d’une simple motion par l’un-e de leurs élu-e-s eut suffi pour atteindre le but. Qui a dit « électoralisme » ?!?

Oublions également la manière dont ont été récoltées ces signatures, une part non négligeable ayant été obtenue en rémunérant des récolteurs. Car comme le disait je ne sais plus qui  » que celui qui n’a jamais péché… ».

Concentrons-nous sur le fond de cette initiative, car c’est là que le bât blesse:

Si l’idée de la déduction est en soi intéressante, un complément rend le tout bien moins sexy. Le texte prive en effet de déductions toute une série de contribuables – appartenant pourtant eux aussi à la classe moyenne – qui reçoivent des subsides. Aujourd’hui, toutes les primes sont concernées, y compris celles « subventionnées ». Ce ne sera plus le cas si le texte venait à être appliqué, et de très nombreux contribuables verraient donc leur situation péjorée.  De « coup de pouce à la classe moyenne », on passe donc à  « coup de pouce à la frange la plus aisée de la classe moyenne, et tacle aux moins fortunés de celle-ci ».

Et puis le texte se trompe à mes yeux de cible en éludant le principal problème : le coût exorbitant et sans cesse croissant des primes d’assurance maladie. Si on veut véritablement aider la classe moyenne sans gréver les caisses de l’État, c’est pourtant ces hausses qu’il faut combattre. Or on a vu la droite plutôt du côté des assureurs (un probable futur conseiller fédéral tessinois n’est-il pas président leur association faîtière ?), et bataillant contre des mesures visant à réduire les coûts de la santé. On se rappelle ainsi le soutien du PLR à la fronde des cliniques privées contre la volonté de Pierre-Yves Maillard de réguler l’acquisition d’équipements médicaux lourds (petite piqûre de rappel ici ).

En résumé, l’initiative de la droite vaudoise rate une partie de sa cible, et en voulant aider certains punit d’autres qui n’ont pourtant rien demandé. Elle tord par ailleurs le bras à l’Etat, qui se retrouvera à devoir payer une part supplémentaire des coûts sans cesse croissants de la santé.

Au lieu de se dire « les coûts augmentent, comment faire pour les réduire ? » la droite vaudoise préfère se dire  » mettons-les sur le dos de l’Etat en les défiscalisant ». On a eu vu plus libéral comme raisonnement…

Agir en amont, avec des mesures ciblées visant à juguler ces dépenses sans cesse croissantes, serait plus efficace et équitable.

Trump, ou l’arbre qui cache la forêt…

L’annonce il y a quelques jours du retrait américain des Accords de Paris sur le climat a suscité une vague d’indignation quasi unanime au sein de la société civile, mais aussi parmi les dirigent-e-s de nombreux pays, qui se sont fendus de déclarations inhabituellement fermes sur la question.

On a ainsi toutes et tous entendu le vibrant plaidoyer du Président de la République française, qui a notamment affirmé que « la France se [devait] d’être plus ambitieuse encore, pour notre avenir ». Même son de cloche à Berlin, Pékin ou Berne, dans une unanimité environnementaliste qui ferait chaud au cœur si elle n’avait pas tout d’un discours de façade, que les faits ont pour l’heure bien de la peine à corroborer.

Les politiques environnementales menées aujourd’hui un peu partout en Occident et dans les grands pays émergents sont en effet bien loin de l’idéal de durabilité si souvent évoqué dans les discours. Elles reposent sur l’idée saugrenue selon laquelle il suffirait à la main invisible du marché d’enfiler un gant d’innovation pour gommer les effets néfastes de notre mode de vie et de consommation sur l’environnement. Un coup de baguette magique, quelques panneaux solaires et un logo de multinationale se voyant adjoindre une feuille ou tout autre élément chlorophyllé, et hop, le tour est joué.

Cela sans oublier que les actions menées par ces gouvernements qui se sont soudain découverts une fibre écolo sont bien souvent très loin de contenir ne serais-ce qu’une once de durabilité.

Ce même Emmanuel Macron qui s’émeut dans les médias du sort de notre environnement a ainsi par exemple fait passer une loi en 2015, alors qu’il était ministre de l’économie, déréglementant le marché des autobus, et leur permettant de concurrencer les lignes de chemin de fer . Le polluant diesel remplace donc l’électricité comme moyen de propulsion, et les lignes de train régionales, déjà bien mal en point, sont les premières touchées par les coupes d’une SNCF échaudée par la concurrence.

Un peu plus au Sud du Continent, le gouvernement italien qui a mis le sauvetage des Accords de Paris parmi les grandes priorités du « G7 » qui s’est tenu en Sicile il y a une dizaine de jours est le même qui s’est battu contre une initiative populaire visant à interdire les forages gaziers et pétroliers proches des côtes.

La liste serait encore longue, et la Suisse et le canton de Vaud n’échappent pas à leur échelle à cette schizophrénie plus ou moins lucide et calculée qui veut que derrière des discours engagés et ambitieux en matière d’environnement se cachent des actes timorés et parfois carrément contraires aux buts annoncés en fanfare.

Que l’on se comprenne bien : il est juste et salutaire de condamner la décision américaine de faire fi d’un accord minimaliste sur le climat, et de continuer à émettre du gaz à effet de serre comme si la calotte glaciaire ne fondait pas à vue d’œil. En cela, les dirigeants mondiaux ont raison. L’heure n’est cependant plus aux discours, mais aux actions concrètes, et là force est de constater que le bilan est plus maigre.

Si le développement des énergies renouvelables, la transition énergétique et la diminution des émissions de CO2 liées aux activités productives sont des actes indispensables, ils ne sauraient cependant être les seules réponses à la crise écologique mondiale.

Il est naïf et dangereux de penser qu’on pourra « greenwasher » notre système économique actuel, basé sur la croissance à n’importe quel prix, pour poursuivre sur cette voie ad eternam. Que l’on pourra produire et consommer toujours plus, se déplacer toujours plus loin, vite et bon marché, profiter de fruits et légumes estivaux au mois de janvier, ou encore changer complètement de garde robe à chaque nouvelle collection d’une marque de prêt à porter.

Il n’est pas non plus question de revenir à la bougie et à la charrette, comme le persiflent d’aucuns dès que l’on évoque les limites de notre système de consommation. Il s’agit juste de s’apercevoir des limites de notre Planète et des ressources qu’elle met à notre disposition, et de les intégrer à un système économique qui devrait avoir comme indicateur la qualité de vie des citoyens plutôt que la croissance du PIB et l’indice à la consommation.

Le jour où le/la dirigent-e d’un grand pays industrialisé tiendra ces propos et les accompagnera d’actions concrètes, épaulé par les forces politiques et la société civile, alors on pourra vraiment applaudir des deux mains !

L’arroseur irradié

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Dessin de François Maret

Souvenez vous : Il y a quelques semaines, alors que la campagne pour les votations du 25 septembre battait son plein, les défenseurs de la loi sur le renseignement n’avaient cesse d’affirmer que non, notre pays n’était pas à l’abri d’une attaque terroriste.

Cette menace d’après eux toujours plus concrète était même l’une des principales raisons invoquées pour doter nos services de renseignements de nouveaux pouvoirs et moyens d’action.

Aujourd’hui la LRens est sous toit, approuvée par une confortable majorité de votant-e-s, et c’est de nucléaire dont il est question dans les débats politiques, en vue de la votation du 27 novembre.

Du coup, les alarmistes de hier sont devenus beaucoup plus prudents et confiants, et s’excitent même comme de jeunes ratons laveurs enragés lorsque les partisans d’une sortie planifiée du nucléaire osent dire que oui, une centrale nucléaire pourrait un jour faire l’objet d’une attaque terroriste, et que les conséquences pour le pays seraient désastreuses.

Bastien Girod, conseiller national Vert zurichois, en a fait les frais récemment. Suite à une émission de la télé publique alémanique, où il était question d’un avion pouvant s’écraser sur un stade rempli de supporters, M. Girod a publié une vidéo dans laquelle il s’interrogeait sur les conséquences d’un même acte perpétré contre une centrale.

Il n’en a pas fallu plus pour que se lèvent les voix de toutes celles et ceux qui ont plus à cœur leur porte monnaie que notre sécurité et celle des générations futures. L’Union Suisse des Arts et Métiers a notamment été particulièrement virulente, véhiculant propos offensants et calomnieux sur les réseaux sociaux à l’encontre du conseiller national Vert.

Il faut savoir les gars ! Soit il y a un risque – même tout petit, minuscule – d’attentat dans ce pays, et alors une centrale nucléaire serait une cible toute trouvée, avec des dégâts incalculables à la clef, soit il n’y en a pas, et alors vous avez menti éhontément durant toute la campagne sur la LRens.

Au-delà de ces contradictions, se pose la question de la manière dont nous voulons construire les débats d’idées dans ce pays. Les votations nous offrent des occasions uniques d’entamer des réflexions sociétales très intéressantes, et à priori constructives. Elles permettent à des avis différents de se confronter, et au peuple de trancher au final.

Cela pour autant bien entendu que ce soient des idées que l’on oppose. Le problème est que de plus en plus souvent, on se limite à raconter n’importe quoi, si possible en criant avec toute la force et l’arrogance dont on dispose, afin de discréditer complètement celles et ceux qui défendent un avis contraire.

La campagne sur l’économie verte a été en la matière un cas d’école. Au lieu d’argumenter sur le texte de l’initiative et les propositions concrètes des initiants, Economiesuisse a préféré hurler partout que c’était de la folie verte, que les douches allaient être interdites et qu’on retournerait à l’âge de pierre. Pas un mot ou presque sur le texte de l’initiative, ou sur les réelles conséquences de cette dernière.

La campagne au sujet de l’initiative pour une sortie planifiée du nucléaire risque quant à elle de battre des records en matière de bobards gros comme une maison racontés la bouche en cœur par qui s’oppose par principe à toute durabilité.

De là à voir les prémices d’une « trumpisation » de la politique suisse il y a un pas qu’il me semble pour l’heure excessif de franchir. Mais il serait grand temps que quelqu’un – le Conseil Fédéral à tout hasard – siffle la fin de la récréation et pose des règles claires en matière de débat démocratique !

T’as où ta dette ?

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Les élections cantonales vaudoises approchent, et toute annonce du gouvernement est scrutée dans les moindres
détails par les acteurs politiques de tous bords, qui l’analysent et la commentent abondamment, essayant de la faire rentrer dans le moule parfois étriqué de leur vision du monde.

Si la politique peut parfois être l’art de transformer des suppositions et avis personnels en vérités tangibles, il faut savoir raison garder.

La présentation par le Conseil d’État du projet de budget 2017 a été l’occasion pour de nombreux commentateurs de droite de s’en donner à cœur joie, soulignant la mauvaaaaaaaaise gestion dépensière de la gauche, qui est en train de faire prendre l’ascenseur à la dette vaudoise.

Or ce n’est pas parce qu’on croit très fort à quelque chose ou que l’on a pas d’arguments sérieux qu’on a le droit de dire n’importe quelle bêtise.

Car la vérité est toute autre !

Rappelons d’abord que les gouvernements qui ont amené le canton au bord du gouffre financier au début des années 2000 ( 9 milliards de dette en 2004, soit 139% des dépenses courantes cantonales de l’époque) étaient tous à majorité de droite. La couleur politique dominante ne semble donc pas être un facteur de bonne gestion financière, ou alors plutôt dans le sens contraire de ce qui est insinué par nos amis PLR et UDC.

Ensuite, si on se penche sur les résultats financiers du canton ces dernières années, on découvre que la dette était de 1,4 milliards en 2011, à la fin de la dernière législature à majorité de droite. Au 31 décembre 2014, elle représentait 575 millions.

Cela signifie concrètement que le Conseil d’État à majorité de gauche a réduit en 3 ans la dette cantonale de plus de moitié. Il y a pire niveau gestion calamiteuse des deniers publics, vous en conviendrez.

Aujourd’hui, le gouvernement a présenté un budget équilibré, prévoyant un bénéfice de 80’000 francs. La hausse des dépenses est maîtrisée, et si la dette augmente légèrement, c’est que le canton investit fortement pour rattraper le retard pris dans la première décennie du XXIème siècle.

Le Conseil d’État de la législature 2012-2017 se sera donc démarqué par une gestion rigoureuse et intelligente des dépenses publiques, investissant de manière décidée mais sans excès pour le bien être des vaudois.

Ce sont les chiffres qui le prouvent, et en l’état, même avec beaucoup de bonne volonté, il semble difficile d’en dire autre chose.

Parce que nous n’avons qu’une seule Terre…

Dans quelques semaines nous serons appelés à voter sur l’initiative « Pour une économie verte ». Voici quelques réflexions à ce sujet…

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« Nous devons utiliser nos ressources de manière mesurée et parcimonieuse ». Voilà une phrase que l’on entend souvent dans le cadre de discussions sur les finances publiques.

Notre économie vit pourtant à crédit depuis des années, consommant bien plus de ressources que notre planète ne peut en régénérer sur un même laps de temps, sans que cela n’émeuve les tenants de la rigueur budgétaire.

Les conséquences à terme pour notre économie, notre société et plus généralement le monde dans lequel nous vivons sont bien plus graves qu’un dépassement de crédit.

Car aujourd’hui, le constat est sans appel : l’empreinte écologique de notre pays, c’est-à-dire l’impact que nous avons sur nos ressources naturelles, équivaut à trois planètes.

Nous n’en avons pourtant qu’une, et nous vivons donc au détriment de nos enfants et de nos petits-enfants, hypothéquant ainsi leur prospérité et leur bien-être.

Il est urgent d’agir si nous ne voulons pas nous retrouver telle la cigale de la fable de La Fontaine à la fin de l’été.

Car la solution existe. Elle est à portée de main.

L’initiative « pour une économie verte » lancée en 2011 et soutenue par une large alliance de partis politiques et d’associations économiques, de consommateurs et environnementales, en est la preuve.

Le texte qui sera soumis au peuple le 25 septembre prochain demande que notre empreinte écologique soit ramenée à une planète d’ici à 2050, via des mesures essentiellement incitatives visant à réduire le gaspillage et rendre nos moyens de production plus efficaces et économes.

Le Conseil Fédéral et le Parlement pourront, si le peuple l’accepte, définir puis mettre en place progressivement des mesures allant dans ce sens : par exemple des encouragements à l’innovation et aux produits durables, la création de nouvelles filières de recyclage, ou encore la promotion de standards écologiques pour certains produits importés à fort impact, comme l’huile de palme.

Producteurs et consommateurs en sortiront gagnants. Les premiers car ils assureront leur viabilité sur le long terme, les seconds car ils auront à disposition des produits de meilleure qualité, à la durée de vie plus longue et produits localement.

Malgré tout cela, Economiesuisse a décidé de se battre contre l’initiative à coup de clichés éculés, montrant qu’elle représente une vision de l’économie appartenant au passé, et qu’elle est prête à sacrifier notre prospérité sur le long terme par pur dogmatisme.

Plutôt qu’avancer des arguments mensongers et caricaturaux, cette association ferait mieux d’encourager le virage vers la durabilité qu’ont déjà entrepris de nombreux autres pays.

Ceux-là auront sinon bon jeu de nous dire « eh bien dansez maintenant » quand soufflera la bise de l’épuisement des ressources.

UNE INITIATIVE QUI A LE GOÛT DE BOUCHON

 

 

Toute personne écoutant de temps en temps la radio partagera ce constat : les annonces de bouchons sur les routes et autoroutes suisses sont toujours plus nombreuses, et il est presque impossible d’écouter un « inforoute » le matin ou en fin d’après-midi sans entendre parler d’importantes surcharges de trafic aux alentours des agglomérations, mais aussi de plus en plus dans des zones périurbaines, voire rurales.

Partant de ce constat, le lobby routier « AutoSuisse », appuyé par quelques politiciens bourgeois, a lancé une initiative au nom trompeur : « pour un financement équitable des transports ». Avec ce texte, les initiants souhaitent affecter l’entier des recettes provenant de l’impôt sur les carburants à la construction routière, alors qu’aujourd’hui seule la moitié de la somme collectée est dédiée à cette tâche, le reste finissant dans le « pot commun » de la Confédération.

À nous les autoroutes à six voies, les routes de contournement à foison, et donc le rêve américain et la fin des bouchons ?

Eh bien figurez vous que non !

De très nombreuses études et exemples piochés de par le Monde montrent qu’augmenter la capacité routière ne fait à terme qu’augmenter le nombre de voitures en circulation, et donc le trafic. Quelques mois ou années plus tard, on se retrouve donc avec tout autant, si ce n’est plus de bouchons. Cet état de fait a été modélisé par un mathématicien allemand qui lui a donné son nom : « Le paradoxe de Braess ». L’exemple le plus parlant est sans doute celui de la « Katy Freeway », plus grande autoroute du Monde, servant de contournement à la ville texane de Huston. Afin de venir à bout des bouchons, les autorités ont décidé d’agrandir cette autoroute, la portant à 26 (oui, vous lisez bien, 26) voies. Inaugurée en 2008, elle est aujourd’hui totalement saturée, avec des embouteillages plus longs qu’auparavant.

Pourquoi donc ? Tout simplement car en construisant de nouvelles routes on incite les gens à prendre leur voiture, à délaisser les transports en commun et à s’installer toujours plus loin de leur lieu de travail. C’est donc un peu l’histoire du serpent qui se mord la queue…

Pour venir à bout du trafic routier, il faut proposer des alternatives aux automobilistes : améliorer les transports en commun et les garder à des prix abordables, développer le télétravail et les horaires cadencés, densifier les centres urbains pour permettre à qui le souhaite d’habiter plus près de son lieu de travail etc. Il n’y a bien entendu pas de solution miracle, mais tout un tas de mesures à mettre en place, et qui combinées portent leurs fruits. L’inauguration du métro M2 à Lausanne a ainsi permis de faire baisser légèrement le trafic au centre ville de Lausanne, alors que la population locale a fortement augmenté ces dernières années. Pourquoi prendre sa voiture pour aller de Ouchy à la gare, quand on y est en 5 minutes en métro ?

Tout cela sans compter que l’on continue à investir des sommes importantes en Suisse pour l’amélioration du réseau routier. Personne ne nie en effet l’utilité de la voiture, notamment pour les habitants de zones moins bien desservies par les transports en commun. Cantons, communes et Confédération investissent ainsi chaque année des milliards de francs pour rénover et élargir les routes existantes, et en construire de nouvelles. Depuis 1950, il n’y a eu qu’une seule année, 2005, où les transports publics ont reçu davantage d’argent que la route.

Le milliard et demi de francs qui en cas d’acceptation de l’initiative  sera retiré chaque année du budget de la Confédération pour financer le goudronnage de terres agricoles va cruellement manquer pour financer d’autres secteurs. Le Département Fédéral des Finances prévoit ainsi des coupes de 350 millions dans la formation et recherche, 250 millions en mois pour les transports publics, 200 millions en moins pour l’agriculture ou encore 150 millions en moins pour l’aide au développement.

Veut-on donc des routes plus grandes mais tout aussi engorgées, avec moins d’argent pour des secteurs essentiels à notre qualité de vie ?

C’est à cette question qu’il faut répondre le 5 juin prochain. Pour ma part, ce sera résolument NON !

 

Oh forage, oh désespoir

 

Avant toutes choses, rendons à César ce qui lui appartient : le titre n’est pas de moi, je l’ai honteusement piqué à une interpellation su le 2ème tunnel du Gothard déposée par le député Vert Vassilis venizelos il y a quelques temps.

Ce n’est cependant pas du Gothard dont j’aimerais parler, mais plutôt d’un référendum qui anime quelque peu la vie politique transalpine depuis quelques semaines.

Les citoyennes et citoyens italiens sont en effet appelés aux urnes le 17 avril prochain, pour décider s’ils veulent suspendre ou non les concessions pour des forages gaziers au large des côtes de la Péninsule.

Car oui, le référendum n’est pas un outil exclusif de la démocratie helvétique. Les italiens ont ainsi aboli la monarchie et proclamé la République en 1946 suite à un référendum, introduit le droit au divorce en 1974 par ce même biais, ou encore mis fin à l’exploitation de centrales nucléaires sur le territoire national en 1987.

Le référendum reste cependant un outil bien moins utilisé que sous nos latitudes, et on a compté en tout et pour tout 66 votes depuis 1946, soit moins d’un par année (il n’y a ainsi par exemple eu aucun vote entre 1946 et 1974, ou entre 2005 et 2009)

Cela s’explique par divers facteurs, dont une particularité qu’on ne connaît pas dans la démocratie directe suisse : le quorum. Pour qu’un référendum soit jugé valable, il faut en effet en Italie qu’au moins 50% des électrices et électeurs + 1 glissent un bulletin dans l’urne. Sinon, quel que soit le résultat, il n’est pas tenu en compte.

27 référendums sur 66 n’ont ainsi pas atteint le quorum.

Les politiciens hostiles à un projet appellent donc généralement la population à ne pas aller voter. Conséquence : ce sont principalement les personnes favorables qui se déplacent, donnant lieu à des scores parfois quelque peu staliniens ( ou vaudois depuis le 20 mars dernier). Il y a ainsi eu 95,5% de OUI en 2011 à un référendum traitant du maintien de la gestion du réseau hydrique par les pouvoirs publics.

Mais sur quoi vote-t-on au juste le 17 avril ?

Sur la fin de toute exploitation de gisements d’hydrocarbure au large des côtes italiennes.

Une loi de 2007 interdit déjà de nouveaux forages, mais permet d’exploiter jusqu’à épuisement les gisements déjà « entamés ». Une coalition de régions côtières italiennes, alliée à des mouvements écologistes, a ainsi lancé ce référendum pour supprimer l’article permettant cette exploitation.  Si le OUI passe le 17 avril, il n’y aura donc plus d’extraction de méthane offshore en Italie.

La campagne peine un peu à décoller, notamment à cause de fronts assez hétéroclites et divisés. Au delà de la classique opposition écologistes-patronat, on ne trouve en effet pas un front gauche-droite traditionnel:
Le Parti Démocrate (centre gauche) de Matteo Renzi est ainsi divisé, tout comme le parti de Berlusconi, Forza Italia. Le premier ministre appelle ainsi par exemple à déserter les urnes, prétextant que l’Italie a besoin d’hydrocarbures bon marché pour relancer son économie, alors que de nombreux parlementaires et sénateurs de son parti militent pour le OUI.

 

À titre personnel, je ne peux qu’espérer que le quorum sera atteint, et que l’Italie se tourne résolument, à l’image d’autres pays européens pourtant moins bien lotis en termes d’ensoleillement, vers les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique. le méthane, c’est tellement 20ème siècle…

 

 

 

 

Ne pas vendre la peau de l’ours…

 

Souvenez-vous : les mauvais résultats des partis écologistes en Suisse et en Europe ces dernières années avaient amené journalistes, analystes et politiciens d’autres bords à annoncer avec plus ou moins de fracas la fin de l’écologie politique, devenue obsolète au vu de la reprise de ses thèmes par tous les partis.

Or que constate-t-on aujourd’hui ? Tout d’abord que les mauvais résultats de hier sont en partie à relativiser, car si des pertes importantes ont été enregistrées dans certains cantons ou régions, ailleurs les Verts – que ce soit en Suisse ou en Europe – ont progressé.

Et puis, et c’est sans doute le plus important, cette tendance à la baisse que certaines Cassandres jugeaient inéluctable semble avoir sérieusement du plomb dans l’aile.

La semaine dernière, c’étaient les Verts allemands qui fêtaient,  devenant le premier parti (30% des voix) dans une région de 13 millions d’habitants, le Bade Wurtemberg.

Aujourd’hui, ce sont les Verts vaudois qui ont le sourire aux lèvres, eux qui confirment leurs jolis résultats du premier tour des élections communales. Après avoir progressé de 20% dans les législatifs communaux, ils gagnent 4 sièges supplémentaires dans les exécutifs, faisant leur entrée à Prilly, Ollon, Orbe, Prangins et Lutry, et revenant après 5 ans d’absence à Moudon.

Quels enseignements en tirer :

Premièrement, que l’écologie politique n’est pas mourante, et reprend même des couleurs. Elle ne se cantonne par ailleurs pas aux quartiers branchés de Stuggart ou de Lausanne, puisque les verts ont fait ces deux dernières semaines d’excellents résultats également dans des zones plus rurales ou populaires, que ce soit ici ou en Allemagne.

Deuxièmement, qu’on ne s’improvise pas Madame Soleil de la politique. Les tendances lourdes ne se dégagent pas en un ou deux scrutins, et surtout, leurs causes sont généralement multiples et difficiles à cerner. L’un des principaux enseignements de la sociologie politique est justement qu’il y a autant de manières et de raisons de voter qu’il y a d’électeurs.
Prenons un exemple tout bête, celui des élections allemandes :
Les Verts ont comme je l’indiquais plus haut fortement progressé en Bade Wurtemberg. Le même jour, ils perdaient 5% des voix et s’effondraient en Rhénanie Palatinat, à quelques dizaines de kilomètres de là où ils triomphaient. Ce sont donc bien une multitude de facteurs locaux, qui vont des caractéristiques socio-démographiques de l’électorat à des événements régionaux qui expliquent un vote, et non une espèce de « main invisible » de la volonté populaire valable partout et tout le temps.
Les grandes phrases du type « les électeurs ont voulu montrer que… » ou « le peuple affirme ainsi sa volonté de… » que l’on entend à toutes les sauces les soirs d’élections n’ont ainsi pas vraiment de sens…
On peut bien sûr émettre des hypothèses, mais il faut bien des études et du temps pour essayer de les corroborer.

Je termine donc en énonçant une hypothèse, laissant au temps le soin de la corroborer : On a pas fini d’entendre parler des Verts, et ce à tous les échelons de la politique. L’écologie est en effet une question de réalisations concrètes, et non de promesses électorales…

 

 

Merci Luc

 

Triste dimanche que celui que nous venons de vivre.

Au delà de la  déception pour la perte du siège vert au Conseil des États et l’inquiétude face au virage à droite qui se confirme au niveau cantonal, c’est un profond sentiment d’injustice qui m’habite.

S’il est un politicien qui ne méritait pas de subir une non réélection, c’est bien Luc Recordon, un homme qui aura profondément marqué la politique cantonale et fédérale de ces 20 dernières années.

Luc Recordon, c’est un animal politique, un politicien au parcours impressionnant : Municipal à Jouxten-Mezery, député au grand Conseil, co-président des Verts vaudois, élu au Conseil national en 2003, et 2ème écologiste (après Robert Cramer, élu 3 semaines plus tôt) à siéger à la Chambre des cantons.

En 12 ans à Berne, il aura déposé plus de 180 interpellations, postulats, questions ou motions, noué des alliances, défendu des thématiques aussi diverses qu’importantes, telles que le tournant énergétique, la réforme de l’armée, la politique agricole ou encore le financement des grandes infrastructures ferroviaires.

Au delà du Luc Recordon politicien influent, c’est l’homme qui épate et impressionne. Pour arriver à un tel niveau en politique, on a coutume de dire qu’il faut être un peu un requin, jouer des coudes plus fort que ses adversaires pour se tailler une place au soleil.

Luc Recordon est sans nul doute l’une des exceptions qui confirment la règle.

Il a toujours brillé par sa modestie, son humanité et sa gentillesse. Il a beau tutoyer des Conseillers fédéraux, il a toujours participé activement aux séances de sa section locale, participé à des fêtes villageoises, écouté et compris tout le monde,  indépendamment du statut, de l’âge ou du niveau social.

Luc Recordon, c’est quelqu’un qui peut être autant à l’aise dans une commission parlementaire que dans un bistrot du Gros-de-Vaud, qui peut siéger le matin au Conseil de l’Europe et participer le soir à une séance de la section Gros-de-Vaud des Verts vaudois, dans la cuisine d’un-e militant-e.

Luc Recordon, c’est celui qui ne s’énerve jamais, qui reste grand seigneur même quand il est attaqué de la manière la plus basse et mesquine (on l’a vu ces dernières semaines), qui reste toujours optimiste et fédérateur.

Luc Recordon, c’est un modèle, probablement la personne qui m’aura le plus marqué depuis que je me suis engagé chez les Verts vaudois, il y a de cela 10 ans.

Luc Recordon, c’est un grand Monsieur de la politique vaudoise, et si un rideau se baisse aujourd’hui sur une partie de sa carrière politique, aucun doute que d’autres vont se lever, et que son engagement en faveur du bien commun continuera sous d’autres formes. Les Verts et surtout notre canton ont trop besoin de lui !

Alors MERCI Luc, et tout le meilleur pour la suite de ton incroyable parcours !