Initiative des JLRV : Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ?

 

Les médias ont abondamment parlé de l’initiative des  Jeunes Libéraux         Radicaux vaudois (JLRV) intitulée  » Une baisse d’impôt pour la classe moyenne ». Le but du texte est simple : augmenter la franchise de déduction des primes d’assurance maladie dans la déclaration fiscale. Les contribuables de la classe moyenne ( cette fameuse classe moyenne que tout le monde, du POP à l’UDC prétend vouloir aider et défendre…) verraient ainsi leurs impôts baisser, et par ricochet leur pouvoir d’achat augmenter.

L’idée est à prime abord séduisante… Cela fait des années qu’on ne s’occupe dans le canton de Vaud, en termes de fiscalité, que de cadeaux aux multinationales. Faire un geste pour les personnes physiques, en période de conjoncture plutôt favorable, ce n’est pas un mal.

Il y a pourtant plusieurs « mais » d’envergue…

Laissons de côté le fait que l’initiative, lancée sur papier par une jeunesse de parti, a un comité composé par plus de moitié de conseillers nationaux, députés et cadres des partis sénior de la droite vaudoise. Ces partis jouissent d’une majorité au Grand Conseil vaudois, et on peut donc supposer que le dépôt d’une simple motion par l’un-e de leurs élu-e-s eut suffi pour atteindre le but. Qui a dit « électoralisme » ?!?

Oublions également la manière dont ont été récoltées ces signatures, une part non négligeable ayant été obtenue en rémunérant des récolteurs. Car comme le disait je ne sais plus qui  » que celui qui n’a jamais péché… ».

Concentrons-nous sur le fond de cette initiative, car c’est là que le bât blesse:

Si l’idée de la déduction est en soi intéressante, un complément rend le tout bien moins sexy. Le texte prive en effet de déductions toute une série de contribuables – appartenant pourtant eux aussi à la classe moyenne – qui reçoivent des subsides. Aujourd’hui, toutes les primes sont concernées, y compris celles « subventionnées ». Ce ne sera plus le cas si le texte venait à être appliqué, et de très nombreux contribuables verraient donc leur situation péjorée.  De « coup de pouce à la classe moyenne », on passe donc à  « coup de pouce à la frange la plus aisée de la classe moyenne, et tacle aux moins fortunés de celle-ci ».

Et puis le texte se trompe à mes yeux de cible en éludant le principal problème : le coût exorbitant et sans cesse croissant des primes d’assurance maladie. Si on veut véritablement aider la classe moyenne sans gréver les caisses de l’État, c’est pourtant ces hausses qu’il faut combattre. Or on a vu la droite plutôt du côté des assureurs (un probable futur conseiller fédéral tessinois n’est-il pas président leur association faîtière ?), et bataillant contre des mesures visant à réduire les coûts de la santé. On se rappelle ainsi le soutien du PLR à la fronde des cliniques privées contre la volonté de Pierre-Yves Maillard de réguler l’acquisition d’équipements médicaux lourds (petite piqûre de rappel ici ).

En résumé, l’initiative de la droite vaudoise rate une partie de sa cible, et en voulant aider certains punit d’autres qui n’ont pourtant rien demandé. Elle tord par ailleurs le bras à l’Etat, qui se retrouvera à devoir payer une part supplémentaire des coûts sans cesse croissants de la santé.

Au lieu de se dire « les coûts augmentent, comment faire pour les réduire ? » la droite vaudoise préfère se dire  » mettons-les sur le dos de l’Etat en les défiscalisant ». On a eu vu plus libéral comme raisonnement…

Agir en amont, avec des mesures ciblées visant à juguler ces dépenses sans cesse croissantes, serait plus efficace et équitable.

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