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un acharnement incivil

 

Le Conseil fédéral a annoncé aujourd’hui sa volonté de durcir une nouvelle fois les conditions d’accès au service civil, sans doute effrayé par des chiffres qui montrent l’intérêt sans cesse croissant des jeunes conscrits pour ce système.
En 2016, on a ainsi vu 6169 personnes admises au service civil, contre 5836 l’année précédente.

Cette réaction pourrait faire rire par son absurdité, si elle n’était pas dramatique car symptomatique d’un gouvernement figé dans une vision du « service à la patrie » digne des guerres napoléoniennes.

Plutôt que de se battre contre le service civil, le Conseil Fédéral et la majorité bourgeoise qui appuie et incite ces politiques au parlement pourraient s’interroger sur les raisons de ce succès.

Qu’est-ce qui pousse ces milliers de jeunes aptes au service à choisir le service civil plutôt que son homologue militaire ? Est-ce la facilité et le caractère « douillet » du premier, comme le prétendent les casques à boulons de tous horizons ?

Rien n’est moins sûr, car à s’y pencher de plus près on voit que le quotidien d’un civiliste n’est de loin pas comparable à celui d’un pensionnaire d’un hôtel all inclusive de la Costa Brava.

Le civiliste doit tout d’abord effectuer une fois et demi le nombre de jours qui incombent à qui choisit le service militaire. C’est la fameuse « preuve par l’acte », qui le voit servir son pays 390 jours au lieu de 260.

Il doit répondre ensuite à un certain nombre de contraintes en matière de nombre de jours de service par année, de domaines dans lesquels accomplir son affectation ou encore

Il effectue surtout des tâches extrêmement utiles pour la société, en travaillant dans des EMS, auprès d’associations s’occupant de migrants, de jeunes en difficulté, ou encore pour des paysans de montagne, des réserves naturelles… La liste est aussi longue que variée, et même si tout n’est pas rose, je met quiconque au défi de prouver une prétendue inutilité ou inaction des civilistes.

Sans dénigrer l’armée et celles et ceux qui décident de s’y engager, je pense qu’il est temps de changer de paradigme, et d’inciter et valoriser le service civil, qui rend un sacré coup de main à bien des personnes dans le besoin, et participe plus ou moins modestement à rendre notre société et notre pays un peu plus agréables à vivre.

Quand le Conseil Fédéral et les partis bourgeois auront intériorisé cela, on aura fait un sacré pas en avant, mais le chemin semble malheureusement encore long et semé de casernes et de cours de repet arrosés à la feldschlossen.

Du lard ou du cochon…

 

Quand j’étais petit, ma grand-mère me disait parfois « tourne ta langue sept fois dans ta bouche avant de parler, ça t’évitera de dire des bêtises ». Voilà un conseil qui ferait du bien à l’UDC Vaud, qui s’illustre semaine après semaine par des propos dont la vacuité n’a d’égale  que la déconcertante agressivité.

Après la tentative avortée d’attaquer via le Grand Conseil une décision prise pourtant à une très large majorité par le Conseil communal de Lausanne, le parti jadis agrairien nous a gratifiés aujourd’hui d’un communiqué de presse tout bonnement surréaliste :

Dans un mélange de pathos, de nationalisme désuet et de méchanceté gratuite dont elle a seule le secret, l’UDC a attaqué la Présidente du Grand Conseil, Sylvie Podio, coupable à ses yeux du pire crime de lèse majesté qui soit : ne pas avoir servi de viande lors de sa fête d’intronisation, qui s’est tenue à Morges la semaine passée.

L’UDC oublie d’indiquer dans son communiqué que les vins et la nourriture servie étaient tout ce qu’il y a de plus local, produits par des agriculteurs de la région, et parle d’une blessure infligée aux vaudoises et aux vaudois comme à notre tradition culinaire.

Il est vrai que la fondue, la tarte à la raisinée, les croûtes au fromage, les malakofs ou encore la salée au sucre ne font pas partie du patrimoine culinaire vaudois, car c’est bien connu : pour en faire partie il faut être composé de VIANDE !

Plus sérieusement, ce type d’attaques stériles ne font avancer en rien le débat politique, et attisent au contraire un climat d’opposition qui nuit au bon fonctionnement des institutions.

La figure de la Présidente du Grand Conseil mérite le respect dû à sa fonction, et l’attaquer de la sorte pour de telles futilités revient à manquer de respect non seulement à une personne choisie par ses pairs pour mener les débats de notre Parlement, mais à l’institution elle-même.

Espérons donc que ce type d’attaques reste l’exception et non la règle, et que les forces politiques de ce canton poursuivent ensemble ce pourquoi elles sont mandatées par la population vaudoise : la recherche de solutions constructives pour les défis qui nous attendent.

#Podio2017

 

Chaque année, le Grand Conseil élit un-e président-e, issu-e d’un parti différent selon un tournus déterminé à l’avance. Cette année, c’est l’excellente Sylvie Podio, députée verte et municipale à Morges qui a été élue Première citoyenne du canton.
Comme le veut la tradition, une fête était organisée pour son intronisation, et j’ai eu l’honneur de pouvoir y prononcer un discours en tant que Président des Verts vaudois.

Voici le texte de mon allocution.

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Mesdames et Messieurs les représentantes et représentants des autorités fédérales, cantonales et communales,

Mesdames et Messieurs les représentantes et représentants des associations, syndicats et de la société civile,

Mesdames et Messieurs les invités,

Chère Sylvie, ou plutôt Madame la Présidente du Grand Conseil dorénavant,

 

J’aimerais commencer cette allocution en évoquant un chiffre, le 4. De lui, je peux vous dire qu’il est le seul nombre composé égal à la somme de ses facteurs premiers, qu’il fut jadis le nombre de Conseillers d’Etat PLR au gouvernement vaudois, et surtout qu’il correspond depuis le mois de juin passé au nombre de Verts ayant été élus à la Présidence du Grand Conseil. Tu es en effet Sylvie la quatrième écologiste à devenir première citoyenne de notre canton, montrant ainsi que les Verts sont devenus au fil des années une institution de la politique vaudoise, au même titre que le carnotzet ou que les candidatures de Ted Robert.

Nul doute que tu t’efforceras, à l’image de tes prédécesseurs, d’insuffler un peu d’écologie dans les rouages de cette machine complexe, désormais sublimée par un bâtiment qui, à défaut d’avoir des places assises pour les journalistes, répond aux normes énergétiques les plus strictes.

Soyez cependant rassurés, comme pourront en témoigner les députés vétérans, une présidente verte ne veut pas dire du tofu remplaçant les taillés aux greubons à la buvette – ça c’est juste pour cette fête d’installation – ni des documents écrits en arial 7 pour économiser du papier.

Parce qu’être Verte, c’est aussi savoir mettre de l’eau dans son vin bio, et avoir à cœur un fonctionnement apaisé et efficace des institutions.

Être Verte, c’est avoir une haute estime de la démocratie et de la nécessité de faire participer toute la population vaudoise aux enjeux fondamentaux de notre temps.

Être Verte, c’est prendre cette hauteur et cette distance nécessaire pour développer une vision globale et sur le long terme – nul doute que ton nouveau siège, là-haut, en dessus du Conseil d’Etat, t’aidera dans cette posture nécessaire.

Mais ce n’est pas l’écologie politique que l’on fête aujourd’hui. Ce sont une institution et une femme qui sont à l’honneur.

De l’institution, je mets de côté la question de la séparation des pouvoirs, la traditionnelle citation de « L’esprit des lois » de Montesquieu ou encore l’allégorie du « premier pouvoir », qui seront sans doute abondamment – et à juste titre – évoquées au cours de cette partie officielle.

J’aimerais me concentrer sur la force de proposition qui est celle de tout législatif. C’est en effet bien souvent de l’imagination et de la détermination de député-e-s que naissent des idées et des projets. Loin d’être une chambre d’enregistrement ou d’opposition, le Grand Conseil est un formidable complément à l’exécutif dans la prise en compte des préoccupations et des évolutions de la société vaudoise.

Début d’une nouvelle législature oblige, les débats risquent d’y être animés, et il te faudra, chère Sylvie sans doute très vite mettre à contribution ta poigne, ta diplomatie et ton esprit rapide et aiguisé pour fluidifier des débats qui s’annoncent Homériques.

Ce ne sont pas les sujets qui vont manquer, avec notamment le traitement des initiatives populaires lancées ce printemps, et dont la récolte de signatures a par une étrange coïncidence correspondue à la période de campagne électorale.

On saura ainsi prochainement si le Grand Conseil accepte d’augmenter la part déductible des impôts du gaz de schiste que peut extraire la classe moyenne afin de lutter contre l’intégrisme religieux… Ah non, pardon, pas le troisième…

Mais je suis sûr Sylvie que cela ne t’effraie pas, car en tant que Binationale, tu as l’habitude de la démocratie directe, soit-elle suisse ou italienne. Car oui, on vote aussi sur des référendums de l’autre côté des Alpes, même si les temps de dépouillement sont un petit peu plus longs… Nul doute que tu ne suivras pas l’exemple d’autres politiciens se sentant appeler à occuper les hautes sphères, et que tu garderas ton passeport italien. Tu représenteras ainsi encore mieux cette part importante de la population vaudoise qui a tout ou une partie de ses origines dans d’autres pays ou régions, mais qui a choisi de vivre ici, et de participer à la construction d’une société prospère et solidaire, fière de ses traditions mais ouverte sur le Monde.

Une société plus diverse que par le passé, mais non moins unie. Car ce qui fait sa force c’est un socle de principes fondamentaux que les Institutions, et tout particulièrement le Grand Conseil, ont pour mission de défendre et développer.

Nous avons donc beaucoup de chance d’avoir comme première citoyenne de notre canton, et donc gardienne de ces principes, une femme de ta trempe Sylvie.

Une femme honnête, combattive et intelligente, au parcours politique riche et construit sur le militantisme et l’ancrage local. Une femme moderne et progressiste, « bien dans son temps » et qui saura sans nul doute piloter avec brio cet imposant paquebot qu’est le parlement vaudois.

Tout de bon pour cette année de présidence chère Sylvie, et merci pour ton infatigable engagement pour le bien commun ! Tu nous rends fiers et tu peux compter sur les Verts pour t’accompagner dans cette belle aventure.

 

Thatcher reviens…pas !

 

Imaginez qu’une porte spatio-temporelle s’ouvre soudainement un beau matin d’août 1981. Une personne sirotant tranquillement son café en lisant son journal y est aspirée, et se retrouve tout à coup le 24 août 2017. Si elle continue à lire le journal du jour, il y a fort à parier qu’elle ne se rende pas compte d’avoir effectué un bond de 36 ans dans le temps, tant la nouvelle ouvrant les trois premières pages de 24Heures a un goût qui serait délicieusement retro s’il n’était pas inquiétant…

Il y est en effet question de la conférence de presse organisée par les principales organisations économiques et patronales vaudoises, lors de laquelle elles ont exposé leurs propositions pour « sauvegarder la croissance vaudoise ».

Au menu: construction de nouvelles routes et parkings, extraction d’hydrocarbures dans les campagnes vaudoises, assouplissement des règles d’aménagement du territoire, attaques contre les politiques d’aide sociale ou encore baisses d’impôts pour les plus fortunés.

On se croirait donc revenus au début des années 80, quand l’écologie était le cadet des soucis des milieux économiques (« parce que ça a changé? » penseront à voix haute les plus taquins d’entre vous…) et qu’en Angleterre ou aux Etats-Unis on pensait que baisses massives d’impôts et démantèlement de l’Etat social auraient amené joie et prospérité.

Manque de bol, nous sommes en 2017, le réchauffement climatique est une réalité que nous vivons au quotidien, les ressources mondiales s’épuisent et le bétonnage des terres agricoles met à rude épreuve nos campagnes.

Les mesures préconisées par ces associations sont  donc pour certaines nuisibles et dangereuses, car elles visent à perpétrer et renforcer un système qui n’est pas viable, car il menace à plus ou moins court terme notre qualité de vie.

Un point supplémentaire de PIB ne vaut pas grand chose dans un environnement pollué, aux paysages détruits et aux voies de transports saturées. Ce qui compte, c’est la qualité de vie de la population, qui est certes fonction de la prospérité économique, mais pas seulement !

Des mesures efficaces et nécessaires en matière de politique économiques sont donc celles qui visent à accroître cette qualité, en préservant l’environnement et les terres agricoles, et en renforçant la cohésion sociale.

Ce dont nous avons besoin, c’est d’une fiscalité écologique ambitieuse, d’une réduction de notre dépendance aux énergies fossiles, d’un arrêt du bétonnage inconsidéré et d’un transfert de la route au rail des voyageurs comme des marchandises.

Mettons donc les idées passéistes au fort relent de naphtaline dans un tiroir, et regardons vers un avenir qui ne serait plus esclave de la croissance à n’importe quel prix…

Droit dans le mur en sifflotant…

 

Vous l’avez sans doute lu ou entendu tant les médias en ont parlé aujourd’hui : le 2 août 2017, 215ème jour de l’année, l’Humanité a fini de consommer ce que la planète Terre peut générer annuellement en termes de ressources naturelles.

En d’autres termes, nous consommons un bon 40% de trop par rapport à ce qui permettrait aux générations futures de vivre paisiblement, avec une qualité de vie comparable à la nôtre.

Nul doute que si au lieu de parler de milieux naturels, de terres agricoles ou encore d’eau ou de biodiversité, il était question de finances, l’ensemble des grandes puissances économiques mondiales, épaulées par le FM, la Banque Mondiale et une ribambelle d’autres organisations internationales se seraient penchées sérieusement sur le cas.

Elles auraient prescrit des mesures d’économies drastiques, demandé des engagements importants, parfois douloureux, afin de ramener au plus vite la situation à la normale.

Manque de chance, il ne s’agit pas d’argent prêté par de grandes banques, mais de notre environnement… Et là, ces mêmes grands acteurs de l’économie et de la finance mondiale s’en contrefichent, évoquant tout au plus des mesures abstraites et « non contraignantes pour les marchés ».

Difficile dès lors de s’ôter des yeux l’image d’un groupe de Messieurs à cigare et haut de forme, comptant leurs billets sur le pont d’un paquebot qui fonce droit vers un iceberg qui n’aurait pas encore totalement fondu…

Bien sûr, on me dira que des progrès sont accomplis au quotidien, que la communauté internationale s’est accordée sur des programmes de réduction des émissions de CO2, qu’une prise de conscience est en cours…

Et pourtant… pourtant ce « jour du dépassement » n’a cesse d’avancer dans le calendrier ( 23 décembre en 1970, 4 octobre en 2000 et 23 août il y a 5 ans, en 2012 ), montrant que notre boulimie de ressources augmente constamment. Pourtant les émissions de gaz à effet de serre n’ont jamais été si importantes, et la communauté scientifique s’accorde pour dire que nous sommes à l’orée d’une nouvelle grande extinction de masse, tant l’humain détruit les milieux de vie d’autres espèces animales.

Loin de moi l’idée de jouer la carte du catastrophisme absolu, ce « nous sommes fichus » qui empêche d’agir et d’espérer. Car les solutions existent, et ne demandent qu’un peu de volontarisme politique pour être mises à exécution.

Première d’entre elles, et sans doute la plus urgente et salutaire : sortir du dogme de la croissance à n’importe quel prix, qui veut que seule l’augmentation du PIB puisse améliorer la qualité de vie d’une population. C’est sans doute le cas dans certains cas de figure, mais ne saurait être pris comme une règle mathématique. Cette volonté de produire, de consommer, de gaspiller toujours davantage fait qu’aujourd’hui nous vivons à crédit, et que l’addition sera très très salée pour celles et ceux à qui nous léguerons notre dette.

 

Comme déjà écrit dans un autre article de ce blog, cela ne signifie pas revenir à la charrue, aux feux de bois et aux voiliers. Il s’agit juste d’ouvrir les yeux sur les limites d’un système et les dangers qu’il fait courir à nous comme à celles et ceux qui nous succéderont.

Plutôt que des publications trimestrielles de résultats, où une augmentation du profit plus faible qu’escompté peut faire paniquer les marchés, il faut des stratégies à long terme, où le profit à court terme est très clairement subordonné à la durabilité.

Les Verts suisses avaient entamé de manière brillante la réflexion avec l’initiative « pour une économie verte », qui visait à ramener notre empreinte écologique à ce que nous pouvons durablement consommer.  La droite et les milieux économiques en ont voulu autrement, s’accrochant à d’anciens schémas qui n’ont plus besoin d’être démentis.

À nous de redoubler d’efforts pour leur faire ouvrir les yeux, faute de quoi nous risquons bien de finir comme la cigale dans la fameuse fable de La Fontaine…

Initiative des JLRV : Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ?

 

Les médias ont abondamment parlé de l’initiative des  Jeunes Libéraux         Radicaux vaudois (JLRV) intitulée  » Une baisse d’impôt pour la classe moyenne ». Le but du texte est simple : augmenter la franchise de déduction des primes d’assurance maladie dans la déclaration fiscale. Les contribuables de la classe moyenne ( cette fameuse classe moyenne que tout le monde, du POP à l’UDC prétend vouloir aider et défendre…) verraient ainsi leurs impôts baisser, et par ricochet leur pouvoir d’achat augmenter.

L’idée est à prime abord séduisante… Cela fait des années qu’on ne s’occupe dans le canton de Vaud, en termes de fiscalité, que de cadeaux aux multinationales. Faire un geste pour les personnes physiques, en période de conjoncture plutôt favorable, ce n’est pas un mal.

Il y a pourtant plusieurs « mais » d’envergue…

Laissons de côté le fait que l’initiative, lancée sur papier par une jeunesse de parti, a un comité composé par plus de moitié de conseillers nationaux, députés et cadres des partis sénior de la droite vaudoise. Ces partis jouissent d’une majorité au Grand Conseil vaudois, et on peut donc supposer que le dépôt d’une simple motion par l’un-e de leurs élu-e-s eut suffi pour atteindre le but. Qui a dit « électoralisme » ?!?

Oublions également la manière dont ont été récoltées ces signatures, une part non négligeable ayant été obtenue en rémunérant des récolteurs. Car comme le disait je ne sais plus qui  » que celui qui n’a jamais péché… ».

Concentrons-nous sur le fond de cette initiative, car c’est là que le bât blesse:

Si l’idée de la déduction est en soi intéressante, un complément rend le tout bien moins sexy. Le texte prive en effet de déductions toute une série de contribuables – appartenant pourtant eux aussi à la classe moyenne – qui reçoivent des subsides. Aujourd’hui, toutes les primes sont concernées, y compris celles « subventionnées ». Ce ne sera plus le cas si le texte venait à être appliqué, et de très nombreux contribuables verraient donc leur situation péjorée.  De « coup de pouce à la classe moyenne », on passe donc à  « coup de pouce à la frange la plus aisée de la classe moyenne, et tacle aux moins fortunés de celle-ci ».

Et puis le texte se trompe à mes yeux de cible en éludant le principal problème : le coût exorbitant et sans cesse croissant des primes d’assurance maladie. Si on veut véritablement aider la classe moyenne sans gréver les caisses de l’État, c’est pourtant ces hausses qu’il faut combattre. Or on a vu la droite plutôt du côté des assureurs (un probable futur conseiller fédéral tessinois n’est-il pas président leur association faîtière ?), et bataillant contre des mesures visant à réduire les coûts de la santé. On se rappelle ainsi le soutien du PLR à la fronde des cliniques privées contre la volonté de Pierre-Yves Maillard de réguler l’acquisition d’équipements médicaux lourds (petite piqûre de rappel ici ).

En résumé, l’initiative de la droite vaudoise rate une partie de sa cible, et en voulant aider certains punit d’autres qui n’ont pourtant rien demandé. Elle tord par ailleurs le bras à l’Etat, qui se retrouvera à devoir payer une part supplémentaire des coûts sans cesse croissants de la santé.

Au lieu de se dire « les coûts augmentent, comment faire pour les réduire ? » la droite vaudoise préfère se dire  » mettons-les sur le dos de l’Etat en les défiscalisant ». On a eu vu plus libéral comme raisonnement…

Agir en amont, avec des mesures ciblées visant à juguler ces dépenses sans cesse croissantes, serait plus efficace et équitable.

Trump, ou l’arbre qui cache la forêt…

L’annonce il y a quelques jours du retrait américain des Accords de Paris sur le climat a suscité une vague d’indignation quasi unanime au sein de la société civile, mais aussi parmi les dirigent-e-s de nombreux pays, qui se sont fendus de déclarations inhabituellement fermes sur la question.

On a ainsi toutes et tous entendu le vibrant plaidoyer du Président de la République française, qui a notamment affirmé que « la France se [devait] d’être plus ambitieuse encore, pour notre avenir ». Même son de cloche à Berlin, Pékin ou Berne, dans une unanimité environnementaliste qui ferait chaud au cœur si elle n’avait pas tout d’un discours de façade, que les faits ont pour l’heure bien de la peine à corroborer.

Les politiques environnementales menées aujourd’hui un peu partout en Occident et dans les grands pays émergents sont en effet bien loin de l’idéal de durabilité si souvent évoqué dans les discours. Elles reposent sur l’idée saugrenue selon laquelle il suffirait à la main invisible du marché d’enfiler un gant d’innovation pour gommer les effets néfastes de notre mode de vie et de consommation sur l’environnement. Un coup de baguette magique, quelques panneaux solaires et un logo de multinationale se voyant adjoindre une feuille ou tout autre élément chlorophyllé, et hop, le tour est joué.

Cela sans oublier que les actions menées par ces gouvernements qui se sont soudain découverts une fibre écolo sont bien souvent très loin de contenir ne serais-ce qu’une once de durabilité.

Ce même Emmanuel Macron qui s’émeut dans les médias du sort de notre environnement a ainsi par exemple fait passer une loi en 2015, alors qu’il était ministre de l’économie, déréglementant le marché des autobus, et leur permettant de concurrencer les lignes de chemin de fer . Le polluant diesel remplace donc l’électricité comme moyen de propulsion, et les lignes de train régionales, déjà bien mal en point, sont les premières touchées par les coupes d’une SNCF échaudée par la concurrence.

Un peu plus au Sud du Continent, le gouvernement italien qui a mis le sauvetage des Accords de Paris parmi les grandes priorités du « G7 » qui s’est tenu en Sicile il y a une dizaine de jours est le même qui s’est battu contre une initiative populaire visant à interdire les forages gaziers et pétroliers proches des côtes.

La liste serait encore longue, et la Suisse et le canton de Vaud n’échappent pas à leur échelle à cette schizophrénie plus ou moins lucide et calculée qui veut que derrière des discours engagés et ambitieux en matière d’environnement se cachent des actes timorés et parfois carrément contraires aux buts annoncés en fanfare.

Que l’on se comprenne bien : il est juste et salutaire de condamner la décision américaine de faire fi d’un accord minimaliste sur le climat, et de continuer à émettre du gaz à effet de serre comme si la calotte glaciaire ne fondait pas à vue d’œil. En cela, les dirigeants mondiaux ont raison. L’heure n’est cependant plus aux discours, mais aux actions concrètes, et là force est de constater que le bilan est plus maigre.

Si le développement des énergies renouvelables, la transition énergétique et la diminution des émissions de CO2 liées aux activités productives sont des actes indispensables, ils ne sauraient cependant être les seules réponses à la crise écologique mondiale.

Il est naïf et dangereux de penser qu’on pourra « greenwasher » notre système économique actuel, basé sur la croissance à n’importe quel prix, pour poursuivre sur cette voie ad eternam. Que l’on pourra produire et consommer toujours plus, se déplacer toujours plus loin, vite et bon marché, profiter de fruits et légumes estivaux au mois de janvier, ou encore changer complètement de garde robe à chaque nouvelle collection d’une marque de prêt à porter.

Il n’est pas non plus question de revenir à la bougie et à la charrette, comme le persiflent d’aucuns dès que l’on évoque les limites de notre système de consommation. Il s’agit juste de s’apercevoir des limites de notre Planète et des ressources qu’elle met à notre disposition, et de les intégrer à un système économique qui devrait avoir comme indicateur la qualité de vie des citoyens plutôt que la croissance du PIB et l’indice à la consommation.

Le jour où le/la dirigent-e d’un grand pays industrialisé tiendra ces propos et les accompagnera d’actions concrètes, épaulé par les forces politiques et la société civile, alors on pourra vraiment applaudir des deux mains !

L’arroseur irradié

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Dessin de François Maret

Souvenez vous : Il y a quelques semaines, alors que la campagne pour les votations du 25 septembre battait son plein, les défenseurs de la loi sur le renseignement n’avaient cesse d’affirmer que non, notre pays n’était pas à l’abri d’une attaque terroriste.

Cette menace d’après eux toujours plus concrète était même l’une des principales raisons invoquées pour doter nos services de renseignements de nouveaux pouvoirs et moyens d’action.

Aujourd’hui la LRens est sous toit, approuvée par une confortable majorité de votant-e-s, et c’est de nucléaire dont il est question dans les débats politiques, en vue de la votation du 27 novembre.

Du coup, les alarmistes de hier sont devenus beaucoup plus prudents et confiants, et s’excitent même comme de jeunes ratons laveurs enragés lorsque les partisans d’une sortie planifiée du nucléaire osent dire que oui, une centrale nucléaire pourrait un jour faire l’objet d’une attaque terroriste, et que les conséquences pour le pays seraient désastreuses.

Bastien Girod, conseiller national Vert zurichois, en a fait les frais récemment. Suite à une émission de la télé publique alémanique, où il était question d’un avion pouvant s’écraser sur un stade rempli de supporters, M. Girod a publié une vidéo dans laquelle il s’interrogeait sur les conséquences d’un même acte perpétré contre une centrale.

Il n’en a pas fallu plus pour que se lèvent les voix de toutes celles et ceux qui ont plus à cœur leur porte monnaie que notre sécurité et celle des générations futures. L’Union Suisse des Arts et Métiers a notamment été particulièrement virulente, véhiculant propos offensants et calomnieux sur les réseaux sociaux à l’encontre du conseiller national Vert.

Il faut savoir les gars ! Soit il y a un risque – même tout petit, minuscule – d’attentat dans ce pays, et alors une centrale nucléaire serait une cible toute trouvée, avec des dégâts incalculables à la clef, soit il n’y en a pas, et alors vous avez menti éhontément durant toute la campagne sur la LRens.

Au-delà de ces contradictions, se pose la question de la manière dont nous voulons construire les débats d’idées dans ce pays. Les votations nous offrent des occasions uniques d’entamer des réflexions sociétales très intéressantes, et à priori constructives. Elles permettent à des avis différents de se confronter, et au peuple de trancher au final.

Cela pour autant bien entendu que ce soient des idées que l’on oppose. Le problème est que de plus en plus souvent, on se limite à raconter n’importe quoi, si possible en criant avec toute la force et l’arrogance dont on dispose, afin de discréditer complètement celles et ceux qui défendent un avis contraire.

La campagne sur l’économie verte a été en la matière un cas d’école. Au lieu d’argumenter sur le texte de l’initiative et les propositions concrètes des initiants, Economiesuisse a préféré hurler partout que c’était de la folie verte, que les douches allaient être interdites et qu’on retournerait à l’âge de pierre. Pas un mot ou presque sur le texte de l’initiative, ou sur les réelles conséquences de cette dernière.

La campagne au sujet de l’initiative pour une sortie planifiée du nucléaire risque quant à elle de battre des records en matière de bobards gros comme une maison racontés la bouche en cœur par qui s’oppose par principe à toute durabilité.

De là à voir les prémices d’une « trumpisation » de la politique suisse il y a un pas qu’il me semble pour l’heure excessif de franchir. Mais il serait grand temps que quelqu’un – le Conseil Fédéral à tout hasard – siffle la fin de la récréation et pose des règles claires en matière de débat démocratique !

T’as où ta dette ?

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Les élections cantonales vaudoises approchent, et toute annonce du gouvernement est scrutée dans les moindres
détails par les acteurs politiques de tous bords, qui l’analysent et la commentent abondamment, essayant de la faire rentrer dans le moule parfois étriqué de leur vision du monde.

Si la politique peut parfois être l’art de transformer des suppositions et avis personnels en vérités tangibles, il faut savoir raison garder.

La présentation par le Conseil d’État du projet de budget 2017 a été l’occasion pour de nombreux commentateurs de droite de s’en donner à cœur joie, soulignant la mauvaaaaaaaaise gestion dépensière de la gauche, qui est en train de faire prendre l’ascenseur à la dette vaudoise.

Or ce n’est pas parce qu’on croit très fort à quelque chose ou que l’on a pas d’arguments sérieux qu’on a le droit de dire n’importe quelle bêtise.

Car la vérité est toute autre !

Rappelons d’abord que les gouvernements qui ont amené le canton au bord du gouffre financier au début des années 2000 ( 9 milliards de dette en 2004, soit 139% des dépenses courantes cantonales de l’époque) étaient tous à majorité de droite. La couleur politique dominante ne semble donc pas être un facteur de bonne gestion financière, ou alors plutôt dans le sens contraire de ce qui est insinué par nos amis PLR et UDC.

Ensuite, si on se penche sur les résultats financiers du canton ces dernières années, on découvre que la dette était de 1,4 milliards en 2011, à la fin de la dernière législature à majorité de droite. Au 31 décembre 2014, elle représentait 575 millions.

Cela signifie concrètement que le Conseil d’État à majorité de gauche a réduit en 3 ans la dette cantonale de plus de moitié. Il y a pire niveau gestion calamiteuse des deniers publics, vous en conviendrez.

Aujourd’hui, le gouvernement a présenté un budget équilibré, prévoyant un bénéfice de 80’000 francs. La hausse des dépenses est maîtrisée, et si la dette augmente légèrement, c’est que le canton investit fortement pour rattraper le retard pris dans la première décennie du XXIème siècle.

Le Conseil d’État de la législature 2012-2017 se sera donc démarqué par une gestion rigoureuse et intelligente des dépenses publiques, investissant de manière décidée mais sans excès pour le bien être des vaudois.

Ce sont les chiffres qui le prouvent, et en l’état, même avec beaucoup de bonne volonté, il semble difficile d’en dire autre chose.

Parce que nous n’avons qu’une seule Terre…

Dans quelques semaines nous serons appelés à voter sur l’initiative « Pour une économie verte ». Voici quelques réflexions à ce sujet…

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« Nous devons utiliser nos ressources de manière mesurée et parcimonieuse ». Voilà une phrase que l’on entend souvent dans le cadre de discussions sur les finances publiques.

Notre économie vit pourtant à crédit depuis des années, consommant bien plus de ressources que notre planète ne peut en régénérer sur un même laps de temps, sans que cela n’émeuve les tenants de la rigueur budgétaire.

Les conséquences à terme pour notre économie, notre société et plus généralement le monde dans lequel nous vivons sont bien plus graves qu’un dépassement de crédit.

Car aujourd’hui, le constat est sans appel : l’empreinte écologique de notre pays, c’est-à-dire l’impact que nous avons sur nos ressources naturelles, équivaut à trois planètes.

Nous n’en avons pourtant qu’une, et nous vivons donc au détriment de nos enfants et de nos petits-enfants, hypothéquant ainsi leur prospérité et leur bien-être.

Il est urgent d’agir si nous ne voulons pas nous retrouver telle la cigale de la fable de La Fontaine à la fin de l’été.

Car la solution existe. Elle est à portée de main.

L’initiative « pour une économie verte » lancée en 2011 et soutenue par une large alliance de partis politiques et d’associations économiques, de consommateurs et environnementales, en est la preuve.

Le texte qui sera soumis au peuple le 25 septembre prochain demande que notre empreinte écologique soit ramenée à une planète d’ici à 2050, via des mesures essentiellement incitatives visant à réduire le gaspillage et rendre nos moyens de production plus efficaces et économes.

Le Conseil Fédéral et le Parlement pourront, si le peuple l’accepte, définir puis mettre en place progressivement des mesures allant dans ce sens : par exemple des encouragements à l’innovation et aux produits durables, la création de nouvelles filières de recyclage, ou encore la promotion de standards écologiques pour certains produits importés à fort impact, comme l’huile de palme.

Producteurs et consommateurs en sortiront gagnants. Les premiers car ils assureront leur viabilité sur le long terme, les seconds car ils auront à disposition des produits de meilleure qualité, à la durée de vie plus longue et produits localement.

Malgré tout cela, Economiesuisse a décidé de se battre contre l’initiative à coup de clichés éculés, montrant qu’elle représente une vision de l’économie appartenant au passé, et qu’elle est prête à sacrifier notre prospérité sur le long terme par pur dogmatisme.

Plutôt qu’avancer des arguments mensongers et caricaturaux, cette association ferait mieux d’encourager le virage vers la durabilité qu’ont déjà entrepris de nombreux autres pays.

Ceux-là auront sinon bon jeu de nous dire « eh bien dansez maintenant » quand soufflera la bise de l’épuisement des ressources.