Oh forage, oh désespoir

 

Avant toutes choses, rendons à César ce qui lui appartient : le titre n’est pas de moi, je l’ai honteusement piqué à une interpellation su le 2ème tunnel du Gothard déposée par le député Vert Vassilis venizelos il y a quelques temps.

Ce n’est cependant pas du Gothard dont j’aimerais parler, mais plutôt d’un référendum qui anime quelque peu la vie politique transalpine depuis quelques semaines.

Les citoyennes et citoyens italiens sont en effet appelés aux urnes le 17 avril prochain, pour décider s’ils veulent suspendre ou non les concessions pour des forages gaziers au large des côtes de la Péninsule.

Car oui, le référendum n’est pas un outil exclusif de la démocratie helvétique. Les italiens ont ainsi aboli la monarchie et proclamé la République en 1946 suite à un référendum, introduit le droit au divorce en 1974 par ce même biais, ou encore mis fin à l’exploitation de centrales nucléaires sur le territoire national en 1987.

Le référendum reste cependant un outil bien moins utilisé que sous nos latitudes, et on a compté en tout et pour tout 66 votes depuis 1946, soit moins d’un par année (il n’y a ainsi par exemple eu aucun vote entre 1946 et 1974, ou entre 2005 et 2009)

Cela s’explique par divers facteurs, dont une particularité qu’on ne connaît pas dans la démocratie directe suisse : le quorum. Pour qu’un référendum soit jugé valable, il faut en effet en Italie qu’au moins 50% des électrices et électeurs + 1 glissent un bulletin dans l’urne. Sinon, quel que soit le résultat, il n’est pas tenu en compte.

27 référendums sur 66 n’ont ainsi pas atteint le quorum.

Les politiciens hostiles à un projet appellent donc généralement la population à ne pas aller voter. Conséquence : ce sont principalement les personnes favorables qui se déplacent, donnant lieu à des scores parfois quelque peu staliniens ( ou vaudois depuis le 20 mars dernier). Il y a ainsi eu 95,5% de OUI en 2011 à un référendum traitant du maintien de la gestion du réseau hydrique par les pouvoirs publics.

Mais sur quoi vote-t-on au juste le 17 avril ?

Sur la fin de toute exploitation de gisements d’hydrocarbure au large des côtes italiennes.

Une loi de 2007 interdit déjà de nouveaux forages, mais permet d’exploiter jusqu’à épuisement les gisements déjà « entamés ». Une coalition de régions côtières italiennes, alliée à des mouvements écologistes, a ainsi lancé ce référendum pour supprimer l’article permettant cette exploitation.  Si le OUI passe le 17 avril, il n’y aura donc plus d’extraction de méthane offshore en Italie.

La campagne peine un peu à décoller, notamment à cause de fronts assez hétéroclites et divisés. Au delà de la classique opposition écologistes-patronat, on ne trouve en effet pas un front gauche-droite traditionnel:
Le Parti Démocrate (centre gauche) de Matteo Renzi est ainsi divisé, tout comme le parti de Berlusconi, Forza Italia. Le premier ministre appelle ainsi par exemple à déserter les urnes, prétextant que l’Italie a besoin d’hydrocarbures bon marché pour relancer son économie, alors que de nombreux parlementaires et sénateurs de son parti militent pour le OUI.

 

À titre personnel, je ne peux qu’espérer que le quorum sera atteint, et que l’Italie se tourne résolument, à l’image d’autres pays européens pourtant moins bien lotis en termes d’ensoleillement, vers les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique. le méthane, c’est tellement 20ème siècle…

 

 

 

 

Ne pas vendre la peau de l’ours…

 

Souvenez-vous : les mauvais résultats des partis écologistes en Suisse et en Europe ces dernières années avaient amené journalistes, analystes et politiciens d’autres bords à annoncer avec plus ou moins de fracas la fin de l’écologie politique, devenue obsolète au vu de la reprise de ses thèmes par tous les partis.

Or que constate-t-on aujourd’hui ? Tout d’abord que les mauvais résultats de hier sont en partie à relativiser, car si des pertes importantes ont été enregistrées dans certains cantons ou régions, ailleurs les Verts – que ce soit en Suisse ou en Europe – ont progressé.

Et puis, et c’est sans doute le plus important, cette tendance à la baisse que certaines Cassandres jugeaient inéluctable semble avoir sérieusement du plomb dans l’aile.

La semaine dernière, c’étaient les Verts allemands qui fêtaient,  devenant le premier parti (30% des voix) dans une région de 13 millions d’habitants, le Bade Wurtemberg.

Aujourd’hui, ce sont les Verts vaudois qui ont le sourire aux lèvres, eux qui confirment leurs jolis résultats du premier tour des élections communales. Après avoir progressé de 20% dans les législatifs communaux, ils gagnent 4 sièges supplémentaires dans les exécutifs, faisant leur entrée à Prilly, Ollon, Orbe, Prangins et Lutry, et revenant après 5 ans d’absence à Moudon.

Quels enseignements en tirer :

Premièrement, que l’écologie politique n’est pas mourante, et reprend même des couleurs. Elle ne se cantonne par ailleurs pas aux quartiers branchés de Stuggart ou de Lausanne, puisque les verts ont fait ces deux dernières semaines d’excellents résultats également dans des zones plus rurales ou populaires, que ce soit ici ou en Allemagne.

Deuxièmement, qu’on ne s’improvise pas Madame Soleil de la politique. Les tendances lourdes ne se dégagent pas en un ou deux scrutins, et surtout, leurs causes sont généralement multiples et difficiles à cerner. L’un des principaux enseignements de la sociologie politique est justement qu’il y a autant de manières et de raisons de voter qu’il y a d’électeurs.
Prenons un exemple tout bête, celui des élections allemandes :
Les Verts ont comme je l’indiquais plus haut fortement progressé en Bade Wurtemberg. Le même jour, ils perdaient 5% des voix et s’effondraient en Rhénanie Palatinat, à quelques dizaines de kilomètres de là où ils triomphaient. Ce sont donc bien une multitude de facteurs locaux, qui vont des caractéristiques socio-démographiques de l’électorat à des événements régionaux qui expliquent un vote, et non une espèce de « main invisible » de la volonté populaire valable partout et tout le temps.
Les grandes phrases du type « les électeurs ont voulu montrer que… » ou « le peuple affirme ainsi sa volonté de… » que l’on entend à toutes les sauces les soirs d’élections n’ont ainsi pas vraiment de sens…
On peut bien sûr émettre des hypothèses, mais il faut bien des études et du temps pour essayer de les corroborer.

Je termine donc en énonçant une hypothèse, laissant au temps le soin de la corroborer : On a pas fini d’entendre parler des Verts, et ce à tous les échelons de la politique. L’écologie est en effet une question de réalisations concrètes, et non de promesses électorales…

 

 

Merci Luc

 

Triste dimanche que celui que nous venons de vivre.

Au delà de la  déception pour la perte du siège vert au Conseil des États et l’inquiétude face au virage à droite qui se confirme au niveau cantonal, c’est un profond sentiment d’injustice qui m’habite.

S’il est un politicien qui ne méritait pas de subir une non réélection, c’est bien Luc Recordon, un homme qui aura profondément marqué la politique cantonale et fédérale de ces 20 dernières années.

Luc Recordon, c’est un animal politique, un politicien au parcours impressionnant : Municipal à Jouxten-Mezery, député au grand Conseil, co-président des Verts vaudois, élu au Conseil national en 2003, et 2ème écologiste (après Robert Cramer, élu 3 semaines plus tôt) à siéger à la Chambre des cantons.

En 12 ans à Berne, il aura déposé plus de 180 interpellations, postulats, questions ou motions, noué des alliances, défendu des thématiques aussi diverses qu’importantes, telles que le tournant énergétique, la réforme de l’armée, la politique agricole ou encore le financement des grandes infrastructures ferroviaires.

Au delà du Luc Recordon politicien influent, c’est l’homme qui épate et impressionne. Pour arriver à un tel niveau en politique, on a coutume de dire qu’il faut être un peu un requin, jouer des coudes plus fort que ses adversaires pour se tailler une place au soleil.

Luc Recordon est sans nul doute l’une des exceptions qui confirment la règle.

Il a toujours brillé par sa modestie, son humanité et sa gentillesse. Il a beau tutoyer des Conseillers fédéraux, il a toujours participé activement aux séances de sa section locale, participé à des fêtes villageoises, écouté et compris tout le monde,  indépendamment du statut, de l’âge ou du niveau social.

Luc Recordon, c’est quelqu’un qui peut être autant à l’aise dans une commission parlementaire que dans un bistrot du Gros-de-Vaud, qui peut siéger le matin au Conseil de l’Europe et participer le soir à une séance de la section Gros-de-Vaud des Verts vaudois, dans la cuisine d’un-e militant-e.

Luc Recordon, c’est celui qui ne s’énerve jamais, qui reste grand seigneur même quand il est attaqué de la manière la plus basse et mesquine (on l’a vu ces dernières semaines), qui reste toujours optimiste et fédérateur.

Luc Recordon, c’est un modèle, probablement la personne qui m’aura le plus marqué depuis que je me suis engagé chez les Verts vaudois, il y a de cela 10 ans.

Luc Recordon, c’est un grand Monsieur de la politique vaudoise, et si un rideau se baisse aujourd’hui sur une partie de sa carrière politique, aucun doute que d’autres vont se lever, et que son engagement en faveur du bien commun continuera sous d’autres formes. Les Verts et surtout notre canton ont trop besoin de lui !

Alors MERCI Luc, et tout le meilleur pour la suite de ton incroyable parcours !

 

Le poulet polonais

 

Contrairement à ce que pourrait suggérer le titre, je ne veux pas vous parler d’une série policière se déroulant à Varsovie, mais d’une expérience récemment vécue, en lien avec notre alimentation et agriculture.

Je rentre d’une semaine de formation pour mon service civil, qui s’est tenue à Schwarzemburg, commune agricole du canton de Berne.

Dans le centre de formation dans lequel logent les civilistes se trouve une cantine. Au menu deux fois par jour un plat végétarien et un autre avec viande. Durant les 5 journées de mon séjour, ce dernier était composé à 2 reprises de poulet provenant de Pologne.

Pas de quoi en faire un article de blog me direz-vous… Et pourtant je crois bien que oui.

J’ai en effet de la peine à concevoir que dans un centre géré par la Confédération on serve de la viande provenant de l’autre bout de l’Europe, alors que cette même Confédération verse des milliards de francs de subsides à l’agriculture, et qu’à moins de 500 mètres du centre de formation se trouve une ferme avicole élevant des poulets selon une méthode « bio ».

Bien sûr, on me dira que la cafétéria est gérée par une entreprise privée, et pas directement par la Confédération, que les prix des menus sont calculés au plus juste et demandent donc des produits bon marché, qu’il existe une liberté de commerce etc.

Il n’en reste pas moins que quelque chose ne tourne pas rond. Notre agriculture se meurt à petit feu ( des centaines d’exploitations mettent la clef sous le paillasson chaque année) et ne survit que grâce à des subventions, et le même organisme qui la subventionne va s’approvisionner en viande à l’étranger.

La viabilité de notre agriculture passe par une consommation locale avec le moins d’intermédiaires possible, avec des consommateurs qui entrent directement en contact avec les producteurs, se rendant compte des conditions dans lesquels sont cultivés ou élevés les aliments qu’ils consomment.

Les pouvoirs publics devraient avoir une mission d’exemplarité en la matière. Certains, comme la ville de Lausanne  jouent clairement ce rôle. D’autres, comme apparemment le centre de formation de la Confédération à Schwarzenburg, pas encore.

Les élus communaux, cantonaux et fédéraux peuvent les inciter à franchir le pas en déposant des objets parlementaires. Les Verts l’ont fait à Renens il y a quelques mois. J’espère que bien d’autres leur emboîteront le pas !

Cachez ces initiatives que je ne saurais signer

 

En ce dimanche de votations qui voit deux initiatives supplémentaires mordre la poussière, il y a fort à parier que des voix vont de nouveau s’élever contre la prolifération de ces textes.

On nous dira qu’on vote trop souvent, que les partis ont dénaturé cet outil démocratique, qu’il faut augmenter le nombre de signatures, réduire les délais etc.

Pourtant, les initiatives restent d’excellents outils à disposition de qui n’est pas en mesure d’obtenir une majorité parlementaire.
Un exemple tiré de l’actualité récente permet d’illustrer ce propos :

La Confédération a publié il y a 3 jours les chiffres relatifs à la consommation d’essence et aux émissions de CO2 des voitures neuves immatriculées en Suisse en 2014. On constate une baisse de 2,1% des émissions moyennes de CO2. Cette tendance réjouissante est destinée à se poursuivre, puisque les prescriptions sur les émissions de CO2 entrées en vigueur en 2012 fixent des émissions moyennes de 130 grammes de CO2 par Km pour 2015 (contre 142 grammes en moyenne en 2014).

Or qui est à la base de cette prescription fédérale ? Et bien figurez vous que c’est une initiative pourtant taxée d’extrémiste et nuisible, celle « pour une mobilité respectueuse des personnes » lancée  par les Jeunes Vert-e-s en 2008.

Cette initiative, qui demandait en très résumé d’interdire l’immatriculation de nouveaux véhicules trop polluants ou dangereux pour les autres usagers de la route, aurait sans doute eu de la peine à rallier une majorité du peuple et des cantons. Elle a cependant fait assez peur à une majorité de parlementaires fédéraux pour que ceux-ci décident de lui soumettre un contre-projet indirect, instaurant des objectifs contraignants en matière de réduction des émissions de CO2 pour les véhicules neufs .

Il est très probable que sans le spectre de cette initiative, les Verts et leurs alliés auraient été bien seuls sous la Coupole à défendre ces mesures.

Il existe bien entendu d’autres exemples de ce type, comme par exemple l’initiative sur le paysage, qui a grandement contribué à l’ambitieuse révision de la Loi sur l’aménagement du territoire acceptée par le peuple en mars 2013.

De là à dire qu’une bonne initiative est celle que les initiants retirent avant le vote il y a un pas que je ne franchirai pas.

Il y a en effet des cas où le Parlement ne juge pas nécessaire de préparer un contre-projet, ou soumet une version ne répondant pas aux préoccupations de celles et ceux qui ont lancé l’initiative. Dans ce cas, autant aller jusqu’au bout, même si les chances de victoires dans les urnes sont faibles.

Une campagne de votation permet de créer le débat, de susciter la discussion sur des thématiques soudain portées au centre de l’attention médiatique et populaire. À quelques rares exceptions près (je pense par exemple à l’initiative des Vert’Libéraux sur la TVA, qui a durablement plombé le débat sur la fiscalité écologique), les initiatives – mêmes perdantes- font avancer les choses. Elles poussent les opposants à faire des promesses, à annoncer réformes ou nouvelles manières de faire, à tenir en considération l’avis de la minorité favorable au projet.

Ce n’est d’ailleurs pas parce qu’une cause échoue dans les urnes qu’elle n’est pas juste. Le droit de vote des femmes, refusé plusieurs fois (dont la dernière en 1959) avant d’être accepté en 1971, en est une preuve tangible.

Alors non, il n’y a pas trop d’initiatives en Suisse. Nous avons quatre fois par année la chance d’avoir des débats de société sur des thèmes aussi divers que (presque toujours) passionnants, et nous serions bêtes de nous en priver !

 

 

 

Ne tirons pas sur le développement durable !

 

 

Dans un récent article paru sur son blog (que vous pouvez lire ici  ) M. Olivier Meuwly fait le procès du développement durable, qu’il définit comme étant une idéologie issue des milieux écologistes extrémistes (sic.),  pour qui « (…)l’économie et la vie sociale doivent être repensées au profit d’une impérative domination des exigences de l’environnement.  »

S’ensuivent de nombreux reproches faits à cette prétendue idéologie (qu’il me soit ici permis de remettre en question cette qualification), notamment quant à la manière d’appréhender l’histoire et son étude.

La lecture de cet article m’a laissé pour le moins perplexe, et j’aimerais ici contester assez fermement certaines affirmations de M. Meuwly.

Il est tout d’abord faux de définir le développement durable comme étant issu de milieux écologistes extrémistes. Ce terme est d’ailleurs constamment critiqué et remis en question par les tenants de la décroissance, pour qui il ne va justement pas assez loin vu qu’il conçoit une continuité du développement économique. Pour les décroissants ce dernier est impossible à terme, vu que nous puisons déjà de manière irréversible dans les ressources naturelles . 

Le développement durable n’est donc pas une idéologie extrémiste. Il s’agit d’un concept certes extrêmement utile et précieux, mais fruit de compromis et d’édulcorations visant à le rendre acceptable par le plus grand nombre. C’est un peu au final comme si on accusait Tony Blair ou Matteo Renzi d’être d’affreux marxistes assoiffés de sang bourgeois…

Mais ce n’est pas tant là que le développement de M. Meuwly me semble pécher.

Le fait que, pour reprendre la citation ci-dessus  » économie et la vie sociale doivent être repensées au profit d’une impérative domination des exigences de l’environnement.  » semble pour son auteur quelque chose de mauvais, cette fameuse « dictature de la Nature » évoquée par les opposants à l’écologie.

M. Meuwly oublie par là que s’il est possible d’imaginer (je dis bien d’imaginer, et non de souhaiter !)  un environnement privé d’économie ou de société (c’était le cas jusqu’à il y a quelques dizaines de milliers d’années), il est plus difficile d’envisager une économie ou une société hors d’un milieu naturel.  La sauvegarde et le préservation de ce dernier sont donc le gage de la survie à terme des deux autres composantes.

C’est donc bien pour garantir la continuité sur le long terme de nos systèmes économiques et sociaux, ou plutôt de versions modifiées de ceux-ci, qu’est conçu le paradigme du développement durable.

Cela m’amène à la troisième critique au texte de M. Meuwly, pour qui le développement durable sort l’évolution historique de toute optique de progrès. Le futur se verrait ainsi, je cite  » (…)débarrassé de toute ambition progressiste et saisi comme la reproduction d’un « maintenant » protégé des altérations de la modernité. »

Si l’on définit l’ambition progressiste comme une augmentation continue des émissions de CO2 et d’autres substances polluantes, il se peut en effet que M. Meuwly ait raison. Si au contraire on détache la notion de progrès de celle de croissance économique basée sur une consommation accrue de ressources, on peut douter de la véracité de ses dires. Le développement durable est même l’idéologie progressiste par excellence, puisqu’elle vise à corriger les failles des modèles économiques marxiste et libéral en proposant un modèle susceptible de durer.

Ne tirons donc pas sur le développement durable, mais continuons au contraire à œuvrer dans son sens, et cela à tous les échelons politiques, économiques et administratifs. Et si vraiment l’envie nous prend de le critiquer, tapons plutôt sur son manque d’ambition et ses compromis parfois discutables quant à la protection de l’environnement. Si nous souhaitons pouvoir mener ce débat sur le long terme, c’est la seule voie que nous puissions suivre.

 

 

L’équation faussée d’Ecopop

L’initiative dite « Ecopop », sur laquelle les citoyennes et citoyens seront amenés à se prononcer dimanche 30 novembre 2014, base son argumentation sur une équation à prime abord simple :

Plus de personnes = plus de pollution et d’utilisation des ressources et donc, par syllogisme, Moins de personnes = moins de pollution et d’utilisation des ressources.

Partant de là, les initiants demandent que la croissance démographique en Suisse soit limitée à 0,2% par année (soit environ 16’000 personnes sur une population de 8 millions d’habitants), et que 10% des montants de l’aide au développement soient dévolus à la promotion de la planification familiale volontaire.

Le problème, c’est qu’au-delà le caractère xénophobe, isolationniste et vaguement néocolonialiste de cette initiative, l’équation de départ est fausse, ou en tout cas incomplète.

Car il n’y a pas de corrélation automatique entre l’augmentation de la population et celle de la pollution ou de la consommation de ressources.

Le cas de l’Allemagne est à cet égard édifiant : Le pays a perdu près de 300’000 habitants entre 2012 et 2013, alors que ses émissions de CO2 augmentaient de 2%[1].

À l’inverse, sur la même période, la population italienne augmentait quant à elle d’un peu moins de 300’000 unités[2], alors que les émissions de CO2 du pays se rétractaient de 5%.

Le problème n’est pas le nombre d’habitants d’un pays, ni leur augmentation, mais la manière dont ces derniers consomment, se logent ou se déplacent.

40 personnes habitant dans un immeuble de 4 étages occuperont moins d’espace au sol que 3 familles de 3 personnes habitant dans des villas individuelles.

30 personnes dans un bus émettront moins de CO2 pour se déplacer que 10 se déplaçant en voiture.

Et ainsi de suite…

Il est donc tout à fait juste de s’inquiéter de l’épuisement des ressources naturelles et de l’augmentation vertigineuse des émissions de gaz à effet de serre et d’autres substances polluantes.

Mais la solution ne réside pas dans le contrôle des naissances dans les pays en voie de développement,  ni dans la fermeture de nos frontières.

La solution, c’est de revoir nos modes de consommation, afin de réduire de manière durable et conséquente notre impact sur l’environnement.

Si chaque habitant de la Terre consommait comme un suisse, il faudrait l’équivalent de trois planètes pour subvenir à nos besoins. Or, jusqu’à preuve du contraire il n’y en a qu’une seule, et il est donc de notre devoir de la préserver.

Le 30 novembre ce sera donc  NON pour ma part à Ecopop, mais OUI à une remise en question fondamentale de nos modes de consommation.

 

 

[1] http://epp.eurostat.ec.europa.eu/cache/ITY_PUBLIC/8-07052014-AP/FR/8-07052014-AP-FR.PDF

[2] http://www.istat.it/it/popolazione

Point Godwin atteint

 

Il y a quelques jours, un parlementaire romand publiait sur son blog hébergé par un célèbre hebdomadaire de la place un article dans lequel il relate une discussion qu’il aurait eu avec un fonctionnaire fédéral.

Les propos peuvent être résumés de la sorte : L’UDC est en train de se transformer en parti fasciste, et si cela continue, la Suisse deviendra dans quelques années une dictature, dominée par un « führer » (le terme est vraiment utilisé dans l’article) qui imposera ses idées à un peuple soumis.

Alors bon, j’ai beau ne pas spécialement aimer les méthodes de l’UDC, notamment dans les campagnes électorales et les votations, et n’être d’accord avec à peu près aucun point de leur programme électoral fédéral(qui nie le réchauffement climatique, soutient à fond le nucléaire, prône un repli identitaire et le tout à la bagnole), mais je pense qu’il faut quand même pas déconner !

L’UDC est un parti politique tout autant attaché à notre système démocratique que les autres partis représentés dans les parlements cantonaux et fédéral.

S’il a joué sur les peurs et les frustrations d’une partie de la population de notre pays, via des campagnes électorales au goût pour le moins douteux et aux propos parfois choquants , il n’a jamais franchi les limites imposées par la Constitution, auquel il est je crois pouvoir dire tout autant attaché que les autres forces politiques.

Par respect pour celles et ceux qui ont vécu ou vivent dans des systèmes totalitaires, des termes tels que « fasciste », « caudillo », « Führer », « Conducator » etc. devraient être employés avec retenue, uniquement quand cela est nécessaire.

L’UDC n’a jamais dépassé la barre des 30% de voix au niveau fédéral, et rien ne porte à croire qu’il le fera un jour, vu que son potentiel électoral est estimé à maximum 40% de l’électorat (personnes qui votent ou qui pourraient envisager voter pour ce parti). Les échecs à répétition de l’ancien parti agrarien dans les élections à la majoritaire (que ce soit pour le Conseil des États ou dans des exécutifs communaux ou cantonaux) montrent par ailleurs que le parti crispe fortement une majorité des électrices et électeurs.

Il semble dès lors assez peu probable de voir une dictature s’installer par la voie des urnes… Et quand bien même l’UDC obtenait plus de 50% des voix, il ne s’agirait pas forcément du début d’une longue période de dictature. Dans de nombreux pays démocratiques le système électoral octroie une majorité de sièges à un seul parti, sans que cela n’amène au despotisme et à la répression des autres forces politiques.

La confrontation avec l’UDC doit avoir lieu – comme pour tout autre parti politique –  sur le terrain des idées, lors de débats, dans les parlements, les médias,  à l’occasion de campagnes électorales ou de votations, comme cela se fait dans une démocratie parlementaire.

Crier « vous gagnez et faites progresser vos idées parce que vous êtes de méchants fachos » ne va pas de nous mener bien loin, et risque au contraire de susciter une vague de sympathie pour un parti qui adore par ailleurs jouer les martyrs…

 

Le bandit manchot, nouveau méchant des Spaghetti Westerns ?


Malgré le titre aguicheur, il ne sera pas question ci-dessous de remakes de films de Sergio Leone, mais plutôt d’une problématique qui secoue la société italienne depuis plusieurs années : l’addiction d’un nombre toujours croissant de personnes – toutes classes sociales et âges confondus – pour les jeux de hasard.

Quiconque suit de près ou de loin l’actualité italienne est plutôt habitué à voir les gros titres des pages économiques des journaux annoncer le rachat d’une firme nationale par une multinationale étrangère. Dernière en date la compagnie aérienne Alitalia, dont l’actionnaire majoritaire devrait devenir tout soudain Etihad, compagnie nationale aérienne des Emirats Arabes Unis.

Or cette semaine une annonce a détonné dans ce cortège d’OPA. Le groupe italien GTech, leader mondial des jeux de loterie, a en effet racheté International Game Technology, une société américaine active dans le secteur des casinos et des jeux en ligne. Cette fusion crée la plus grande entreprise du globe en matière de jeux de hasard.
Comme je l’évoquais en préambule, ce n’est pas une coïncidence si l’un des seuls secteurs ou les entreprises italiennes sont concurrentielles, voire carrément au top est celui des machines à sous, tribolos et autres attrape-nigauds divers et variés.

L’Italie est en effet le 2ème pays au Monde en termes de diffusion des « giochi d’azzardo », comme on les appelle dans la langue de Dante, avec un chiffre d’affaire annuel qui en 2012 a frisé les 100 milliards d’euros (4,5% du total mondial pour 1% de la population).

Ce chiffre est en hausse constante (1700 euros par habitant en âge de jouer en moyenne) alors qu’à cause de la crise économique d’autres dépenses des ménages, comme celles en lien avec l’alimentation, sont en baisse constante.

S’ajoute à cela un phénomène encore plus inquiétant, celui de la main mise des mafias dans certains domaines liés au jeu, notamment les paris et les « vidéo pokers » des machines à sous très répandues dans les bars, permettant de jouer à ce jeu de cartes contre un ordinateur, et de perdre à tous les coups.

Peu de choses ont été faites jusqu’ici pour endiguer cette épidémie malheureusement fort lucrative pour les caisses de l’État.

Certains gérants de bars ont, après avoir vu des retraités ou des pères ou mères de famille se ruiner avec les machines à sous, décidé de les éteindre et de ne plus utiliser ce type d’appareils dans leurs établissements mais il s’agit là d’initiatives pour l’heure isolées.

Au niveau politique, le Mouvement 5 Étolies, dont les initiatives sont certes très discutables sur bien des points (j’y reviendrai dans un prochain article), est le seul à sembler vouloir agir concrètement.

Il a déposé l’année passée au parlement une motion visant à interdire les machines à sous dans les bars, pour les cantonner aux casinos (refusée sèchement par les autres partis de gauche comme de droite), et fait plusieurs propositions innovantes au niveau local, comme celle de limiter par décret communal les heures d’utilisation de ces appareils.

Tant que les jeux de hasard continueront à rapporter aux caisses de l’État près de 13 milliards d’euros par année il y a fort à parier qu’une action décidée des pouvoirs publics tardera à se faire entendre.

La dictature romande

Comme bien souvent lorsqu’il est question de votations, la carte de synthèse du vote sur l’achat des Gripen montre une Suisse plutôt divisée. Les cantons de Suisse Alémanique, à l’exception de Berne, Zurich, Schaffhouse et des deux Bâle ont voté majoritairement OUI, alors que le NON s’est imposé en Suisse Romande et au Tessin.

Une occasion de plus pour râler et se plaindre du  RöstiGraben qui, votation après votation, voit les romands minorisés sur toutes sortes de décisions ?

Et bien non, puisque cette fois c’est l’inverse qui s’est produit. Malgré un vote favorable d’une majorité de cantons, c’est le NON qui s’est imposé.

Le vote en faveur du NON a en effet été massif en Suisse Romande (74% dans le Jura, 69% à Neuchâtel, 65% dans le canton de Vaud etc.) alors que le OUI a été plus timide en Suisse Allemande, avec par exemple 52% en Argovie ou 50,7% dans les Grisons. Seuls les petits cantons de Suisse Centrale (Uri, Glaris etc.) ont passé la barre des 60% de OUI.

Le NON romand a donc débordé le OUI pâlot alémanique.

Prenons un exemple : Les  71’632 OUI excédentaires vaudois ( obtenus en soustrayant les votes négatifs au total des votes positifs enregistrés dans le canton) permettent de couvrir les NON excédentaires enregistrés à St-Gall (où le NON est en tête d’environ 7000 voix), dans les Grisons (écart de moins de 1000 voix entre le OUI et le NON) à Uri (écart de 3500 voix environ) ou encore d’Argovie (8’000 voix d’écart environ).

C’est plutôt rare, mais l' »imposition » d’une décision en votation par la Suisse Romande (dans ce cas aidée par quelques appuis de l’autre côté de la Sarine) à la Suisse Alémanique est aussi possible.

À noter que ce type de résultats se vérifie plus difficilement dans le cadre d’une initiative fédérale, puisqu’il faut dans ce cas obtenir la double majorité du peuple et des cantons, et là la voix d’un uranais a tout à coup bien plus de poids…