Comment sauver le e-voting avec du papier?

e-voting

Partout où l’on parle de l’introduire, la polémique s’enflamme autour du vote électronique. La Confédération a financé trois expériences pilotes à Genève, Neuch tel et Zurich. La commission des droits politiques du Grand Conseil genevois étudie actuellement son extension. Auditionné par la commission, le président du GULL (Groupement des utilisateurs de Linux et des logiciels libres), José Nunes, a de toute évidence semé le doute (voir article du Courrier). « Sans une trace papier, on perd le contrôle sur le vote. Au moindre problème, aucun recomptage des bulletins n’est possible. Dans ce cas, seule la « nomenklatura » en place pourra vérifier, et on peut douter qu’elle soit en mesure de le faire. On n’a plus d’autre choix que de lui faire confiance. » L’argument ne me laisse pas indifférent, si je songe au récent épisode des élections de la commune d’Yvonand qui ont dû être annulées parce qu’un seul bulletin de vote était fautif. Mais est-ce que le problème insoluble informatiquement ne pourrait pas trouver sa solution tout simplement en éditant sur papier les votes émis par la voie électronique?

Le logiciel pourrait très bien, au moment du dépouillement ou au fur et à mesure de l’avancement du scrutin, imprimer une preuve que le citoyen Untel a voté et un bulletin de vote distinct. Pratiquement, ces « preuves » pourraient être mises sous scellés dans les mêmes urnes que les bulletins du vote par correspondance ou à l’isoloir et, au besoin, on pourrait parfaitement les faire recompter par le bureau de vote. De manière générale, gr ce à cette « matérialisation », le vote électronique devient aussi sûr que les procédures ancestrales.
Le canton de Vaud est appelé à se positionner prochainement sur la question du vote électronique. Je vais donc faire cette proposition aux services concernés.

Afin de rassurer le plus grand nombre, le logiciel finalement retenu sera autant que possible open source, ce qui « permet en quelque sorte à tout le monde d’auditer le système en permanence », pour reprendre l’expression de M. José Nunes.

Reste la question de savoir à quoi peut bien servir une telle débauche de technologie pour remplacer un système de vote qui a fait ses preuves. Contrairement à M. Nunes qui estime qu’il y a « beaucoup de risques à courir et très peu de choses à gagner », je considère que le nombre de transactions électroniques entre le citoyen et son administration va exploser dans les années à venir et que plusieurs d’entre elles requièrent un aussi bon niveau de sécurité (par ex., impôts ou contrôle des habitants). Dès lors, le vote électronique ne sera qu’un service parmi de nombreux autres.

38 réflexions au sujet de « Comment sauver le e-voting avec du papier? »

  1. Effectivement, on doit pouvoir trouver des solutions simples mais qui garantissent une certaine sécurité au scrutin et en lesquelles les électeurs peuvent avoir confiance.

    On pourrait de manière assez simple générer aléatoirement par scrutin un numéro pour chaque électeur (que le vote soit ensuite électronique ou traditionel). Dès que les bulletins de vote sont envoyés, le lien entre l’individu et le numéro est supprimé (ceci est important pour garantir l’anonymat). Ce numéro ainsi que le vote est enregistré et imprimé dans une sorte de journal sur papier continu au fur et à  mesure des votes électroniques et permet donc un recomptage le cas échéant. (sans réimprimer un bulletin par vote ce qui serait un immense gaspillage de papier).

    Le numéro garantit l’unicité du vote et l’anonymat et l’impression papier permet un recomptage des votes électroniques.

    En bref, comme vous, je n’y vois pas grand danger si on y met les gardes-fous nécessaires, mais simplement un service supplémentaire.

  2. Bonjour Monsieur le Conseiller d’à‰tat,
    Je suis très heureux de recroiser votre route sur ce sujet du vote par Internet.

    Car oui, le débat devient d’actualité : le Grand Conseil genevois devrait débattre en fin de semaine du projet de loi, proposé par la très courte majorité de la commission des droits politique, et rejeté par une large minorité. L’administration vaudoise (DIRE-SeCRI) se prépare à  s’avancer dans la voie du vote par Internet, en premier lieu pour servir ses expatriés. Le Conseil Fédéral, et les Suisses de l’à‰tranger, pressent les cantons à  passer à  ce mode actuel de votation.
    Je suis d’ailleurs en relation constante désormais avec Mr José Nunes, sur ce sujet du vote électronique.

    Pour en venir au premier point, l’impression simultanée du bulletin est en effet une proposition ayant le vent en poupe aux USA, pour améliorer les machines électroniques à  voter, si utilisées et si discutées là -bas (verifiable paper trail). L’impression aurait lieu sous un couvert en verre, à  coté de la machine à  voter du local du vote, et tomberait dans une urne scellée.
    Hélas, cette méthode n’est pas applicable dans le cas du vote internet à  distance, enjeu des débats actuels en Suisse.
    Soit l’impression aurait lieu chez le citoyen : alors, d’une part celui-ci pourrait vendre son vote sur base de cette preuve, d’autre part l’impression -diffuse et hors contrôle- n’apporterait rien à  la commission électorale,qui ne l’aurait et ne pourrait l’utiliser pour recompter le résultat.
    Soit l’impression aurait lieu lors de la réception du vote, dans les locaux de l’administration (ou d’une autorité), et alors le secret du vote serait perdu. De plus, l’impression se faisant sur l’état du bulletin dématérialisé reçu après transmission et traitement par les serveurs, rien ne prouverait sa validité.
    Soit l’impression aurait lieu après dépouillement (déchiffrement de l’urne électronique) et alors, à  nouveau, il n’aurait aucune valeur probante puisque les bulletins auraient déjà  été transmis et traités par les serveurs.

    Le vote électronique à  distance pose de difficiles problèmes, relevant largement de la quadrature du cercle : Il faut pouvoir garantir inconditionnellement le secret du vote, sans avoir à  placer sa confiance en l’administration publique (qui, inversement, serait alors la cible de soupçons récurrents). Il faut que l’administration publique puisse résoudre les cas de réclamations et contestations (donc, avoir les preuves de réception de bulletin, voir ci-dessous). Il faut que toute l’opération, pour chaque bulletin, soit parfaitement transparente, pour que tant le citoyen (pour son vote), que des scrutateurs (commission électorale, pour l’ensemble), puissent avoir la conviction, mieux la preuve, qu’il y a bonne fin et pas de fraude. Il faut que les bulletins dématérialisés puissent être recomptés, en apportant la preuve d’authenticité (venant bien d’un électeur) et d’intégrité (portant bien la motivation du citoyen). Etc…

    à€ propos de la résolution des réclamations, justement Christophe, l’administration publique doit garder la liste faisant le lien entre le nom du citoyen (identité) et le numéro d’identification pour le vote électronique. Elle en a besoin pour résoudre le cas de citoyens n’ayant pu voter : pas reçu la carte, panne d’ordinateur, perte de connexion; car l’administration doit savoir si, en partant de l’identité du citoyen demandeur, il y a ou non un bulletin de lui dans l’urne électronique, et pouvoir en connaissance redonner, ou non, un nouveau droit de vote.
    L’administration doit donc pouvoir relier un bulletin avec un votant pour résoudre les réclamations €¦ et simultanément elle ne doit pas pouvoir le faire (et ce, inconditionnellement) pour respecter le secret du vote. Quel dilemme, n’est-ce pas !

    D’un autre coté, le vote électronique à  distance est inéluctable. Notre pays connait déjà  un mode de vote à  distance, celui par correspondance; et il est plébiscité par le peuple.
    Nous sommes à  une époque où les moyens électroniques, de télécommunication, le cyberespace fusionne avec tous les moments de notre vie quotidienne. Les citoyens mobiles, suroccupés, isolés, expatriés, malade ou handicapés en ont besoin.
    Il nous faut un tel vote, mais il doit être respectueux des principes du vote démocratique; et -mais en second lieu- il doit être aussi sûr.

    Je reviendrai vers vous sur cette question qui devient essentielle. Dans l’intervalle, vous pouvez consulter mon site (http://www.kroepfli.ch) qui contient un certain nombre d’informations, et qui sera régulièrement enrichi sur le sujet.

    Bonne soirée, et avec mes meilleures salutations.

  3. Cher Monsieur,

    J’ai lu dans Le Courrier que vous défendez votre solution de e-voting notamment en raison de son caractère open source et je m’en réjouis.

    Je partage votre point de vue sur le caractère inexorable du vote électronique, bien que je reste convaincu qu’il cohabitera toujours avec le mode traditionnel. Mais je pense que nous ne devons pas compliquer les choses à  l’extrême et s’inventer des problèmes qui ressemblent à  la quadrature du cercle. Des failles existent aussi dans le vote par correspondance et même dans le vote à  l’isoloir. Pourtant, le nombre de scrutins annulés est extrêmement faible et les moyens de surveillance (commission de contrôle) sont suffisants pour conserver la confiance des citoyens.

    Reste la garantie de secret du vote. Il faut croire qu’elle n’est pas aussi essentielle que cela, puisque certains citoyens votent encore à  main levée dans une Landsgemeinde.

  4. Cher Monsieur Marthaler,

    Oui, j’espère aussi que le vote électronique cohabitera avec les autres modes, même ceux-ci seront amenuisés par la baisse de leurs usages. Une obligation légale de passer par Internet, ou de fait, serait une frustration inacceptable pour beaucoup.

    Les difficultés à  résoudre pour le vote électronique sont inévitables, à  cause de l’ampleur que peut prendre la moindre falsification systématique, du fait de l’effet multiplicateur de l’informatique, un peu similaire à  ce que connut l’industrialisation. Ce sont seuls les risques isolés qui peuvent être mis en rapport avec les failles du vote papier, représentant à  contrario d’une sorte d’économie manufacturière.

    Vous avez raison. Le risque est la probabilité d’occurrence de la fraude, multipliée par l’étendue de celle-ci. Et, en effet, pour statuer sur la nullité d’une session, les autorités de recours vont mettre en rapport cet impact de bulletins, éventuellement frauduleux, avec l’écart du résultat entre les voix pour ou contre (ou les scores des candidats en cas d’élection). Or, en règle générale, les fraudes sur le vote papier sont si laborieuses, et si détectables, qu’elles sont dénoncées avant d’avoir eu des effets pernicieux.
    Alors que, dans le vote électronique, en l’état actuel, la surveillance des contrôleurs ne peut s’exercer que devant la boîte noire de l’ordinateur serveur, qui traite à  grande vitesse des bits banalisés, ou plutôt invisibles.

    Quant au secret, pour une dizaine de milliers d’électeurs Appenzellois (RI), et le triple de Glaronais, certes la Landsgemeinde est incontournable. Mais on est dans le cas d’un gros village, avec une gestion « à  l’ancienne ». Or, pour des états populeux, à  la gestion très technologique (multiples bases de données, rémanences des informations, etc.), les risques d’accumulation et de croisement d’informations personnelles obligent à  une protection stricte de la sphère privée, dont le secret absolu du vote.

    Si les difficultés « casse-tête chinois » du vote par Internet peuvent paraître infernales, leurs résolutions sont centrales pour in fine maintenir la confiance de l’électorat (cf les justes remarques du GULL), et surtout elles sont résolvables, et d’ailleurs résolues (mais pas par les pilotes).

    Pour aller plus loin encore que l’Open Source (nécessaire, mais d’ailleurs pas suffisant), je réfléchis maintenant à  la structure d’une fondation pour reprendre ma conception (aboutie et reconnue) et la mettre à  la disposition avantageuse et équitable des cantons.

    Bonne fin de soirée, et -j’espère vivement- à  bientôt.
    Avec mes meilleures salutations.

  5. S’il est nécessaire de garder un lien, cela peut très être fait sous la forme d’un archivage strictement séparé de l’archivage des votes. En fait, en cas de réclamation, il faut d’une part que le citoyen qui n’a pas pu voter puisse faire valider son numéro d’électeur auprès d’une administration à  définir, puis, avec l’authentification, que l’on puisse vérifier s’il a ou non voté. Mais cela ne me semble pas un obstacle insurmontable.

    L’harmonisation des registres avec un numéro d’identification personnel (nouveau numéro AVS) qui se prépare et qui servira notamment aussi à  des fins statistiques (recensement sans questionnaire exhaustif, mais basé sur des registres) doit faire face aux mêmes défis.

  6. Le citoyen qui n’a pas pu voter, peut ne pas avoir -ou ne plus avoir- son numéro d’identification (pas reçu ou perte de la carte), et donc devoir donner son nom. De toute façon, il devra s’identifier nominalement pour effectuer une réclamation ou une contestation. L’administration aura donc le nom, le numéro et le bulletin. Ce qui est contraire au principe de base (et à  la loi fédérale ODP) du secret du vote.

    Le nouveau numéro d’assurance sociale (NNAS) est confronté aux défis du croisement des bases de données. Autrement dit, à  la mise en relation d’informations fragmentaires permettant éventuellement d’obtenir un enrichissement du savoir sur une/des personnes. Il y a des protections nécessaires, mais l’enjeu est progressif, pas strict.
    Dans le cas du vote, c’est beaucoup plus précis, il ne faut pas que quiconque puisse relier un votant avec son vote (LDP art. 8, ODP 2007, jurisprudence ATF 121 I 138, circulaire du CF 31/05/2006, etc.).

    La solution vient en aval : l’administration a clairement le lien entre nom et numéro d’identification (déjà , car c’est elle qui construit la liste), mais c’est entre l’obtention du droit de vote et son utilisation pour envoyer le bulletin que la rupture de traçabilité a lieu (en gardant des moyens antifraude). Le bulletin est absolument anonyme lorsqu’il arrive à  l’urne, selon les prescriptions de la loi fédérale d’ailleurs (d’où découle aussi qu’il ne doit pas y avoir une seule session télématique, ni identité d’adresse internet ou corrélation temporelle). La vérification « à  voté » ou non a lieu, en cas de réclamation, avec une seconde entité (le contrôle politique), un protocole à  séparation d’informations, une clef enclose dans une machine scellée et quelques opérations cryptographiques de masquage.

    En passant, l’enjeu du vote électronique ne se réduit pas à  ce point (secret inconditionnel), il y a aussi le contrôle politique continu, la garantie d’authenticité et d’intégrité des bulletins collectés (pour le recomptage), la prouvabilité des opérations pour la résolution des recours, etc.

  7. Bonjour,

    Je ne comprends pas bien pourquoi il faudrait sauver le e-voting.

    Il reste des problèmes scientifiques non résolus dus à  la conjonction de l’anonymat et de la dématérialisation. (voir Vote par internet : failles techniques et recul démocratique http://www.ordinateurs-de-vote.org/Vote-par-internet-failles,10350.html)

    Contrairement à  ce que vous semblez penser, les risques de fraude sont plus importants avec le vote électronique qu’avec le vote par correspondance, car une fraude peut concerner un grand nombre de votes et rester invisible. Avec le vote par correspondance, si l’on détourne beaucoup de bulletins, cela finit par se voir.

    Le e-voting est avant tout un nouveau marché qui se vend, et qui profite de l’aspect moderne d’internet.
    Dans les 3 cantons où ce mode de vote est autorisé, on se rend compte qu’il y a de moins en moins de personnes qui l’utilisent : passé un ou deux essais, les électeurs se rendent compte que c’est compliqué et finalement pas si sûr que cela.

    Merci de publier ce commentaire, démontrant ainsi que vous êtes toujours ouvert à  la discussion.

  8. Bonjour,

    Je n’ai pas pour habitude de censurer les messages qui parviennent sur mon blog. C’est donc sans hésitation que je publie votre commentaire.

    Bien que très théoriques dans nos pays démocratiques, les possibilités de fraude massive existent avec le vote par correspondance. Elles sont même régulièrement dénoncées dans le cadre de scrutins à  l’urne (cf. élection de Robert Mugabe au Zimbabwe, par exemple)!

    Peut importe de savoir quelle est l’importance de l’effet « mode » dans le développement de l’offre e-voting, il me semble évident qu’elle va se multiplier un peu partout. Et même si les citoyens devaient s’en détourner un peu, je doute que cela conduise les autorités politiques à  supprimer purement et simplement l’offre.

    N’en reste pas moins que je serais intéressé à  connaître toute étude démontrant que l’attrait de cette possibilité décline rapidement dans la pratique. Cela pourrait réduire l’empressement du canton de Vaud à  investir dans une telle technologie…

    Meilleures salutations.

  9. Je vous invite donc à  lire l’étude que j’ai citée. La seconde partie analyse les systèmes de vote utilisés dans plusieurs pays dont la Suisse.
    Cordialement

  10. Bonjour !

    Ma grand-mère Parisienne me racontait que, lorsqu’elle prenait le métro avec sa propre grand-mère vers 1910, il n’était pas question de passer en train sous la Seine. De fait, elles descendaient à  « Concorde », traversaient à  pied et remontaient à  « Chambre des députés » (rebaptisée « Assemblée nationale » en 1989 seulement). Tout ça pour dire que le progrès a toujours engendré des craintes plus ou moins rationnelles au niveau de la sécurité.

    Par analogie et, en parcourant vos échanges, je ne peux m’empêcher de penser que tous les modes de vote posent des problèmes et reposent, au moins pour une part, sur la confiance.

    Vote au bureau de vote : nous recevons notre matériel à  la maison et pas au bureau de vote comme c’est le cas dans la plupart des autres pays; on connait tous au moins une famille dans laquelle le patriarche dicte à  sa femme (à  ses enfants, à  ses parents, etc.) ce qu’il faut inscrire sur le bulletin avant de se rendre au bureau de vote pour le glisser dans l’urne; et il faut avoir confiance dans les personnes qui dépouillent.

    Vote par correspondance : le risque de contraintes et d’abus à  domicile au moment de remplir les bulletins est accru, en obligeant à  remplir le bulletin de telle manière ou en votant pour un autre membre de la famille; il faut avoir confiance dans la poste et les postiers; il faut avoir confiance dans le personnel communal; et il faut avoir confiance dans les personnes qui dépouillent.

    Vote électronique : le risque de contrainte à  domicile demeure; et il demeure chez certains des interrogations quant aux dangers de panne ou de manipulation « de masse » touchant l’urne virtuelle cryptée.

    Si l’on fait abstraction des problèmes « de masse » mentionnés ci-dessus pour le vote électronique, et qu’on s’en tient au risque pour un électeur isolé que sa volonté ne soit pas respectée, c’est clairement le vote électronique le plus sûr et le vote par correspondance le moins sûr. Il est probable que la majeure partie des cas de « fraude », en Suisse, ne sont pas dus au personnel communal et aux personnes qui dépouillent, mais à  ce qui se passe à  domicile : voter pour le fils qui s’en fiche, voter pour la nonagénaire qui a perdu la tête, contraindre l’épouse à  voter de telle manière, etc.

    A noter que B le-Ville vient de décider de lancer le vote électronique pour les Suisses de l’étranger. Deux considérations intéressantes au plan de la sécurité : D’une part, tant au niveau administratif que politique, c’est le même niveau de sécurité qui est visé que celui du vote par correspondance, et en aucun cas un niveau plus élevé. D’autre part, pour ses habitants comme pour ses Suisses de l’étranger, B le-Ville ne demande, pour voter par correspondance, ni la date de naissance, ni la signature; et il n’y a pas d’enveloppe pour le bulletin de vote. En d’autres termes, le système repose encore beaucoup plus que chez nous sur la confiance : le simple fait d’être en possession d’un matériel de vote signifie que l’on est bien électeur et que le matériel qu’on a en main est bien le nôtre. Pour le vote électronique des étrangers, B le-Ville a donc simplement repris le système genevois, mais en renonçant à  la zone « à  gratter » sur la carte de vote.

    Il y a donc, pas loin de chez nous, des cantons qui ont un degré de sécurité très inférieur à  ce que nous connaissons et à  ce que nous prévoyons et chez lesquels cela ne pose aucun problème. Question de culture ou d’habitude, peut-être.

    Sur ce, à  J-10 de l’inauguration du m2 (à  laquelle je ne suis pas invité), j’ai déjà  décidé que mes enfants et petits-enfants descendront à  « Lausanne Flon », traverseront la Louve à  pied et remonteront à  « Riponne ». Et vive le progrès !

    🙂 PAN

  11. Ayant ressenti une pointe de vexation dans le propos conclusif, je tiens à  préciser que tous les Vaudois et Vaudoises sont invités à  l’inauguration du m2 et aux festivités qui l’accompagnent. Certes, seuls quelques privilégiés auront droit aux discours officiels, mais je prends l’engagement de les publier sur le site web de l’Etat. Et vive le progrès!

  12. Monsieur le Conseiller, Cher Monsieur,

    Voici un rapide élément de réflexion dans la comparaison entre le mode de vote par correspondance, actuellement le plus utilisé, et celui par Internet – qui arrive !

    J’ai parcouru, en diagonale, l’actualité sur les recours déposés dans le cadre de la votation sur le passeport biométrique. Ainsi que me l’a écrit un politicien vaudois, si on fait abstraction du « surplus », il y a des éléments justifiés dans les récriminations des recourants.

    En liminaire, je rappelle trois éléments dont j’ai le souvenir ou que j’ai personnellement essayés :

    .#. Le responsable d’un service cantonal de votation et élection (centralisé) m’a dit qu’il avait largement assez d’enveloppes de vote et de bulletins surnuméraires pour remplacer une bonne partie de celles qui lui parviennent en retour du vote par correspondance, s’il voulait être frauduleux (ce qu’il n’est certainement pas, le connaissant).
    Ces marges de production sont aussi existantes dans les cantons décentralisés, tant au niveau cantonal pourvoyeur qu’au niveau communal distributeur.
    .#. Dans le canton de Genève, les retours sont distribués au service cantonal des votations et élections (SVE) qui centralise leur traitement par ses fonctionnaires.
    Dans le canton de Vaud, les retours du vote par correspondance sont déposés par la poste, ou le citoyen, dans la boite à  lettres communale, et sont traités avec le courrier par le greffe municipal (secrétariat de la commune). C’est donc la secrétaire qui les sépare des lettres, ouvre l’enveloppe de transport et dépose l’enveloppe du bulletin dans l’urne. Initialement, elle le faisait seule, mais désormais -suite à  un débat au Grand Conseil- elle doit être assistée d’un témoin pour cette t che.
    Il est à  remarquer qu’au Valais les retours du vote par correspondance doivent être déposés directement dans une urne scellée, manipulée et conservée sous contrôle policier, avant ouverture et traitement par la commission électorale; les retours déposés dans la boite aux lettres de la commune sont considérés comme nuls. Chaque canton à  ses usages.
    .#. J’ai placé des enveloppes* de vote vaudoises, genevoises et valaisannes devant une simple lampe torche, on voit très bien le bulletin de vote à  l’intérieur … et les choix de l’électeur..
    (*) Il s’agit de l’enveloppe de vote contenant le bulletin, celle de transport est plus opaque à  cause de la carte de vote et de l’enveloppe intérieur.

    Outre le parcours postal, déjà  épinglé dans l’interpellation d’un conseiller municipal lausannois, car il est hors de portée de la surveillance citoyenne, et indépendamment de l’honnêteté des préposés, il y a là  une faiblesse intrinsèque de ce mode par correspondance du vote.

    Je pense de plus en plus qu’un système de vote électronique, _correctement_conçu_, sera plus sûr et plus fiable que le vote par correspondance. Mais ce n’est pas encore le cas avec les pilotes actuels, et de loin.

    Pour mémoire, une fraude sur le système de vote papier est aisée à  concevoir, mais elle est très coûteuse en temps et en moyens pour arriver à  un taux de falsification suffisant /usuellement/ à  inverser un résultat. Et les risques sont élevés, car il y a de nombreuses possibilités qu’elle soit détectée (surtout dans les cantons où la collecte et le dépouillement sont répartis). Et, l’expérience constante des services traitant les recours le montre.
    Et, inversement au vote papier, dans le cas du vote électronique (local ou distant) les fraudes sont complexes à  élaborer (elles demandent des compétences techniques), mais elles sont alors très puissantes à  opérer à  très bas prix de grandes quantités de falsification (à  relever ou modifier un grand nombre de bulletins), et elles sont susceptible de laisser peu à  pas de traces de leurs forfaits et octroyer au fraudeur l’impunité.

    Dans le cas d’un vote électronique _correct_ :

    1. Non seulement le bulletin est judicieusement ¹ chiffré pour lui-même avant de quitter le poste du votant, donc en surplus de la sécurité du canal de transmission (confidentialité du vote).
    2. Mais, en plus, le bulletin est transmis depuis le poste du votant sans aucun moyen ² de le relier à  l’identité du citoyen (anonymat du vote).
    3. Et, en outre, il est scellé ³ par une marque personnelle (mais anonyme) qui garanti son intégrité et son authenticité (il contient la motivation d’un électeur habilité).
    4. Enfin, le bulletin est déposé dans l’urne sous la supervision politique ª (scrutation au long du processus),
    5. et un récépissé º signé par l’urne, et lié conditionnellement au contenu du bulletin, est remis à  l’électeur (preuve de bonne fin).

    Notes :
    (1) La protection du bulletin n’est pas évidente, p.ex. dans le pilote genevois il y a une transaction avec le serveur de l’administration lors de laquelle le bulletin envoyé en clair, pour obtenir les imagettes de confirmation. Ceci à  l’encontre du secret du vote. Par ailleurs, le bulletin est ensuite surchiffré avec un algorithme qui est auto-composable, au risque d’affaiblir aléatoirement le résultat.
    (2) Dans les pilotes actuels, il y a une seule session transactionnelle, et avec un seul serveur, durant laquelle et avec lequel le votant s’est à  la fois identifié et a déposé son bulletin. Ce dernier est donc relié à  l’électeur. Le bulletin est personnellement lié, même si l’électeur est identifié par un numéro, puisque l’administration possède la traduction avec l’identité nominale – pour pouvoir résoudre les éventuelles contestations.
    (3) Dans les pilotes de Genève et Zurich, un bulletin n’est qu’une ligne de caractères banalisés, figurant les seules réponses (oui/non/blanc), enregistrée dans une base de données. Toute modification est possible, aucune vérification ne l’est.
    (a) Il n’y a aucune supervision politique possible du processus, qui est purement interne aux machines, dans les pilotes actuels; (o) il n’y a pas non plus de certitude objective que le bulletin envoyé soit déposé dans l’urne et pris en compte.

    Ce sont là  cinq qualités nécessaires qui manquent dans le vote par correspondance. Un _bon_ vote électronique se doit de les remplir.

    Certes, si le vote par correspondance comporte divers points clairement non fiables, l’impact global n’est /usuellement/ pas critique (c.-à -d.. si l’écart est large dans le résultat du scrutin) et surtout il ne serait ni aisé ni bon marché de combler ces trous. Ces trois dernières caractéristiques sont rédhibitoires pour toutes réformes aux yeux des responsables des votes et de leurs autorités politiques. Par ailleurs, il n’est plus possible d’éviter ce mode par correspondance des votations, avec un taux d’usage dépassant 95% pour les premiers cantons l’ayant introduit, et déjà  80% dès le premier essai des derniers, il est plébiscité de facto par l’électorat. à€ Genève, avec 3 à  4% de vote au local, le mode traditionnel n’est officiellement plus là  que comme ultime recours en cas de « grosse panne » des autres modes (grève à  la poste, SVE incendié avec les bulletins par correspondance, etc.) et n’a plus aucune représentativité politique pour la comparaison.

    Mais, je postule que le vote électronique, avec une_conception_respectueuse_du_citoyen, évitera ces faiblesses du vote par correspondance, en améliorera les avantages et l’usage, et sera la solution : Avec plus de 70% de demande par les citoyens (sondages et référendum), avec une population déjà  aux trois quarts connectée et utilisatrice régulière de l’Internet, et avec la déferlante des Mobile Internet Devices (smartphones, netbooks, tablets, etc.), il y aura un report très rapide et quasi total du vote par correspondance vers le vote par Internet.

    En résumé, les problèmes actuels du vote par correspondance, indéniables et par principe gênants, seront donc résolus par la forte minorisation de ce mode.

    Ceci à  mettre en discussions avec vos réflexions dans le dossier sur le vote de l’avenir…

  13. Comme vous, je suis convaincu que les bureaux de vote sont condamnés à  disparaître. Bien que je le regrette en raison des souvenirs d’enfance attachés à  ces moments de démocratie vivante et de la « magie » du cérémonial qui l’accompagnait… Surtout dans les petits villages où l’on pouvait commenter les résultats locaux sitôt après avoir partagé l’apéritif.

    Mais les temps changent et je suis aussi persuadé que le vote électronique devrait s’avérer aussi fiable, voire plus, que le vote par correspondance. Pour cela, il faut tout à  la fois que les gens prennent conscience des failles du second et soignent leurs angoisses au sujet du premier. Ce qui suppose aussi que les responsables techniques du eVoting prennent au sérieux les questions de sécurité du vote.

  14. Monsieur le Conseiller d’Etat,
    Je vous ai écrit un « petit » courrier à  propos du vote électronique le 9 juin dernier, n’ayant pas reçu de réponse de votre part, je me permets de poster un message sur votre site.
    Aux dernières nouvelles, il semblerait que le canton de Vaud ait hérité du système « made in Geneva ». Connaissant un peu le système genevois, je me permets de vous poser une question à  propos de cet héritage.
    J’aimerais savoir si la documentation technique relative au système de vote électronique qui sera utilisé dans le canton de Vaud, ainsi que les avis concernant la sécurité seront des documents confidentiels et secrets ou si ces derniers seront publics et accessibles à  tout citoyen les demandant ?
    Dans l’attente de votre réponse, je vous transmets, Monsieur le Conseiller d’Etat, mes cordiales salutations.

  15. Bonjour,

    Je ne retrouve malheureusement pas de trace de votre courriel, mais je peux vous affirmer que ces questions seront discutées avec le canton de Genève. En revanche, je ne suis pas en mesure de vous dire si de tels documents tomberaient sous le coup de la Loi vaudoise sur l’information. Mais si Genève n’a pas souhaité les publier, je doute qu’il accepte que Vaud le fasse à  sa place…

    Suite au prochain épisode…

    Avec mes meilleures salutations.

  16. Bonsoir Monsieur le Conseiller d’Etat,
    Il ne s’agit pas d’un courriel mais d’un courrier postal avec un article et d ‘une correspondance dès plus intéressante avec la chancellerie fédérale….

    Je peux vous renvoyer ces documents si ceux ci se sont égarés dans les méandres de l’administration ?

    Avec mes cordiales salutations.
    Martin O.

  17. Bonjour,

    C’est volontiers que j’accepte votre proposition de me renvoyer ce courrier dont je n’ai pas le souvenir (mais j’en reçois beaucoup).

    Avec mes meilleures salutations.

  18. Bonsoir Monsieur le Conseiller d’Etat,
    Je vous remercie pour votre attention et vous ferai parvenir cette correspondance par email cette fois ci.
    Avec mes cordiales salutations
    Martin O.

  19. Cher Monsieur,

    Je vous remercie pour votre envoi électronique. A mon tour de vous indiquer une étude très poussée de plusieurs institutions universitaires belges qui fixent les conditions d’un vote électronique: http://www.ibz.rrn.fgov.be/index.php?id=1198&L=0)

    Il me semble que, pour l’essentiel, ces recommandations devraient pouvoir être respectées en Suisse aussi.

    Bonne lecture (160 pages)!

    Avec mes meilleures salutations

  20. Bonsoir Monsieur le Conseiller d’Etat,
    Je vous remercie pour votre réponse qui a au moins le mérite d’exister. Seulement ces deux rapports je les connaissais déjà  ! Je sais Monsieur le Conseiller d’Etat que vous êtes un utilisateur convaincu des systèmes Gnu/Linux aussi je vous propose de taper dans le moteur de recherche de ces documents « logiciels libres » « open source » ou « linux » et vous verrez le résultat !
    Ces rapports me font penser à  d’autres de la Confédération suisse que j’ai lus sur les pilotes et sur le vote électronique. En fin de compte on ne sait pas trop que penser même si certains passages sont intéressants. Cependant ce n’est pas à  la lecture de ces rapports que j’ai une réponse précise à  mes questions et sur ce qui ce passe en matière de vote électronique dans le canton de Vaud.

    Pour faire court, le canton de Vaud va donc reprendre tel quel les systèmes genevois dont on peut dire qu’il n’est pas démocratique, c’est paradoxal pour un système qui doit justement faire fonctionner la démocratie…

    Pour terminer Monsieur le Conseiller, je vous donne ce lien qui renvoie à  un article du Courrier, le passage sur le code source secret Vaud le détour…
    http://www.lecourrier.ch/index.php?name=NewsPaper&file=article&sid=443295

    Avec mes cordiales salutations.

    .

  21. Cher Monsieur,

    Le canton de Vaud ne va pas « reprendre tel quel les systèmes genevois », mais envisage de confier la gestion du vote des Vaudois de l’étranger à  son voisin. Mais j’admets que la nuance est minime.

    Le rapport belge me semble répondre à  votre principale préoccupation, qui est celle de l’ouverture du code source. La recommandation No 59 est libellée comme suit:

    Le système est complètement vérifiable (auditable): (i) les ordinateurs de vote sont démarrés à  partir d’un CD-ROM de démarrage et exécutent un système d’exploitation sous licence logiciel libre; (ii) le logiciel électoral est publié après sa certification par un certificateur externe; (iii) les configurations de vote sont vérifiées avant publication; (iv) les procédures de vote et d’initialisation et de gestion des CD-ROMs de démarrage pour les utilisateurs de vote sont publiques; (v) les mécanismes et les procédures de lecture et de comptage des bulletins peuvent être observées par des observateurs indépendants; (vi) l’électeur peut vérifier que le texte imprimé sur le bulletin correspond effectivement aux votes exprimés à è l’aide de l’ordinateur de vote; (vii) des vérificateurs indépendants peuvent sélectionner, de manière aléatoire, des bulletins de vote pour vérifier que le contenu de l’information enregistrée dans la partie traitable par ordinateur de ces bulletins correspond exactement aux textes lisibles imprimés sur ces mêmes bulletins.

    Il me semble que si toutes ces exigences pouvaient être remplies, la méfiance à  l’égard du vote électronique serait considérablement réduite.

    Avec mes salutations les meilleures.

  22. Bonjour,

    En effet, la nuance est trop faible entre reprendre le système et sous-traiter une opération, qui reste de la responsabilité du canton de Vaud.

    Et l’ouverture du code source est un préalable nécessaire, mais elle n’est pas suffisante; on l’a déjà  vu plusieurs fois et même Richard Stallman, le guru du logiciel libre (branche philosophique de l’Open Source), l’a dit.

    Il faut mentionner deux points de ce rapport belge. Premièrement, qu’il recommande uniquement le vote par machine d’enregistrement au seul local de vote, et que ces machines doivent émettre -concurremment à  l’enregistrement électronique- un bulletin papier imprimé; c’est l’électeur qui prend ce dernier en charge ce double papoer, qui le vérifie, le plie et l’insert lui-même dans une urne physique (devant les scrutateurs du bureau de vote), que ce canal papier concurrent sert de preuve de validité du canal électronique, et que les points mentionnés ci-dessus par vous portent uniquement sur ce mode de votation hybride au local de vote, où les machines sont physiquement sous contrôle des scrutateurs politiques. Deuxièmement, que le seul modèle de vote à  distance par Internet mentionné dans le rapport est rejeté par ses rapporteurs.

    Et deux commentaires y sont nécessaires. D’abord que le modèle de vote hybride recommandé (électronique et parallèlement papier) ne peut pas être appliqué au vote à  distance par Internet, car la procédure papier de contrôle ne peut être scrutée -et donc validée- que dans l’unicité et l’officialité de lieu du local de vote, ainsi que nous l’avons vu ici dans les billets précédents. Ensuite, que le modèle de vote à  distance -mentionné et rejeté par le rapport- n’est pas applicable en Suisse, d’une part car il est limité dans le type de bulletins possible, mais surtout car il ne peut être utilisé que pour des scrutins avec très peu de questions simultanées (moins de trois ou quatre, idéalement que pour un plébiscite avec une seule.question).

    Pour information, le rapport belge mentionne (et rejette), pour la votation à  distance, un vote dit homologique, basé sur un homomorphisme entre les bulletins en clair (dont on voudrait sommer les choix positifs/négatifs) et les bulletins chiffrés (dont on peut multiplier les choix cryptés, puis déchiffrer le produit obtenu pour trouver la somme des choix clairs), le dépouillement peut donc se faire sans déchiffrement des bulletins isolés, d’où un secret relatif du vote (mais l’ordre des bulletins trace l’électeur, et la clef cryptographique est accessible pour le déchiffrement du résultat). Ce système n’est possible que pour peu de questions, car il faut garantir par une série de calculs complexes que le bulletin chiffré est honnête, c’est à  dire que la valeur chiffrée du choix (donc inconnue) n’a pas un poids supérieur lui donnant l’effet de plusieurs voix. Outre ce coût en calcul le rendant inapproprié en Suisse, par ailleurs le système est de compréhension difficile, ne permet pas la preuve de bonne fin, n’a pas la représentativité directe du texte du bulletin. la prouvabilité d’authenticité et d’intégrité (donc la recomptabilité) de celui-ci, ni la garantie du secret.

    Enfin, les recommandations mentionnées (et données pour le vote électronique hybride au local) ne peuvent être reprises tel quel pour le vote à  distance helvétique, car elles ne suffisent pas pour assurer la transparence du vote. C’est l’exécution du système -dans le secret de l’ordinateur- qui est le plus important et qui devrait être scrutable. Pour cela, il faut une architecture éclatée des serveurs, un concept multiserveurs prenant en compte l’organisation par l’administration et la scrutation par les représentants politiques, un protocole mettant le poste de l’électeur en clef de voûte apte à  veiller à  la bonne fin de son opération, et enfin une traçabilité juridiquement prouvable de l’ensemble des opérations de vote. Tout ceci, et en plus de la bonne identification du votant et le contrôle d’unicité de sa voix, avec une garantie inconditionnelle du secret de vote : anonymat du votant et confidentialité du bulletin. Et, mais seulement en sus de l’adéquation démocratique, il faut que la sécurité des serveurs, des transactions et du poste du citoyen soit incorporée dès le début au sein du système, et par-dessus le marché seulement en périmétrie (logique et physique) des machines serveuses.

    Il y a la méfiance, rationnelle ou non, qu’il faut atténuer en rassurant par une communication complète et honnête, mais il y a avant tout la prise en compte des critères de transparence et de vérité du vote populaire et démocratique, et ceci dans le respect des citoyens responsables et capables de discernement.

    Toujours dans le plaisir de dialoguer, et avec mes meilleures salutations.

  23. Cher Monsieur,

    Le sujet est extraordinairement complexe, mêlant problématiques technologiques, juridiques, démocratiques, logiques, politiques. A se demander si ce système d’équations connaît une solution…

    N’ayant pas le temps de lire le rapport belge comme vous l’avez fait, il me serait utile que vous citiez les passages qui concluent au rejet du vote par Internet, avec les principales motivations.

    Avec mes meilleures salutations.

  24. Bonjour,

    Vous avez tout à  fait raison dans votre remarque sur le caractère multidisciplinaire !
    C’est pourquoi soit le sujet est très mal compris, soit il cause des angoisses (irrationnelles). Le vote électronique a été traité de manière gravement fragmentaire, soit par des juristes -hors de toute réalité technique, soit par des informaticiens -hors de toute culture philosophique, ou par certains politiciens -hors de toute compréhension déconcentrant d’une communication opportuniste.

    Pour revenir au rapport belge, et en préliminaire, il faut rappeler que le vote à  distance en général (par correspondance ou via Internet) est regardé avec une grande suspicion dans la plupart des pays. Un tel vote, hors des garanties de scrutation publique du local officiel, est considéré comme pouvant donner lieu à  de nombreuses dérives, dont la coercion, la vente, le vote par délégation (vote « familial »), etc. Aussi, il n’est utilisé qu’à  titre d’exception (donc très minoritaire), et qu’à  la demande express pour les malades ou les expatriés.

    En Suisse, où le vote par correspondance a été pleinement généralisé, la question ne se pose plus et permet de traiter le cas du vote à  distance par Internet pour lui-même.

    Dans le rapport (beVoting-seconde partie), le vote par Internet -vote à  distance- n’entre donc pas en ligne de compte pour les résidents, mais n’est envisageable que pour les expatriés, à  titre de remplacement du vote par correspondance (p. 4). C’est le « quatrième » mode étudié dans le rapport, il est présenté sous la forme du vote par cryptographie homomorphique, et rejeté, en page 107, pour les raisons essentielles suivantes :
    – les systèmes existants (fin 2007) souffrent de maladie de jeunesse
    – la validité des concepts actuellement publiés ne peut être expliquée au grand public en des termes simples (preuves mathématiques complexes),
    – en l’absence de trace papier, il faut accorder une confiance aveugle dans les logiciels utilisés.
    Raisons auxquelles s’ajoute la question de la sécurité du poste du votant :
    – les logiciels à  exécuter sur les postes clients [navigateurs, appliquettes, etc.] sont sujets aux menaces et risques des ordinateurs personnels (multitudes de virus, variantes de systèmes, bogues,…).

    Même si le rapport en question ne peut s’appliquer directement à  notre cas national différent, l’esprit d’ouverture et de transparence du rapport est à  retenir et ses réserves sont à  prendre au sérieux.

    Il est à  relever que les points d’achoppement indiqué, généraux, essentiels ou de sécurité, sont résolus dans un modèle, mais qui n’est pas celui discuté actuellement par un département du canton.

    Avec mes meilleures salutations.

  25. Monsieur le Conseiller d’Etat,
    Je réponds ici à  votre message du 31 août en passant de la recommandation 59 du rapport belge à  la page 5264 d’un rapport fédéral sur les projets pilotes.

    Exigence liée au vote électronique
    Confiance. L’intégralité de procédure doit être vérifiable et digne de confiance.
    Mesures prises dans le cadre des projets pilotes
    Recours à  des contrôleurs pour toutes les procédures sensibles, vérification indépendante du code source, utilisation d’un logiciel libre, divulgation des logiciels propriétaires.

    Voilà  des beaux principes sur le papier qui sont contredits dans les faits et la réalité.
    Vous écrivez à  l’administration fédérale, on vous répond que même la documentation technique relative à  un système de vote électronique ainsi que les avis concernant la sécurité constituent des documents cantonaux confidentiels. Ces documents ne sont pas publics.

    Point final, circulez et évitez à  l’avenir de poser des questions qui dérangent ça fait désordre.
    Comme il est difficile de communiquer avec l’administration sur ce sujet, je me contente de la presse. Que nous dit on du côté de Genève ? Que le système made in Geneva est à  80 % open source, vous savez aussi bien que moi que même s’il était à  99,9 % cela n’aurait aucun sens non plus.

    Qu’ensuite, ils ont préféré des logiciels à  code secret parce qu’ils pensent que les logiciels à  code ouvert sont plus facilement piratables et moins sûrs. Ils sont autistes à  Genève sur quoi tournent les grosses machines dans le monde ?
    Ensuite le plus beau, la phrase qui suit.

    Pour nous, la garantie la plus importante que le système ne puisse être piraté réside dans le fait qu’il n’est en ligne que durant les trois semaines qui précèdent le vote.

    Ainsi il me reste plus qu’à  écrire à  la chancellerie pour leur demander si trois semaines ce n’est pas un peu long et si 3 minutes ce n’est pas suffisant pour pirater ou être piraté ?!!!

    Pour conclure, Monsieur le Conseiller d’Etat, je pense qu’il faudrait poliment dire aux Genevois, merci pour votre système mais gardez-le !

    Je vous prie d’agréer, Monsieur le Conseiller d’Etat mes cordiales salutations.

  26. Messieurs,

    Je vous remercie pour vos remarques pointues et pertinentes. De toute évidence, si l’on devait introduire le vote électronique pour les Suisses de l’étranger (puis pour les résidents), il faudrait fermer les yeux sur tout une série de risques quant à  la sécurité et au secret du vote. Difficile de savoir comment les élus saisis de la question pondéreront ces risques et les avantages du vote électronique. On a vu que le peuple genevois, pour sa part, accorde peu d’importance aux risques. Probablement en raison du fait que les gens effectuent régulièrement et en toute confiance des opérations financières avec leur banque ou Postfinance.

    Loin de régler tous les problèmes, ma proposition d’impression des bulletins de vote permettrait au moins un recomptage et, par là , réduirait fortement la tentation de manipulation massive.

    Avec mes meilleures salutations.

  27. Cher Monsieur le Conseiller d’à‰tat,

    >> De toute évidence, si l’on devait introduire le vote électronique pour les Suisses de l’étranger (puis pour les résidents), il faudrait fermer les yeux sur toute une série de risques quant à  la sécurité et au secret du vote.

    Il est certain que vous êtes un des rares politiques, non seulement sensible à  cette réalité, mais aussi qui en comprenne les raisons.

    >> Difficile de savoir comment les élus saisis de la question pondéreront ces risques et les avantages du vote électronique.

    La majorité n’aura pas une compréhension au niveau de la vôtre.
    Mais, j’ai reçu divers échos du Grand Conseil vaudois que des figures connues du PS, des Verts Libéraux, ou des Verts soient pour le moins septiques sur les préparatifs actuels.

    >> On a vu que le peuple genevois, pour sa part, accorde peu d’importance aux risques.

    Les citoyens genevois ont vraiment plébiscité le vote électronique, mais ce fut dans le cadre d’un référendum constitutionnel portant sur le _principe_ du vote électronique, sans indication d’un modèle précis, et en fait sans la moindre spécification particulière.

    Par la suite, la loi implantant ce principe, une loi qui manque de neutralité technique, a eu un parcours intéressant : la proposition de la chancellerie a été traitée en commission au pas de charge, sans que les commissaires puissent élever la moindre remarque (voir les critiques du rapport de minorité – Emilie Flamand/Verts-GE), et les questions balayées en plénum. Au minimum, les Verts et l’UDC étaient sceptiques ou opposés, mais -devant le raz de marée opportuniste, au contraire du rejet de la même loi, il y a une année- ces deux groupes ont préféré s’abstenir . Emilie Flamand (chef du groupe Verts) relève toujours, récemment et publiquement, l’impossibilité de recompter en cas de doutes (journal de la WRS), et Soli Pardo (Pdt de l’UDC) exprime son inquiétude qu’il ne soit plus possible de revenir à  une saine position, sans devoir briser sec le mouvement actuel.

    >> Probablement en raison du fait que les gens effectuent régulièrement et en toute confiance des opérations financières avec leur banque ou Postfinance.

    Oui, hélas, cette comparaison erronée est souvent faite. Constamment, il faut rappeler que l’eVoting n’a rien à  voir avec l’eBanking.

    Dans le cas des opérations bancaires, le banquier connaît son client et sait quels sont ses ordres. En fait, la sécurité de l’eBanking est largement basée sur ces connaissances : il est possible de suspendre ou d’annuler un ordre ne correspondant pas au profil du client, à  ses usages passés, ou à  ses capacités actuelles. Dans le cas de l’eVoting, l’administration ne doit pas connaître l’électeur, ni le contenu de son bulletin, et encore moins pouvoir corriger ou supprimer ce dernier. Il est impossible de sécuriser à  postériori, de rattraper une éventuelle faude, comme dans la banque électronique. Le modèle de sécurité d’un bon eVoting est donc totalement différent de l’eBanking, et largement plus complexe.

    >> Loin de régler tous les problèmes, ma proposition d’impression des bulletins de vote permettrait au moins un recomptage et, par là , réduirait fortement la tentation de manipulation massive.

    Vous avez raison : l’essentiel du but à  atteindre est décrit par votre métaphore, en l’amenant au plus près de l’électeur.
    Ainsi, en capturant sa motivation authentique dans un bulletin, dont le contenu soit indiscutablement vrai jusqu’au dépouillement et décompte, la vérité du vote sera établie avec confiance.

    Votre saine proposition est bien une métaphore, car elle ne peut être appliquée littéralement. En effet, nous savons que l’impression d’un bulletin papier à  valeur probante est impossible. Elle n’est pas possible à  distance, dans les locaux administratifs : puisque qu’on ne peut établir si c’est l’exacte motivation qui a été captée sur le poste, si elle a été correctement transmise au travers de l’Internet, si elle a été justement traitée dans les machines de l’administration, ou le bulletin échangé, multiplié ou supprimé -en plus, l’impression nécessite le contenu en clair et donc brise l’obligation de temporalité (pas de connaissance des choix avant la clôture du scrutin). Et cette impression papier est aussi impossible au domicile de l’électeur : d’abord, car cela reviendrait à  refaire le vote par correspondance, en plus complexe, et qu’ensuite -puisque sans contrôle- il n’est pas établi que le bulletin papier soit le juste représentant du bulletin électronique.

    En conséquence, pour implanter pleinement votre proposition, il faut :
    – que le bulletin électronique contienne la représentation intégrale du texte, avec les questions telles que l’électeur les a lues, et ses réponses telles qu’il les a choisies et vérifiées.
    – que l’eBulletin soit scellé sur le poste du votant, sans qu’un virus ait pu le capter ou le modifier, avec un sceau dépendant anonymement de la qualité individuelle d’électeur, et qu’ainsi le bulletin soit garanti pour son intégrité et son authenticité jusqu’après le dépouillement.
    – que ce bulletin non matérialisé, mais métaphore exacte du bulletin papier, transite par l’internet et les machines serveuses de l’à‰tat sans que son contenu puisse être connu (confidentialité d’ici la clôture), ni son origine reconnue (anonymat absolu), ni dupliqué, ni détruit, ni que d’autres bulletins inauthentiques puissent être insérés.
    Alors, le contenu de l’urne pourra être valablement recompté, et la confiance dans la vérité des votations populaires sera maintenue.

    Ce n’est là  qu’une partie des buts à  atteindre pour être un vrai vote électronique démocratique. Un modèle remplit tous ces buts, et le canton mériterait d’en bénéficier, plutôt que de devoir subir la caricature qu’on risque de lui proposer…

    Avec mes meilleurs salutations.

  28. Bonsoir Monsieur le Conseiller d’Etat,
    Selon mes dernières infos, en matière de vote électronique, le canton de Vaud va simplement utiliser le système made in Geneva à  travers un contrat d’hébérgement. Du copier coller payer pour résumer. Je persiste à  penser qu’il y a mieux à  faire. Vous trouverez au lien ci-dessous le dernier article que j’ai écrit sur le sujet.
    Avec mes cordiales salutations.

    http://www.liberteetpedagogie.org/evoting

  29. Cher Monsieur,

    Evidemment, le concept xVote semble idéal, mais pour l’heure il n’existe pas et doit être développé. Le canton de Vaud ne va probablement pas en financer seul le développement en tant que 4e solution de eVoting en Suisse. Mais je peux tout à  fait imaginer qu’un groupement de 4 à  5 cantons pourrait l’envisager. Mieux encore, l’initiative pourrait être prise par un organisme des Nations Unies afin de démarrer d’emblée un projet qui puisse devenir la « norme » reconnue partout dans le monde.

    Meilleures salutations.

    PS: Je peux déposer votre fichier pdf sur mon blog si vous le souhaitez.

  30. Bonsoir Monsieur le Conseiller d’Etat,
    Je vous remercie pour votre réponse. Vous pouvez déposer mon fichier pdf sur votre blog, je n’y vois pas d’inconvénient.

    Avec mes cordiales salutations.
    Martin O.

  31. La discussion est maintenant portée devant le Grand Conseil vaudois au travers d’une motion (contraignante pour le Gouvernement) du député Jean Christophe Schwaab demandant que l’on renonce au vote électronique aussi longtemps qu’une solution sûre, transparente et vérifiable ne sera pas disponible.

    Il expose son point de vue sur son blog: http://www.schwaab.ch/archives/2010/04/18/faut-il-ouvrir-une-faille-dans-la-securite-du-vote-pour-les-suisses-de-l%E2%80%99etranger/

    Reste à  savoir ce que fera le Grand Conseil, en particulier s’il transformera la motion en postulat, ce qui permettrait au Conseil d’Etat de défendre un projet présentant toutes les garanties requises…

  32. La Chancellerie fédérale a confié un mandat à la Haute Ecole Spécialisée Bernoise (HESB) visant à décrire les conditions d’un vote électronique vérifiable. Les conditions sont assez drastiques et ne pourront donc être respectées à court ou moyen terme, estime la Chancellerie. Peut-être que le canton de Vaud, allié à un ou plusieurs autres cantons utilisateurs de la plateforme Votelec, pourrait relever le défi…

    Lien vers le communiqué et l’étude de la HESB: http://www.bk.admin.ch/themen/pore/evoting/index.html?lang=fr

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *