PALM 2012: la parole aux habitants

(source: http://www.lausanne-morges.ch/)

Le 24 mai 2012, les instances politiques du projet d’agglomération Lausanne-Morges (PALM) et le Canton ont mis en consultation le rapport qui devrait être remis à la Confédération d’ici au 30 juin 2012. Pour l’essentiel, ce projet reprend et développe les idées-forces du rapport déposé en 2007 et qui avait conduit à un cofinancement fédéral à hauteur de 40% des mesures d’infrastructures de transport, dont le premier tronçon du tramway, les premiers bus à haut niveau de service (BHNS) et les aménagements en faveur des cyclistes. A ma demande, parallèlement à la consultation des partis politiques et des associations, un questionnaire en ligne adressé à toute la population devrait permettre d’évaluer le niveau d’adhésion aux principes qui sous-tendent le projet d’agglomération. La consultation court jusqu’au 8 juin 2012 (voir le communiqué de presse du 24.05.12). N’hésitez pas à répondre au questionnaire!

Alors que 3/4 des habitants vivent dans les agglomérations et les centres régionaux, la majorité des ménages nouvellement établis s’installent en dehors des zones déjà urbanisées. L’étalement urbain se poursuit, grignote la zone agricole et induit une forte croissance du trafic individuel motorisé (TIM) à destination des espaces urbains. Ces derniers souffrent de plus en plus de la congestion du trafic (y compris des transports publics routiers), de la pollution et du bruit.

Il s’agit donc de « construire la ville en ville » et de développer l’urbanisation le long des infrastructures de transports publics. Cette vision ne peut se concrétiser qu’à la condition que les nouveaux habitants et emplois soient accessibles en transports publics (TP) et que la qualité de vie en ville soit améliorée (nature, paysages, espaces publics, services de proximité, …). C’est pourquoi le PALM prévoit un fort développement des TP, bien connectés avec le réseau ferroviaire (2 lignes diamétrales traversent l’agglomération!) et avec une armature d’axes forts constituée des lignes de métro (m1, m2, …) et des lignes de tram et BHNS (réseau t).

Encore faut-il pouvoir offrir des logements et des surfaces d’activité avec des loyers abordables! Le prix des terrains est nettement plus élevé dans les centres qu’à la campagne. Pour compenser cette différence, comme pour justifier le développement de transports publics efficaces, il est nécessaire d’améliorer l’utilisation du sol – un bien par définition limité. Le PALM pose l’exigence d’une densité minimale 200 habitants ou emplois par hectare dans les sites stratégiques constitués de friches industrielles (par ex. plaine de Malley) et d’espaces libres dans le périmètre compact de l’agglomération (par ex. secteurs de la Bourdonnette, de l’Arc-en-Ciel, des Plaines du Loup ou encore de Corsy). Sur la base de cette exigence, le développement de l’ensemble des sites stratégiques du PALM permettrait d’accueillir quelque 180’000 nouveaux habitants et emplois et absorber la majeure partie de l’accroissement démographique attendu dans le canton pour les 20 prochaines années!

Faut-il avoir peur de la densification (pdf, 34,5 Ko)? Ce petit document tend à montrer que non! Aujourd’hui déjà, on observe des densités largement supérieurs dans des quartiers où la qualité de vie n’est pas contestée: Boulevard de Grancy (300 h+e/ha) ou la Cité (340-400 h+e/ha) à Lausanne, ou encore dans le centre historique de Morges (475 h+e/ha).

Du point de vue du développement durable, le projet d’agglomération mis en consultation mérite à tout point de vue d’être défendu. L’obtention de subventions fédérales pour les mesures d’infrastructures de transport est certes une motivation importante, mais il s’agit en quelque sorte d’un « bénéfice secondaire ». La loi sur le fonds d’infrastructure précise d’ailleurs qu’il doit s’agir d’un financement subsidiaire. Les règles d’attribution de ces fonds précisent que le taux de subventionnement dépend directement du rapport coût / utilité des mesures proposées. Ainsi, le PALM de 2007 a-t-il bénéficié d’un taux de subventionnement de 40% (plus élevé qu’à Zurich!) en raison notamment des mesures prévues en faveur des cyclistes, relativement peu coûteuses mais très efficaces.

Toute l’attention se focalise pourtant sur les subventions que la Confédération pourrait accorder pour la période 2015-2018 (liste A du PALM 2012), laquelle pourrait être dotée d’un financement global de CHF 1,2 mia sur les CHF 1,9 mia restants dans le fonds d’infrastructure pour soutenir plus de 40 projets d’agglomération. Si les 5 projets qui concernent le canton de Vaud (PALM, franco-valdo-genevois, Yverdon, Riviera, Aigle-Monthey) obtenaient une part de 10% (pour 8% de la population suisse), cela représenterait CHF 120 mios. En admettant que le PALM se taille la part du lion avec CHF 100 mios, cela correspondrait, par hypothèse, au taux de 33%, à des investissements subventionnables atteignant environ CHF 300 mios. En regard de ce chiffre, la liste des projets (y compris métro m3, prolongation du tram t1 jusqu’à Villars-Ste-Croix, tunnel LEB sous l’avenue d’Echallens) totalise environ CHF 1’600 mios, auxquels il faut ajouter, dans le périmètre du PALM, l’acquisition de véhicules TP pour CHF 730 mios (non cofinancés), des projets pour le LEB (CHF 160 mios) et les infrastructures ferroviaires CFF (CHF 2’000 mios), ainsi que des projets autoroutiers (nouvelles jonctions, contournement de Morges) pour CHF 3’100 mios.

Si l’agglomération ne fixe pas de priorités, le risque existe que le rapport coût / utilité du PALM 2012 se dégrade et que le taux de subventionnement fédéral chute pour l’ensemble des mesures, voire tombe en-dessous de 30%, ce qui revient à annuler le cofinancement fédéral, comme l’a appris Fribourg en 2007. Cela poserait de manière encore plus aigüe la question du financement de la part à charge du Canton et des communes…

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