La Bonne Combine 2.0

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(La Bonne Combine, Christophe Inaebnit aux prises avec une perceuse-visseuse; source FRC)

Après 35 ans d’existence, et à l’heure où tout le monde parle de développement durable, l’atelier de réparations en tous genres La Bonne Combine est devenu un navire en perdition, pris entre les icebergs de la camelotisation, des prix discount et d’une réparabilité en chute libre. On serait tenté d’en conclure que la société du prêt-à-jeter a gagné et de déposer le bilan avant qu’il ne reste plus rien de cette belle aventure idéaliste et visiblement trop utopiste…

Pourtant, d’autres signaux semblent montrer que la réparation a le vent en poupe et qu’il est même possible de gagner de l’argent en faisant durer les appareils. C’est en particulier le cas de iFixit aux USA (et maintenant en Europe) qui offre une plate-forme collaborative pour diffuser des milliers de guides de réparation (18’000 à ce jour!), effectuer des tests de réparabilité et produire des vidéos de promotion de la réparation. Tout ceci étant offert gratuitement, ils se financent sur la vente d’outils et de pièces de rechange (y compris d’occasion!) à des prix compétitifs. Au vu de la qualité des infrastructures offertes gratuitement, on peut imaginer que ce business est rentable…

Sur ces nouveaux créneaux, la notoriété et les compétences de La Bonne Combine constituent des atouts qu’il s’agirait d’exploiter pour imaginer une Bonne Combine 2.0.

L’entreprise doit bien sûr continuer à réparer tout ce qui peut l’être. Mais elle doit surtout exploiter les ressorts offerts par les nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC) : relation directe avec les clients, partage de connaissances, plates-formes collaboratives, industrialisation des processus, démultiplication des marchés et de la clientèle, etc.

En plus de gagner quelques dizaines de francs avec quelques centaines de clients, il s’agirait d’envisager de gagner quelques francs sur des centaines de milliers de clients; ce que permet le web. Concrètement, mieux vaut vendre une pièce de rechange à un bricoleur qui a découvert le site marchand de La Bonne Combine en recherchant des informations sur la réparabilité de son lave-linge Kenwood Mini E, par exemple.

Il y a 20 ans, lorsque le fabricant ne pouvait plus livrer de pièces de rechange et que La Bonne Combine n’avait pas de pièce d’occasion à proposer, un appareil en panne avait atteint sa fin de vie. Avec Internet, on peut imaginer retrouver une aiguille dans une botte de foin ou une pièce d’occasion introuvable pour faire durer un appareil. Certes, on trouve déjà sur les plates-formes d’annonces gratuites (Anibis, Ricardo, etc.) des gens plutôt débrouilles qui proposent des épaves d’iPhone ou de MacBook pour les pièces. Il y a aussi une pléthore de site qui proposent des pièces plus ou moins d’origine pour réparer un iPad ou tout autre produit conçu pour ne pas être réparé. Mais, pour se développer, cette offre devrait se structurer et s’élargir à d’autres appareils que ces produits phare de la société du prêt-à-jeter.

Il faudrait parvenir à créer à large échelle un écosystème mettant en relation guides de réparation et de bricolage, composants et pièces de rechange bon marché, mais aussi pièces d’occasion et épaves à cannibaliser. Dans un premier temps sur l’espace francophone européen (>70 millions de consommateurs), une plate-forme web pourrait :

  • attirer des clients peu bricoleurs vers des ateliers de réparation locaux (franchises La Bonne Combine) ;

  • grouper des achats de pièces d’origine ou génériques à l’échelle d’un réseau d’ateliers (franchises La Bonne Combine) pour les proposer en ligne et en atelier à des prix compétitifs ;

  • offrir à l’échelle de ce même réseau un accès à un stock virtuel de pièces d’occasion et d’épaves à cannibaliser dans tous les domaines (stock utile à tous les membres du réseau et à leurs clients web) ;

  • faire re-fabriquer, à l’échelle du réseau, des pièces de rechange très demandées et plus disponibles (comme ce fut le cas des pignons coniques pour machines à coudre Bernina Record par La Bonne Combine, à la fin des années 1990) ;

  • imprimer en 3D, découper, usiner des pièces de rechange à l’unité, probablement en collaboration avec des FabLab locaux.

Odoo (anciennement OpenERP) est un progiciel de gestion intégré (PGI) open source (gratuit) idéal pour développer un projet de cette ambition. Odoo 9 intègre toutes les fonctionnalités utiles : comptabilité financière et analytique, gestion de projet, relation client, timesheet, site web et boutique en ligne.

Ainsi, ajouter un article sur la boutique en ligne, avec photo et commentaires des clients peut se faire à l’aide d’un éditeur de contenu web très facile d’accès, tout en créant un article de stock et une valeur d’inventaire. Lorsqu’un article est vendu, le stock est mis à jour dans la comptabilité et la boutique, le produit de la vente est enregistré dans la comptabilité financière et la marge commerciale est automatiquement adaptée dans la comptabilité analytique du centre de profit considéré.

Il est probablement aisé d’interfacer la boutique avec les web-services de La Poste ou d’autres transporteurs pour réduire au minimum les coûts internes d’envoi d’une pièce à un client (édition automatique du bulletin de livraison avec code-barre, affranchissement et numéro de tracking communiqué au client…).

Il existe en outre des milliers de modules développés par ou pour les 2 millions d’entreprises utilisant Odoo dans le monde.

S’agissant d’un logiciel libre, les développements réalisés par ou pour La Bonne Combine seraient nécessairement sous licence AGPL (open source) et le tout pourrait être aisément maintenu ou développé par d’autres développeurs que celui qui les aurait réalisés.

Que voilà un joli défi pour 2016! Et, s’il vous parle, n’hésitez pas à me contacter pour participer à son succès!…

11 réflexions au sujet de « La Bonne Combine 2.0 »

  1. Salut François, et meilleurs voeux pour la bonne combine 2.0 en 2016, et pour vous tous. C’est amusant, car j’ai aussi plusieurs projets collaboratifs, dont un avec Odoo, que je vais monter en 2016, avec l’aide d’Open-Net 😉
    Oui, je crois beaucoup dans cette transformation de la bonne combine.
    Bravo, que les meilleurs vents vous y accompagnent.

  2. Bravo, quel beau projet.
    Je viens de visionner le film participatif « En quête de sens » et je « tombe » sur votre post. J’y vois une synchonicité.
    Je vous soutiens moralement pour ce projet et le partage.
    Belle année 2016

    • Je viens de recevoir mon DVD de ce film visionné à Morges, et commandé depuis lors. Revu avant-hier, un condensé de sagesses, simple et accessible 😉 Excellent ! C’est assurément des synchronicités…

  3. Cher François, très bon plan d’action – je serais motivé de participer à ce développement (nous avions d’ailleurs déjà parlé des franchises BC ensemble au siècle passé) – mon réseau actuel est Sud de l’Europe (Naples) et Inde (Maharashtra) où de telles idées et franchises pourraient se développer avec succès (au total 150 millions de consommateurs intéressés à la réparation, des régions avec 70% de chômage des jeunes donc financements pour le lancement des franchisés …). Je serai de passage en Suisse du 11 au 18 janvier … Pour les recettes de réparations je pense qu’une agrégation sémantique de sites contenant souvent déjà les solutions mais avec le label BC (dans l’agrégateur, donc vérifiées ou filtrées après leur collecte automatique) pourrait être réalisée avec la coopérative de recherches social-IN3.coop dont je suis un des fondateurs (nous avons une pratique des agents intelligents – développements open source java). Voilà … tu me fais signe si tu veux au no de tel habituel ou auprès de awa@social-in3.coop, amitiés et bonne année !

  4. Ping : Nouvelle année…. – Emmanuelle Germond

  5. Le projet de Bonne Combine 2.0 est en gestation depuis un an, car ma priorité est de viabiliser why! et les ordinateurs durables sous GNU/Linux…

    En répondant à l’interview d’une jeune étudiante, je suis retombé sur http://electrodocas.fr/. De nombreuses pièces sont en « Rupture de stock » (voir résistances pour fours électriques), ce qui constitue une information très utile pour les ateliers de démantèlement…

    A noter que Electrodocas offre sa plate-forme (Prestashop) pour permettre à des particuliers de vendre leurs appareils en panne en pièces détachées: http://electrodocas.fr/364-vendre-c-pieces. Malheureusement, l’information n’est pas du tout structurée et j’ignore si des gens trouvent et achètent sur ce site des pièces de rechange d’occasion. En outre, chacun fait lui-même une photo et décrit la pièce et la machine sur laquelle elle a été prise, ce qui n’est pas rationnel.

    Même une carte électronique HS (hors service) se vend encore environ EUR 20.- pour la récupération de composants: http://electrodocas.fr/271-pieces-detachees-hs-!

    S’agissant du référentiel et des vues éclatées, on en dénombre 677, essentiellement gros-électroménager (lave-linge, lave-vaisselle…). Difficile de savoir d’où proviennent ces vues éclatées, mais je note que pour le lave-linge AEG Lavamat 1480, on devine une étrange inscription en filigrane:

    AGORA – CONFIDENTIEL – AGORA
    Downloaded / printed on Agora Software : 02/03/2015 by SARL ELECTRODOCAS

    Surtout, je n’ai pas trouvé de lien entre ces vues éclatées et les pièces d’occasion proposées. Mais cela représente bien une esquisse de ce que pourrait devenir le projet de Bonne Combine 2.0.

  6. J’ai écrit, le 21.01.2017, au gérant de ELECTRODOCAS (Marc Dupuis ) pour lui proposer une collaboration sur un projet gagnant-gagnant.

    Comme il ne m’a pas répondu, je les ai appelés aujourd’hui. Malheureusement, j’ai été tout bonnement éconduit, le projet de Bonne Combine 2.0 ne présentant aucun intérêt à ses yeux.

    A la question de savoir s’ils vivent bien à deux avec ce commerce de pièces détachées d’occasion, il m’a dit qu’ils survivaient. Avant de devoir raccrocher pour s’occuper de ses clients…

    Reste que des activités économiques se développent un peu partout autour du réemploi de pièces détachées, démontrant qu’il existe une demande et qu’une offre y répond…

  7. Ping : Bonne Combine 2.0: electrodocas.fr s'y est déjà mis - François Marthaler

  8. Ping : Bonne Combine 2.0: piecedelta.eu s'y est déjà mis - François Marthaler

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