L’économie verte devrait s’imposer le 25 septembre 2016

Fairphone_2(Depuis avril 2016, why! vend le Fairphone 2 dont on peut remplacer l’écran sans outil!)

Je me suis passablement engagé aux quatre coins de la Suisse romande pour soutenir l’initiative pour une Economie verte sur laquelle les Suisses se prononceront, le 25 septembre 2016. Du coup, j’ai un peu délaissé mon blog. D’autant que, parallèlement, les ventes d’ordinateurs durables why! et de Fairphone semblent avoir réellement décollé et que je n’ai pas chômé sur ce plan-là… Alors, à deux semaines de la votation, voici quelques arguments à opposer aux inepties diffusées à grands frais par EconomieSuisse contre ce texte.L’organisation de défense des intérêts de la grande industrie (pharma, machines, banques…) publie des encarts publicitaires anxiogènes laissant entendre que l’initiative pour une économie verte vise les consommateurs et veut rendre prohibitifs les prix de la viande, des douches chaudes ou de l’essence.

Certes, le texte prévoit que « la Confédération peut notamment […] prendre des mesures de nature fiscale ou budgétaire; elle peut en particulier mettre en place des incitations fiscales positives et prélever sur la consommation des ressources naturelles une taxe d’incitation à affectation liée ou sans incidences sur le budget. ». Mais, sans autres précisions, ce levier d’action parmi d’autres nécessitera l’élaboration d’une loi d’application adoptée par le Parlement, dominé par la droite bourgeoise. EconomieSuisse aurait-elle peur que ses troupes votent des dispositions liberticides et néfastes à l’économie si l’initiative est acceptée par le Peuple?

L’affirmation-choc selon laquelle ont devra se doucher à l’eau froide en cas de succès de l’initiative pour une Economie verte laissera, je l’espère, pantois celles et ceux qui n’avalent pas si facilement de telles couleuvres. Au contraire, la raréfaction – et le renchérissement qui lui sera lié – des énergies fossiles conduira immanquablement à des restrictions, alors que la proposition des Verts veut notamment soutenir le recours aux capteurs solaires thermiques qui fournissent de l’eau chaude gratuite!

Mais l’essentiel est ailleurs. L’initiative vise en premier lieu les producteurs et les produits non-durables, y compris ceux fabriqués à l’étranger. Elle offre des conditions favorables à l’innovation et à la création d’emplois en Suisse, singulièrement dans les PME qui fournissent 85% des emplois. Si elle ne défendait pas prioritairement les intérêts des multinationales, EconomieSuisse devrait au contraire soutenir ce texte!

On ne notera que tous les membres d’EconomieSuisse ne suivent pas le troupeau, à l’instar de Ikea ou des multinationales suisses membres du World Business Council for Sustainable Development inspirées par son rapport Vision 2050. De son côté, la SWICO, qui regroupe les importateurs du domaine de l’informatique et de la communication et gère depuis 20 ans la collecte et le recyclage des appareils électroniques en fin de vie, s’inquiète de l’épuisement de certaines matières premières indispensables à ce secteur, comme, par exemple, l’indium et le néodyme, qu’il s’agirait d’extraire des déchets dans une perspective d’économie circulaire, telle que proposée par les Verts (voir Rapport technique 2015, p. 19).

L’économie mondiale est dominée par les multinationales qui parviennent à faire pression sur les gouvernements et les parlements pour la défense de leurs intérêts et qui portent une lourde responsabilité dans le développement de la société du prêt-à-jeter, l’épuisement des ressources, la pollution et les changements climatiques.

Cependant, un autre modèle économique est en train de naître, comme le démontre le succès du smartphone éthique, réparable et durable des Hollandais de Fairphone. Contre toute attente, alors que des géants comme Nokia ou Motorola étaient en train de disparaître, une bande de 5 jeunes trentenaires est parvenue en cinq ans à concevoir et produire le premier smartphone modulaire, fabriqué en respectant des conditions de travail convenables, en évitant les matières premières issues de régions en conflit et que l’on peut réparer soi-même à l’aide d’un guide de réparation publié sur la plate-forme collaborative iFixit (tout comme les ordinateurs why!, un an plus tôt). La jeune start-up, qui emploie déjà plus de 60 personnes, prévoit de vendre 140’000 Fairphone 2 en 2016. D’aucuns diront que, comparés aux 400 millions d’iPhone que Apple écoule chaque année, il s’agit là d’un marché de niche réservé aux bobos et sans incidence notable sur l’évolution globale de la production et de la consommation.

Pourtant, le nouveau modèle économique qui émerge devrait s’imposer pour une autre raison que les qualités intrinsèques du produit. C’est le modèle de financement qui est révolutionnaire, car il redonne le pouvoir aux consomm’acteurs. Imaginez que Fairphone a gagné son pari fou en vendant 50’000 smartphones à EUR 450.- (>20 millions d’euros!) qui n’existaient que sur le papier! Exit la Bourse et autres requins de la finance! Il existe des dizaines de milliers de projets semblables qui misent sur le partage des connaissances techniques (open hardware) plutôt que sur les rentes de situation basées sur l’exploitation de brevets, sur le financement participatif plutôt que sur les coûteux financements bancaires, sur les besoins des consommateurs plutôt que sur la promesse de nouveautés qui, le plus souvent, n’en sont pas…

Cette évolution est une lame de fond qui devrait profondément modifier nos modes de production et de consommation d’ici 2050. Un mouvement inéluctable et impératif. Pour cela, il faut que le oui l’emporte le 25 septembre, afin d’offrir les meilleures conditions cadre pour ces nouveaux projets et surtout éviter que les multinationales, menacées dans leurs fondements, ne fassent adopter des lois favorables à leurs intérêts privés, plutôt qu’à ceux des consommateurs et de l’environnement.

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