Le thorium: le greenwashing du nucléaire

Radioactive_GreenCes derniers temps, plusieurs personnes m’ont parlé du thorium comme de la solution écologique face aux défis énergétiques. On m’a même transmis un livre intitulé  « L’atome vert« , écrit par J.-C. de Mestral, Municipal d’Aubonne et administrateur de société.

Qu’en est-il donc de cette technologie? Est-elle la source énergétique miraculeuse, abondante et écologique que plaident ses partisans?

Il y a de nombreuses raisons de sortir du nucléaire et de nombreuses critiques à son égard, mais les deux principales sont les suivantes:
1) L’énergie nucléaire produit des déchets radioactifs dont on ne sait que faire et dont la durée de vie est totalement disproportionnée par rapport à la vie humaine.
2) Les centrales atomiques peuvent contaminer de vastes territoires.
C’est donc sous ces deux angles que je propose d’analyser le thorium.

Dans son principe, l’exploitation énergétique du thorium fonctionne comme feu le surgénérateur superphénix de Creys-Mallville: par une réaction nucléaire, il s’agit de transformer un élément abondant mais non fissible en un élément dont on peu exploiter l’énergie. Dans le cas de superphénix, il s’agissait de transformer l’uranium 238 en plutonium 239, dans le cas du thorium, il s’agit de transformer ce dernier en uranium 233.
Ensuite, via une réaction nucléaire « classique », on extrait l’énergie de l’uranium (ou du plutonium) par fission (division) de l’atome et on entretient le cycle.

On prend donc du thorium, matériau faiblement radioactif, pour le transformer en uranium 233, matériau radioactif. Ce processus produit également un peu d’uranium 232 hautement radioactif. A tel point que sa manipulation nécessite des précautions supplémentaire au combustible nucléaire classique (p.e. le MOX). La réaction nucléaire entraîne la fission de l’uranium, comme dans les centrales nucléaires actuelles. Et comme dans les centrales nucléaires actuelles, cette fission produit des déchets radioactif. Les partisans du thorium prétendent que ces déchets sont en plus petite quantité que dans les centrales classiques, mais je n’ai trouvé aucun détail à ce sujet (merci de m’en transmettre si vous en avez). La technologie du thorium produit donc aussi des déchets radioactifs. Le premier problème du nucléaire n’est donc pas résolu.

Le second problème réside dans la possibilité de dissémination d’éléments radioactifs hors d’une centrale, p.e. lors d’un accident nucléaire. Le principal risque à ce sujet est un emballement de la réaction en chaîne au sein de la centrale. En effet, cette réaction doit être constamment « freinée ». Dès lors que « les freins lâches », la réaction s’emballe jusqu’à explosion (à Tchernobyl, c’est le système de capture des neutrons qui n’a pas fonctionné, à Fukushima, le système de refroidissement).

Face à ce risque, la technologie du Thorium présente exactement la même faiblesse. Mais les partisans nous sortent une solution de leur chapeau. Dans une centrale nucléaire, c’est les neutrons qui entretiennent la réaction en chaîne. Si on fait en sorte qu’il y ait constamment trop peu de neutrons, la réaction s’arrête d’elle-même à moins qu’on injecte de nouveau neutrons dont on peut contrôler le débit (« ADS« ). Cette technologie ne fonctionne que sur papier et demande d’être prouvée. Mais surtout, ce système n’est pas propre au thorium et pourrait être utilisé sur les centrales nucléaires classiques. Si ce procédé est aussi révolutionnaire, on se demande alors pourquoi il n’est pas utilisé sur les nouvelles centrales. En tout les cas, ce n’est pas un gain de la technologie thorium.

On le voit ainsi, les deux principaux problèmes du nucléaires ne sont pas résolus par la technologie du thorium. Il s’agit réellement d’un miroir aux alouettes permettant aux partisans du nucléaires de faire croire que celui-ci a encore de l’avenir. Le thorium rejoindra très vite la surgénération de l’uranium (Creys-Malville), la fusion et l’escroquerie de la fusion froide, au paradis des faux miracles de l’humanité.

5 réflexions au sujet de « Le thorium: le greenwashing du nucléaire »

  1. Monsieur,

    Il me semble inexact de dire qu’un réacteur à sels fondus exploitant le cycle du Thorium (http://fr.wikipedia.org/wiki/Cycle_du_combustible_nucl%C3%A9aire_au_thorium) présente la même problèmatique de dissémination de radioactivité sur un large territoire lors d’un accident majeur.

    Contrairement aux cocotte-minutes – réacteurs à eau pressurisés – conçus et sélectionnés pour répondre à des besoins militaires: compacité pour être embarqué dans un sous-marin, rusticité pour une mise en oeuvre rapide, et production de plutonium pour les bombes, un réacteur à sels fondus n’est pas sous pression et en soit ne risque pas d’exploser. Les concepts récents exploitant le Thorium proposent un bouchon cryogénique obstruant le fond de la cuve, permettant au combustible circulant à l’état liquide de s’épandre dans un réservoir prévu à cet effet afin de le laisser refroidir de lui-même.

    Il faut quand même noter qu’un prototype (Oak Ridge) a fonctionné 14’000 heures sans encombres entre 1965 et 1969… mais tous les financements sont rapidement partis vers les « cocotte-minutes » qu’il fallait maintenant exploiter et sécuriser.

    Alors non, un réacteur au Thorium n’est pas « vert », même s’il serait en mesure de consommer les déchets à demi-vie très longue qui s’accumulent aujourd’hui, il produira toujours des déchets. Par contre, sa meilleure sécurité semble être une certitude, reste à voir ce qu’il en est de sa rentabilité économique, sachant qu’il requiert moins de maintenance à l’arrêt que les réacteurs à eau pressurisée « classiques ». Par contre, si on n’essaie même pas de fabriquer un prototype pour valider le concept, on ne le saura jamais.

    La Chine dont les besoins en énergie explosent (une nouvelle centrale au charbon mise en service chaque semaine en ce moment il me semble), tout comme leur pollution environnementale, investit dans cette voie… et cela ne me surprendrait guère qu’elle vende d’ici 10 ans ces nouveaux réacteurs en Europe et dans le monde. Et là, il y aura de quoi être « vert » !

    • Merci pour cette précision. Effectivement, un réacteur à sels fondus n’est pas pressurisé. Mais vous conviendrez que ce n’est pas cette pressurisation qui a entrainer les catastrophes de Tchernobyl et de Fukushima (et pour cause, puisque Tchernobyl n’était pas à eau pressurisée, mais à régulateur au graphite). Mais du moment qu’on a une criticité autour de 1, on a forcément un risque d’emballement. Ce risque peut être réduit par divers procédé (dont le bouchon cryogénique que vous mentionnez), mais restera toujours présent.
      Il est possible qu’un réacteur à sels fondus, utilisant du thorium, soit préférable à un réacteur à l’uranium ou au mox, mais je m’insurge contre le fait de mentionner cette technologie de verte, comme on peut le lire dans de nombreux médias.

      • 3 précisions :

        1. La pressurisation n’a pas entraîné la catastrophe de Tchernobyl, mais bien celle de Fukushima. C’est quand le système de refroidissement a été détruit que la forte chaleur, sous pression, a permis à l’eau d’oxyder le combustible et à l’hydrogène restante d’exploser.

        2. D’après ce que disent les partisans, l’emballement de la réaction en chaîne ne peut pas se produire avec le Thorium car le combustible liquide réagit de moins en moins quand la température augmente, contrairement aux tiges d’Uranium (mais je n’ai pas vérifié cet argument-ci).

        3. Les tiges solides d’Uranium se fissurent et sont de moins en moins efficaces avec le temps. Il faut donc les remplacer alors qu’elles n’ont délivré que 10% de l’énergie qu’elles contiennent. En revanche, le combustible liquide qui contient le thorium peut être utilisé quasiment jusqu’à épuisement du thorium. Il y a donc moins d’opérations et moins de déchets.

        Je pense que les réacteurs à sels fondus aux thorium sont critiquables sur bien des points, mais pas autant que vous ne le faites ; et je pense qu’en tout cas, ils sont de loin meilleurs que les réacteurs actuels, en coût financier comme en coûts environnementaux. Il nous seraient par exemple très utiles pour alimenter des engins spatiaux. Cela dit, je pense que pour nos vies quotidiennes, les énergies renouvelables peuvent faire le job

        • Merci pour votre commentaire. J’aimerais bien avoir plus d’infos sur le point 2 si vous en avez.
          Il est possible que les centrales au thorium soient THÉORIQUEMENT un peu meilleur que les centrales classiques. Mais de là à l’appeler « l’atome vert », il y a un gouffre.

  2. J’abonde dans votre sens concernant le « greenwashing », c’est « mieux » que les cocottes-minutes, plus sûr, moins radioactif, moins proliférant… mais certainement pas « vert ».
    Autant que j’ai pu le comprendre, le réacteur à sels fondus au thorium ne peut pas s’emballer… l’augmentation de température du fluide provoquant l’éloignement des noyaux entre eux, et donc diminue la réaction selon le carré de la distance. Bref, ça s’auto-stabilise.
    Ensuite, le gros problème de conception des réacteurs actuels est l’usage de l’eau comme caloporteur dans le circuit primaire, donc en contact avec les barres de combustible… ébullition avec diminution du refroidissement et production d’hydrogène très explosif sont les deux facteurs déclencheurs et aggravants des accidents.
    Ce problème n’existe pas dans ce concept de réacteur à sels fondus car le combustible est lui-même en mouvement dans le circuit primaire, sans contact direct avec l’eau, puisque des échangeurs de chaleur sont utilisés.

    Sincèrement, il faudrait franchement y jeter un oeil: https://www.youtube.com/watch?v=5HL1BEC024g… plutôt que d’investir des milliards dans le démonstrateur ITER de fusion nucléaire, dont on nous annonce la disponibilité « dans 50 ans » depuis au moins 30 ans.

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