Le projet AGGLO-Chablais offre-t-il de bonnes opportunités pour Bex ?

Une question à laquelle répondait Christophe Simeon en 2010.

Interpellation de Monsieur le Conseiller Christophe Simeon lors du Conseil communal de Bex du 23 juin 2010 (devenu municipal depuis).

« Monsieur le Président, Mesdames, Messieurs,

Nous avons eu le privilège de recevoir deux représentants d’AGGLO-Chablais avant l’ouverture de notre précédent conseil, lesquels nous ont détaillé les motivations et les contours de leur projet. Dépassons à présent les paroles et les intentions pour discuter des conséquences de ce projet régional sur notre localité

Premièrement, exposons les faits. Il est vrai que le Chablais se trouve sur une position stratégique et que la forte saturation en matière de logement sur l’Arc lémanique offre de belles perspectives pour notre région. Cette tendance aux nouvelles constructions peut aisément se vérifier sur notre commune, dont la croissance en villas a été très marquée ces dernières années.

Dans un second temps, arrêtons-nous sur les lignes directrices du projet. En plus d’accueillir de nouveaux habitants et de mieux les desservir en transports publics, le projet vise également à faire travailler une partie de ces nouveaux résidents dans la région. Fiscalement et économiquement parlant, cette option est tout à fait cohérente et mérite d’être poursuivie.

Venons-en à la situation de Bex dans ce projet. Dans leur présentation, les deux référents ont évoqué les trois types d’agglomération possibles : un développement régional non concerté, une agglomération bipolaire le long de la ligne du Simplon, avec Aigle et Bex comme lieux forts, et une agglomération multipolaire, qui intègre Monthey aux deux villes précitées, mais qui nécessite de meilleures liaisons ferroviaires. La dernière option a retenu l’attention et les faveurs des référents, et pas seulement en raison de leur origine bas-valaisanne. Il est évident que la zone Aigle-Monthey offre un sérieux potentiel de développement et que l’accent doit être porté dessus. Qu’en est-il de Bex dans tout ça ? La bouche en coeur, ces Messieurs ont déclaré qu’ils prévoyaient pour Bex une augmentation de population de 2000 habitants dans les 15 ans à venir, ainsi qu’une   meilleure desserte en transports publics. A l’heure de la discussion pourtant, les perspectives d’une amélioration dans ce sens se sont quelque peu fermées. Il a été ainsi dit qu’il ne fallait pas se faire trop d’illusions sur un prolongement du BVB en direction d’Aigle, les coûts d’installation étant clairement disproportionnés par rapport à la population concernée, ceci sans vouloir heurter les désirs de notre motionnaire et député Rapaz. Quand on sait que la priorité des CFF est de relier plus rapidement les grands centres au détriment des localités, il ne faut pas non plus espérer regagner deux arrêts par heure à l’avenir. Seules la présence du BVB et les difficultés de mettre en service un train régional avec le trafic actuel nous sauvent d’un abandon total de leur part pour les grandes liaisons. Il s’agit d’abord pour nous de défendre cet acquis, car il est peu réaliste d’attendre plus des CFF en la matière. A terme, seule une ligne de bus entre Bex et Aigle offrant des correspondances complémentaires pourrait améliorer la situation présente.

Demeurent ces 2000 nouveaux habitants, prévus dans des logements à forte densité, qui représentent  une augmentation de près de 33% par rapport à la situation actuelle. Ces prévisions ne sont pas sans conséquences sur nos infrastructures. Notre STEP n’est pas adaptée pour une telle population, les bâtiments scolaires que nous disposons et que nous projetons de construire sous peu ne sont pas non plus en adéquation avec un tel accroissement de population. En ce qui concerne les possibilités d’emploi, notre zone industrielle, bien qu’accueillant des entreprises de qualité, a des possibilités d’extension passablement limitées au vu de sa localisation et ne laisse pas espérer un développement en proportion à cette forte hausse de résidents.

Au final, si nous nous associons au projet, nous acceptons d’accueillir un nombre considérable de nouveaux habitants avec à la clé des investissements importants pour adapter nos infrastructures et nos services en conséquence. Le retour sur investissement paraît quant à lui relativement minime, les perspectives au niveau de l’emploi et des transports n’étant pas très prometteuses. De plus, et ceci tant au niveau fiscal que social, il n’est pas sûr que l’accueil des nouveaux résidents dans des zones à forte densité soit aussi profitable pour nous que la poursuite de notre développement avec des constructions de basse à moyenne densité. En outre, il faut aussi se demander si notre plan de zones est compatible avec les propositions d’AGGLO-Chablais. En effet, les habitations à haute densité qui sont préconisées touchent des secteurs qui semblent actuellement à leur limite d’extension et il n’est pas sûr que le canton avalise de nouvelles zones à bâtir dans la périphérie de la localité. Cela signifierait-il la démolition de quartiers existants pour construire plus haut et plus grand.

Au vu de ce qui précède, il me semble utile que notre municipalité s’interroge sur l’opportunité de poursuivre ou non son partenariat avec AGGLO-Chablais, les désagréments et les contraintes semblant être plus importants que les retombées positives. Ne vaut-il pas mieux de se développer de façon plus adaptée et plus mesurée pour maintenir la belle qualité de vie dont nous jouissons actuellement ? Tout le monde sait qu’aucune grenouille, ni même aucun bélier, ne pourra jamais devenir un boeuf.

Christophe Simeon, conseiller