L’herbicide que vous utilisez depuis 40 ans est probablement cancérogène

RoundUpToutes celles et tous ceux qui ont un jardin connaissent le « round-up », l’herbicide le plus utilisé dans le monde. Depuis sa commercialisation en 1975, il a conquit la planète pour être largement utilisé tant en agriculture qu’en jardins. À haute dose, sa toxicité était connue et son ingestion est un moyen de suicide tristement célèbre dans les pays pauvres.

Mais hors ingestion, le glyphosate était considéré comme un herbicide assez anodin et facile d’utilisation. Dans une discussion privée, un professeur d’université m’assurait même qu’il s’agissait de l’herbicide le moins dangereux du marché.

Cette assurance d’un herbicide pratique et pas dangereux dans le cadre d’une utilisation normale vient de voler en éclats lorsque le 20 mars dernier, l’agence de l’OMS Centre international de recherche sur le cancer a classé le glyphosate – le principal composant du round-up – parmi les cancérogènes probables de classe 2A. Rejoignant ainsi des substances qui sont interdites ou dont l’utilisation est limitée.

L’Autorité européenne de sécurité des aliments devra ensuite donner un avis sur la dose journalière admissible qui conditionnera le futur du round-up en Europe. Mais ce cas intéressant, m’amène à quelques réflexions:

1) Le temps. Il a fallu 40 ans entre le moment de la commercialisation du round-up et la mise en évidence de sa dangerosité dans une utilisation normale. Cette constatation devrait nous amener à plus de prudence lors de la mise sur le marché d’un nouveau produit de synthèse et faire réfléchir la petite minorité de scientifiques qui pérorent que « tout est sous contrôle », sans avoir le recul nécessaire.

2) La multiplication des risques. Mettre sur le marché un nouveau produit de synthèse, c’est de fait augmenter les risques pour l’environnement et pour l’être humain. La liste est longue des produits phytosanitaires qui se sont révélés problématiques (DDT, néonicotinoïdes, etc). Il serait donc nécessaire de faire une analyse risque/bénéfice avant toute autorisation de commercialisation. En effet, il faudrait se demander quels sont les risques possibles du produit et quelles sont les bénéfices attendus par rapport à des solutions éprouvées ou « plus douces ». C’est cette analyse qui devrait guider les choix. Or à l’heure actuelle, seule la première partie (les risques) est évaluée.

3) Les OGM. La majorité des OGM cultivés dans le monde comprennent un gène de résistance au glyphosate (« round-up ready »). Ce qui implique l’utilisation quasi-exclusive du round-up dont la consommation va croissante avec le temps. L’utilisation d’OGM « round-up ready » va donc dans le sens exactement inverse de la diminution du risque sanitaire.

En conclusion, la dangerosité démontrée après-coup des produits de synthèse utilisés dans l’agriculture démontre le bien-fondé de la démarche bio ou au moins de l’agriculture raisonnée. Le meilleur moyen de réduire les risques liés aux phytosanitaires est de ne pas les utiliser.

5 réflexions au sujet de « L’herbicide que vous utilisez depuis 40 ans est probablement cancérogène »

  1. Le glyphosate a été classé « cancérogène probable » par le CIRC au terme d’un exercice qui a suscité de nombreuses critiques. Vous n’en faites pas état… normal… vous avez un agenda politique.

    Les raisons précises de ce classement ne sont pas encore connues. Nous disposons d’un communiqué de presse du CIRC qui, notamment, tente de justifier la décision par une référence historique à l’EPA états-unienne… mais il se prévaut d’une erreur de classification. Nous disposons aussi d’un article dans le Lancet. On y cite notamment, avec références, trois études sur l’homme, plutôt anciennes et guère convaincantes ; une étude du groupe conjoint FAO/OMS avec une conclusion différente de celle dudit groupe pour un test sur des animaux ; et une étude épidémiologique dont l’auteur a affirmé qu’elle a été mal interprétée par le groupe d’experts du CIRC.

    Résumé, tout cela fait sérieusement désordre. Ajoutez un gros conflit d’intérêts de la part de l’expert invité… Et un traitement prioritaire d’un dossier qui n’a pas été classé prioritaire. Traitement prioritaire, alors que, justement, le glyphosate est en cours de réévaluation notamment au niveau européen.

    Les réactions d’étonnement ont été nombreuses – étonnement car, la monographie n’étant pas encore disponible, il est impossible de juger sur l’ensemble des pièces. On peut notamment citer l’agence allemande d’évaluation, en charge du dossier glyphosate pour le compte de l’Union européenne.

    Tout ceci aurait dû inciter les politiques et les médiatiques à la prudence dans les prises de position. Ce n’est pas le cas.

    Vous écrivez qu’« [à] haute dose, sa toxicité était connue et son ingestion est un moyen de suicide tristement célèbre dans les pays pauvres. » À haute dose, beaucoup de substances sont toxiques, même l’eau. Mais il est quasiment impossible de se suicider au glyphosate ou au Roundup.

    Et votre professeur d’université avait bien raison de vous assurer qu’il s’agissait de l’herbicide le moins dangereux du marché.

    Le glyphosate rejoint « des substances qui sont interdites ou dont l’utilisation est limitée » ? Ce ne sont pas des substances, mais il rejoint les émissions dues à la friture, les feux de cheminée, les expositions professionnelles des coiffeurs et barbiers, les solariums, le travail posté entraînant une perturbation du rythme circadien.

    Vous aurez à coeur de les faire interdire. Et encore plus les substances classées cancérogènes certains comme les boissons alcoolisées, la pilule (anticonceptionnelle), le benzène, le gaz d’échappement du diesel, etc.

  2. Bonjour,
    Hors sujet, mais pas tant. j’aimerais beaucoup que en tant qu’elu vert et Suisse vous participiez à notre documentaire ARTE et si plus d’affinités en parliez sur votre blog. Il s’agit de filmer le coin de nature qui vous est cher, et que vous n’aimeriez pas voir disparaitre cause du réchauffement climatique… arte.tv/uploadclimat
    http://info.arte.tv/fr/operation-climat
    https://youtu.be/KKdoaNB_DFo

    Et samedi dans l’émission Prise de terre :

    Pour réécouter et télécharger le sujet diffusé dans l’émission, cliquez sur le lien suivant :

    http://www.rts.ch/audio/la-1ere/programmes/prise-de-terre/6843649-1-de-video-pour-le-climat-20-06-2015.html

    Pour en savoir plus sur l’émission diffusée ce jour-là et la réécouter en intégralité :

    http://www.rts.ch/audio/la-1ere/programmes/prise-de-terre/6843655-prise-de-terre-20-06-2015.html

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