Direct Air Capture: illusion technicienne?

(Source: Energeia 6/2017, Magazine de l’Office fédéral de l’énergie OFEN, p. 5)

Comme tous les Suisses, j’ai reçu l’autre jour le dernier numéro du magazine Energeia de l’OFEN et l’article intitulé « Recycler l’air » (pp. 4-5) a retenu mon attention critique. Basée à Zurich, la société Climeworks vient de mettre en service la première installation de capture du CO2 de l’atmosphère capable de récupérer 900 tonnes de CO2 par an à des fins de recyclage. Tout va bien! Le problème des changements climatiques est résolu. A l’instar du bois, qui émet autant de CO2 que ce qu’il en a absorbé par la photosynthèse durant sa croissance, le pétrole pourrait devenir neutre du point de vue des émissions de gaz à effet de serre! Mieux, il pourrait devenir une énergie renouvelable, puisque l’on imagine pouvoir fabriquer des hydrocarbures de synthèse à partir de ce CO2. Une sacrée bonne nouvelle au moment où la COP23 pédale dans la semoule…

Je me suis d’abord dit que l’écobilan de l’installation devait être très défavorable: construction de l’installation, énergie grise, consommation de ressources non-renouvelables et d’énergie pour l’exploitation. Cependant, si j’en crois l’article, ce questionnement n’a pas échappé aux promoteurs du projet. Et la réponse semble plus qu’encourageante: « une analyse a montré que 100 tonnes de CO2 absorbées dans l’air produisent moins de 10 tonnes d’émissions grises dans la fabrication, l’exploitation et l’élimination des modules ». En d’autres termes, cette technologie DEC (Direct Air Capture) émet globalement 10 fois moins de CO2 que ce qu’elle est capable de capturer. Là, on se dit qu’on tient la solution à nos problèmes!

Reste la question économique que l’article d’Energeia n’aborde pas du tout. Le prix d’une tonne de CO2 économisée ou récupérée se situe actuellement autour de EUR 10.-/t. La question posée est donc de savoir si l’amortissement et l’exploitation de l’installation pilote de Hinwil (ZH) seraient couverts par des recettes de EUR 9’000.-/an (900 t à EUR 10.-/t). A vue de pif, faute de trouver des informations sur le site de Climeworks, cela ne devrait pas être le cas.

Certes, ce prix va évoluer et il est appelé à augmenter, à en croire cet article de www.euractiv.fr: « Selon le rapport Stern-Stiglitz sur le prix du carbone, la tonne de CO2 devrait être comprise entre 40 et 80 euros en 2020, puis 50 à 100 euros en 2050 pour que la planète parvienne à limiter le réchauffement à 2°C. Or, selon les projections, la réformes en cours devrait péniblement faire grimper la tonne de CO2 de 6 euros aujourd’hui à 20 euros d’ici quelques années. » Je serais vraiment très intéressé de savoir quel pourrait être le prix d’équilibre pour le CO2  qui permettrait à la fois d’exploiter de manière rentable une installation DAC et freiner la consommation d’énergie fossile pour atteindre les ambitieux objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre que la COP21 s’est donnés à Paris. Question subsidiaire: est-ce que tous les pays seraient prêts à l’accepter, y compris l’Amérique de Donald Trump? L’enjeu étant la survie de l’Humanité telle que nous la connaissons, on ne doit pas l’exclure d’emblée…

Instinctivement, j’aurais plutôt tendance à privilégier les économies d’énergie et la réduction des gaspillages. Mais une combinaison des approches techniciennes et pragmatiques est probablement la bonne…

Pour en savoir plus sur le Directe Air Capture (DAC), voir l’article de Wikipédia en anglais, qui parle de Climeworks.

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